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07 juin 2017  / Expos

Picasso primitif au musée du Quai-Branly-Jacques-Chirac

Jeanne Gaudin
07/06/2017

Le musée du Quai-Branly-Jacques-Chirac présente, avec Picasso primitif, les liens de Pablo Picasso, célèbre artiste espagnol et fondateur du cubisme, avec les arts non-occidentaux, dont il fut collectionneur.

Dans sa première partie, l’exposition se déploie, de 1900 à 1974, sous la forme d’une minutieuse enquête. Cette plongée dans la vie de Picasso, via un faisceau de preuves, vise à nous convaincre de l’existence de rapports entre l’artiste et les arts premiers. Là, telle photographie le montre posant dans son atelier du Bateau-Lavoir, entouré d’un tambour kongo, d’une harpe kele et de deux poteaux sculptés kanaks. Ici, dans une lettre enjouée qu’il adresse à Guillaume Apollinaire, il écrit avoir ressenti ses plus grandes émotions artistiques devant la « sublime beauté » de sculptures exécutées par des artistes anonymes de l’Afrique. « Ces ouvrages […] sont ce que l’imagination humaine a créé de plus puissant et de plus beau. »

(Photo : Sculpture anthropomorphe © musée du quai Branly – Jacques Chirac/ photo  Claude Germain) 

Sa rencontre avec les arts non-occidentaux apparaît alors comme particulièrement décisive dans sa façon d’envisager l’acte créateur. Dès ce moment, l’art ne constitue plus pour lui un processus esthétique mais une « forme de magie, qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. »

On découvre avec émotion la première sculpture en terre crue réalisée par Picasso en 1902, une Femme assise d’une touchante simplicité. Un peu plus loin, on se laisse impressionner par la force expressive d’une statuette tiki des îles Marquises (XIXe siècle), l’une de ses premières acquisitions. Devant une reproduction des Demoiselles d’Avignon (tableau cubiste de Picasso, de 1907), des similitudes de formes apparaissent. Les personnages destructurés peints par l’artiste n’ont-ils pas les mêmes oreilles aux lignes sinueuses que cette exotique petite statue, le même corps sculptural violemment, durement taillé ? Des œuvres de la collection de Picasso, on retiendra notamment le sympathique masque à cornes krou de Côte d’Ivoire, aux yeux exorbités et à la bouche ouverte, acheté à Marseille en 1912 ; ou encore l’imposant masque nimba baga de Guinée (fin XIXe-début XXe siècle) au fascinant profil d’oiseau.

(Photo : Petit Nu de dos aux bras levés (étude pour « Les Demoiselles d’Avignon »). Huile sur bois, 19.1 x 11.5cm © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Franck Raux)

André Derain, Maurice de Vlaminck, Henri Matisse… En même temps que Picasso, toute une communauté d’artistes commence à voir la valeur artistique de cette production non-occidentale, que beaucoup considèrent encore avec mépris comme de maladroits essais de peuples sauvages. En véritables passionnés, ils échangent, s’écrivent, se rendent visite, dans une énergique émulation artistique, tout à leur curiosité commune pour ces formes « issues du plein air, de la pleine lumière », qu’ils s’accordent à trouver affolantes d’expression.

Chronologie, contexte et décor sont ainsi plantés, et la visite se poursuit sous une forme plus délicate et aérienne, ponctuée de merveilleuses découvertes. Dans sa réjouissante deuxième partie, l’exposition met en regard des œuvres de Picasso avec celles d’artistes d’Afrique et d’Océanie. Liberté formelle, stylisation, lignes épurées, combinaisons de formes animales et humaines, défiguration et destructuration des corps… Les échos esthétiques et thématiques s’affichent partout, multiples, évidents. Ce qui saute le plus aux yeux, dans la belle scénographie proposée, c’est cette importance immense donnée au corps, comme forme archaïque et première. Les œuvres présentées sont d’une imposante et irréfutable présence ; elles touchent aux couches les plus profondes, intimes et fondatrices de l'humain. Cet art, au-delà des conventions, est définitivement appelé à parler à tout un chacun.

De ces saisissants face-à-face, on restera frappés par la ressemblance formelle établie entre une petite gouache de Picasso, Nu debout de profil (1908) et une statuette de gardien de reliquaire fang, du Gabon (XIXe siècle). Ou encore par le rapprochement opéré entre une étude pour Les Demoiselles d’Avignon (Petit Nu de dos aux bras levés, 1907) et une sculpture anthropomorphe kanak de Nouvelle-Calédonie (XIXe siècle).

Ainsi, les œuvres dialoguent, animées des mêmes anxiétés et des mêmes désirs. De ces rencontres inespérées, faites d’admiration, de respect et de crainte, naît une forme de magie. Charme ou sortilège ? On restera longtemps habités par ce sentiment intense, cette conscience obscure et profonde des forces inconnues qui nous entourent.

 

Picasso primitif, jusqu’au 23 juillet, au musée du Quai-Branly-Jacques-Chirac, 37 quai Branly, 7e. M° Alma-Marceau/ École Militaire, RER C Pont de l’Alma. Mardi, mercredi, dimanche de 11 h à 19 h, jeudi, vendredi, samedi, jusqu’à 21h. Entrée : 10 € / 7 € (réduit). À lire : catalogue de l’exposition. www.quaibranly.fr

 

Infos
Tarif

Entrée : 10 € / 7 € (réduit)

Lieu

Musée du Quai-Branly-Jacques-Chirac
37 quai Branly
75007 Paris

M° Alma-Marceau/ École Militaire
RER C Pont de l’Alma

Horaires

Jusqu’au 23 juillet
Mardi, mercredi, dimanche de 11h à 19h
jeudi, vendredi, samedi, jusqu’à 21h

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