Adrian Paci
14 mars 2017  / Expos

Porte d’embarquement

Jeanne Gaudin
14/03/2017

Lieu de transit vers des ailleurs fantasmés, l’aéroport devient, le temps d’une exposition, destination à part entière. Rendez-vous au terminal éphémère de la Gaîté Lyrique pour un embarquement immédiat.

Portails de sécurité, panneaux signalétiques, serre-files… Le parcours de l’exposition rappellera quelques souvenirs aux habitués des voyages aériens. Muni de son « boarding pass », c’est un peu sceptique que le visiteur s’aventure dans cette expérience peu commune. Mais la qualité des œuvres présentées, qui détournent et interrogent avec succès les codes aéroportuaires, se donne rapidement à voir. S’offre alors une visite singulière et surprenante, où se mêlent surprises, humour et gravité.

Dès l’entrée, l’impressionnant « Couloir aérien » (2016) de Cécile Babiole indique en temps réel les informations relatives aux avions qui survolent l’espace d’exposition : altitude, vitesse… Dans le bruit des moteurs, cet invisible trafic se trouve ainsi matérialisé. Plus loin, engagé dans le labyrinthe de sangles guide-files (« Untitled (Passage) », 2011) de Matthias Gommel, le corps suit les mouvements d’une chorégraphie forcée et ici inutile, incongrue, d’une amusante absurdité.

Puisque le thème s’y prête, il est temps de prendre (virtuellement) un peu de hauteur pour rejoindre le toit de la Gaîté Lyrique où flotte un drapeau, tourmenté par le vent parisien. Une phrase est inscrite sur son tissu bleu : « All right good night ». Audrey Martin rappelle ici les derniers mots prononcés par le pilote du vol MH370 de la Malaysia Airlines, disparu en 2014. Une œuvre pour mémoire, d’une tragédie vite oubliée. Adrian Paci souligne quant à lui que l’aéroport, lieu des départs en vacances, est aussi celui d’une cruelle frustration pour nombre de migrants. Dans sa vidéo (« Centro di Permanenza Temporeana », 2007), ceux-ci montent sur une passerelle… qui ne mène à aucun avion.

Parce qu’il y a beaucoup à lire dans un aéroport, Jasmina Cibic et An Te Liu jouent avec les mots et poétisent cet espace impersonnel. Quand l’une affiche, sur des panneaux d’arrivées et de départs, des noms de lieux fictifs, l’autre mélange, grâce à ses caissons lumineux, esthétique aéroportuaire et psychanalyse freudienne.

Au sortir de l’exposition, les délicates images suspendues de « Dwelling » (2002) restent à l’esprit. Dans cette vidéo de Hiraki Sawa, des avions miniatures traversent les différentes pièces de l’appartement de l’artiste, interprétant un fantastique ballet en noir et blanc. L’intensité de ce trafic aérien imaginaire se marie en douceur au caractère intime de ce décor du quotidien, et laisse la paisible impression que tout est sous contrôle.

Grâce à son parcours immersif, l’exposition fait ainsi ressentir toute l’ambivalence de l’aéroport, qui allie sentiment de liberté et surveillance renforcée. Environnement paradoxal, reflet du monde contemporain, il est un lieu contraignant propice à l’évasion.

 

« Aéroports / Ville-monde : Ressources », jusqu’au 24 mai à La Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, 3è. M° Réaumur-Sébastopol / Arts et Métiers / Strasbourg Saint-Denis. Du mardi au samedi de 14h à 20h, et le dimanche de 14h à 18h. Entrée : 7,50 € / 5,50 € (réduit).

https://gaite-lyrique.net/

Infos
Tarif

Entrée : 7,50 € / 5,50 € (réduit)

Lieu

La Gaîté Lyrique
3 bis rue Papin
75003 Paris

M° Réaumur-Sébastopol / Arts et Métiers / Strasbourg Saint-Denis

Horaires

Jusqu’au 24 mai
Du mardi au samedi de 14h à 20h
Le dimanche de 14h à 18h

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