Portrait réalisé avec iPhone 7 Plus © Mathieu Baumer.
19 juin 2017  / Mode-beauté

L'union fait la force

Alexis Chenu
19/06/2017

Qu’ils soient frères ou amis dans la vie, collaborer avec l’autre les rend plus forts. Des garçons d’Icosae, qui défileront pour la seconde fois lors de la semaine de la mode masculine, aux aventures en duo d’Avoc ou collectives d’Études Studio, A Nous Paris présente ces nouveaux créateurs qui composent la mode à plusieurs.

Icosae, le rêve des frères Glémarec





Avec leur mètre 90, ces deux frangins-là en imposent. Une taille mannequin, deux gueules et un air de famille évident. Fils de militaires bretons, né à Paris pour Valentin, à Berlin pour Florentin, les frères Glémarec forment leur œil et affûtent leurs crayons dans les classes de l’École du Louvre. Ils y resteront dix ans, enchaînant après l’école les cours du soir, à copier les tableaux de maître – Rembrandt, Delacroix et les autres. Formé à la culture et aux techniques de mode à l’Atelier Chardon Savard pour Florentin, au design graphique pour Valentin, leur background mixe art, mode et nouvelles technologies, l’héritage d’un grand-père tailleur breton les convaincant de se lancer, à leur tour, dans la création de leur maison de mode. « La marque Icosae est née autour de l’accessoire, explique Valentin, l’aîné, puis une première collection autour d’un projet de fin d’année nous a lancés. Sans chercher à vendre absolument, nos vêtements ont attiré l’attention de quelques journalistes et acheteurs, cela nous a poussé à continuer. » 

Dessinant tous les deux leurs modèles à partir d’une thématique et de choix de couleurs, « jamais à quatre mains, mais chacun de notre côté », le duo regroupe ses silhouettes, réajuste avant la mise en perspective en 3D, « une approche qui permet de pré-visualiser nos vêtements, de les imaginer portés et de laisser moins de place à l’erreur ». Se partageant les rôles – à Florentin la partie technique et le modélisme, Valentin gérant lui l’image – les frères inventent le « tailoring new wave », l’idée d’une garde-robe élégante, s’inspirant des constructions tailleur dans des vêtements qui ne le sont pas. Ancré dans la modernité, leur vestiaire distille du costard à la touche rock, restructure les basiques, s’inspire du street en revisitant le sacré bombers « pas celui qu’on porte avec un tee-shirt sale, mais en pantalon tailleur », dégaine le bon perfecto et s’orne de codes propres à la marque. « Créer une marque à logo supra brandée ne nous a jamais intéressés, explique Florentin, l’identité de marque se conçoit pour nous davantage par la somme des détails que nous injectons : zips, double poche collée sur les jeans, pinces aux pantalons, surpiqures, pièces de métal… » et en signature, une rangée de numéros rappelant la signature tailleur des vêtements de leur grand-père, et référence à la numérologie déclinée jusque sur la peau de Valentin. 

Fil rouge des collections, les imprimés reprennent les peintures du garçon, toutes inspirées des pièces de maîtres italiens et français, et retranscrites dans un esprit contemporain sur sweats et tee-shirts. « Notre créativité essaie de dépasser le cadre du pur vêtement, concèdent-ils, la peinture dupliquée à travers nos imprimés venant ajouter un supplément d’âme ». Un parti-pris qui séduira ODD à New-York, boutique référence qui, la première, pose les vêtements Icosae à côté de Vivienne Westwood et Issey Miyake. Suivront Harvey Nichols à Hong-Kong, Barney’s à Tokyo, l’Italie et la Pologne, soit une vingtaine de points de vente dans le monde, Paris, plus frileux, devrait suivre le mouvement. 

Le 21 juin prochain, les frères Guelvanec retrouveront les podiums et le club du Faust et ses plafonds à néons, après un premier défilé officiel en janvier dernier signant l’arrivée de la marque au calendrier officiel de la Fédération française de la couture et du prêt-à-porter. « Après l’homme élégant à la touche punk revendiquée, Icosae s’intéresse pour l’été prochain au mec sensible, briseur de cœurs et nouveau romantique, broderies, matières nobles se retrouvant dans une collection optimiste et apaisante », détaillent les frères. En titre bien trouvé de la collection printemps-été 2018, « The world has music for those who listen » confirme le propos.
Rêvant d’un avenir de grande maison – avec Dior, Givenchy et Saint-Laurent comme modèles -, les créateurs d’Icosae structurent aujourd’hui leur société, dorment peu – « 3 heures par nuit en moyenne avant la période de défilé » -, surveillent les talents de leur génération comme les grandes maisons. « Tout nous intéresse, on regarde de près ce que font les marques qui ont réussi, et les créateurs qui montent aujourd’hui - Simon Jacquemus, Y-Project ou Christopher Kane parmi ceux qu’on aime le plus -, on ne prétend pas tout connaître et continuons à apprendre, la passion enrobant notre action ». Entourés aujourd’hui, d’une directrice stratégique et commerciale, Dounia Merabet (ex Lanvin et Givenchy) accompagnant parfaitement le développement de la maison, Icosae attire de plus en plus de regards, dernière preuve avec le concours Woolmark Prize, prix devenu une référence de l’industrie de la mode et qui vient de nominer Icosae comme candidat au « meilleur créateur de demain ». 

www.icoase.com




Avoc, à deux c’est mieux
 



Bastien Laurent et Laura Do forment Avoc. Une marque d’inspiration street fondée en 2013 et dont le nom renvoie au groupe de hip hop new-yorkais Mobb Deep comme aux notions de chaos et de destruction du mot anglais « havoc ». Formée à Amsterdam, Bastien collaborant pour Nike, Laura experte en décoration d’intérieur, la paire se retrouve autour d’un langage et de références en commun, « une histoire de couple qui dura un temps, concèdent-ils, et aujourd’hui lié ad vitam eternam autour du projet Avoc ». Lui Directeur artistique de la marque, elle designer, le duo dessine, « chacun de son côté, avec nos univers et notre vocabulaire, avant la confrontation et la recherche du point de balance, explique Bastien, un combat passant par des conversations, des remises en question, des clashs parfois ». Après des premières collections plus « conceptuelles », pensées dans des angles architecturaux et de jeux de matières, le style AVOC s’affine puis s’affirme, toujours positionné street avec en vecteur, l’envie de créer le vêtement de travail et corporate pour les générations de demain. « Notre travail ne consiste pas à trouver la thématique du moment, raconte Bastien, mais à penser la mode dans une perspective plus globale, en s’intéressant aux rapports des gens avec leur vêtement du quotidien, en l’imaginant dans un processus de prospective, repensant notamment le classique veste pantalon tailleur dans une dimension de modernité nouvelle ». Fonctionnant avec les moyens du bord, collaborant en parallèle de leur marque à d’autres missions de consulting, les deux créateurs arrivent à séduire les Galeries Lafayette. Les multimarques Centre Commercial et Kiliwatch suivent, comme les Japonais de Beams. 

« Nous sommes dans une phase où nous essayons de consolider nos acquis, avec l’idée de ne pas devenir une marque hype et éphémère, explique Bastien. Notre ambition est d’abord française, l’enjeu sera ensuite d’aller séduire l’Europe du Nord, Amsterdam, Berlin, Londres, là où notre esprit et nos références peuvent retenir l’attention ». En attendant le déploiement, les créateurs d’Avoc défileront à Paris le 24 juin au Palais Brongniart puis participeront le 30 juin prochain au grand oral du prestigieux concours de l’Andam (le cru 2016 avait notamment récompensé Johanna Sennyk pour Wanda Nylon) pour lequel ils ont été nominés et qui pourrait leur ouvrir de nombreuses portes. D’autres événements pourraient faire parler, dont plusieurs projets de collaborations avec des marques outerwear et sportswear, « des projets allant au-delà de la collab produit, explique-t-on chez Avoc, et davantage centrés sur la production de contenus culturels ». En réflexion : la signature d’un partenariat avec une équipe de football amateur d’Aulnay-sous-Bois, ville d’origine du créateur, autour d’une ligne de vêtements complète et d’un suivi de la vie de l’équipe, ses matchs, ses entrainements, sa vie… ».

www.avocparis.com




Etudes Studio, l’esprit du collectif




A l’initiative d’Etudes Studio, un duo, Aurélien Arbet et Jérémy Egry, trentenaires bercés aux sons du hip hop, addicts aux marques sportswear US, et à la culture graffiti, embarqués dans une série de pèlerinages à New-York pour trouver l’inspiration. De leurs voyages, ils montent une première marque, Hixsept et s’intéressent à l’édition avec le collectif « Je suis une bande de jeunes », avant de lancer leur label multi-facette, à la fois ligne de prêt-à-porter pour homme, maison d’édition et studio de création. Particularité de la marque, son fonctionnement sur deux territoires, Paris et New-York, Aurélien téléguidant la direction artistique depuis ses bureaux de Greenpoint, Jérémy depuis Paris, les vêtements étant dessinés par le styliste José Lamali, la photographie réalisée par Nicolas Poillot. De cette organisation multi-têtes, Etudes Studio ne tarde pas à se faire remarquer, repéré d’abord à New-York par Opening Ceremony, Assembly ou Creature of Comfort, et aujourd’hui à Paris et dans plus d’une centaine de points de vente dans le monde. Soutenus dès leurs débuts par quelques actionnaires, Pierre-François Le Louët, le président de la Fédération Française de prê-à-porter féminin, l’artiste Woodkid ou le producteur Pedro Winter, Etudes Studio confirme saison après saison, tient son magasin caché à Paris, et organise régulièrement ses pop-up stores à la gloire de nouvelles collaborations. La marque défilera à Paris le 24 juin et présentera sa dernière collection, du streetwear minimaliste, graphique aussi, des choix d’imprimés portés par l’art ou l’architecture, des couleurs et messages forts, la recette d’Etudes Studio depuis leurs débuts.

www.etudes-studio.com




Duos encore
 



Fonctionnant aussi en duo, Carol Lim et Humberto Leon, fondateurs du concept-store Opening Ceremony, présenteront le dimanche 25 juin la nouvelle collection Kenzo, dont ils sont également les directeurs artistiques. Une relation de travail fondée sur une histoire d’amitié remontant à leurs années universitaires, période où Carol et Umberto vivaient alors en coloc’. Chez Wooyoungmi, la marque coréenne fondée par la créatrice du même nom, on travaille désormais en duo mère-fille. « Katie Chung, ma fille, a grandi avec la marque, explique la créatrice coréenne Wooyoungmi, et si son arrivée officielle s’est faite en 2014 comme co-directrice artistique pour la saison printemps-été 2014, son influence a toujours été présente, explique Wooyoungmi. Partager une compréhension totale de l’ADN de la marque est fait rare ». La marque défilera pour l’homme le 24 juin. 

 

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