du 20 mars au 30 août 2015  / Expos

Venez "Chercher le garçon" au MAC/VAL

Sonia Desprez
20/03/2015

Malicieuse et réflexive, l’exposition "Chercher le garçon" au MAC/VAL bouscule les modèles masculins établis à travers une centaines de productions d’artistes hommes.

 

« Comment expliquer qu’en trente ans aucun homme n’a produit le moindre texte novateur concernant la masculinité ? Eux qui sont si bavards et si compétents quand il s’agit de pérorer sur les femmes, pourquoi ce silence sur ce qui les concerne ? »  Franck Lamy, chargé des expositions temporaires au MAC/VAL et commissaire de Chercher le garçon, cite, en exergue du dépliant de l’exposition, Virginie Despentes. Ses mots nous rappellent la pas si ancienne expo du musée d’Orsay sur le nu masculin, où l’on avait trouvé de très belles œuvres, mais, en effet, très peu de discours. Chercher le garçon, donc, reprend les recherches là où d’autres les ont laissées, en proposant les œuvres de cent artistes masculins qui chacun à sa manière proposent une vision de l’homme , à condition qu’elle « interroge ou déstabilise le modèle établi ».

On va donc de surprise en surprise, car chaque artiste, avec son langage et ses obsessions, ne bouscule pas le même modèle. Certains, bien sûr, redessinent le bon vieux mâle dominant, par exemple Denis Dailleux, qui, dans une démarche proche du documentaire, a photographié des body-builders prenant la pose avec leur mère en Egypte, au Ghana, et au Brésil, tandis que Régis Perray dessine, à la base de colonnes (phalliques) soutenant un bâtiment, de fraîches et discrètes petites fleurs. Pour d’autres, c’est l’artiste masculin lui-même, sa posture hégémonique dans l’histoire de l’art, qu’il faut questionner : l’Allemand Thomas Heller jette ainsi, en un triptyque photographique, le porte-bouteille de Marcel Duchamp, objet fondateur de l’art moderne puisqu’il est l’un des premiers ready-mades (ces objets manufacturés devenus œuvres d’art par la simple intention de l’artiste et leur placement dans une institution artistique ou muséale). Par ce geste, « Heller fait aussi un clin d’œil à Ai Weiwei, et à son triptyque de la destruction d’un vase de la dynastie Han » rappelle Julien Blanpied, assistant du commissaire.

 

Le corps en question

 

Robert Mapplethorpe, qui a tant exploré le nu masculin, est bien sûr fort présent, par un autoportrait mais aussi à travers des interpellations d’autres artistes : Pascal Lièvre “queerise” les photos de nus noirs du Black Book de l’Américain en recouvrant chaque corps de paillettes pourpres, tandis que le Chinois Yan Xing filme son corps (asiatique donc) en train de prendre les poses mapplethorpiennes (pas facile...). Certains morcellent leurs corps, d’autres le transforment, tel Jean-Luc Verna, d’autres encore en font un objet éloquent, ainsi le Croate Tomislav Gotovac qui reproduit avec son corps vieilli et en chair les poses prises par une célèbre actrice X de son pays.

Le travestissement est aussi un outil formidable pour un dialogue masculin-féminin : Michel Journiac s’y adonne dans des œuvres historiques où l’idéal de la femme des années 60 n’est pas si loin de son quotidien très domestique, tant est prégnante la construction sociale qui lui assigne ses “fonctions”. Car, rappelle Julien Blanpied (et l’artiste Laurent Prexl, en préambule), « la seule vraie différence génétique entre un homme et une femme, c’est que cette dernière peut porter un enfant. Tout le reste est construction sociale. » Jamais dogmatique, volontairement “plurivoque”, et très souvent drôle par le choix des pièces (voir Joël Hubaut et sa joyeuse collection d’autoportraits déguisés et absurdes, ou les trophées sportifs en plein débandade – littérale – de Jean-Baptiste Ganne... ), cette riche expo avance une proposition après l’autre, voyageant à la fois dans l’histoire de l’art moderne et contemporain, et dans l’histoire de l’homme d’aujourd’hui, si multiple.

L’accrochage, un peu “do it yourself”, a la vertu de donner au parcours un air familier propre à décomplexer les néophytes. Les œuvres, souvent conceptuelles, sont expliquées par de petits cartels. Le garçon promis dans le titre, on le trouve ici sous divers formes, représentants idéaux d’un genre qui gagne manifestement, se dit-on en sortant, à se chercher.

 

 

L’exposition est complétée par un vaste programme de performances reliées au thème, programmées jusqu’en juin.

 

 

 

Pour ajouter un événement à votre wishlist, vous devez être connecté à votre compte !

Pas encore inscrit

Créer votre compte en quelques clics pour participer à nos jeux-concours, gagner des invitations exclusives et créer des wishlists dans votre espace personnel avec tous les articles et bons plans d’A NOUS PARIS qui vous intéressent.