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10 février 2017  / Culture

Quand Paris exposait ses macchabées à la morgue

Priscille Lamure
10/02/2017

Pendant des siècles, et jusqu'aux années 1900, les Parisiens pouvaient se livrer à une drôle d'expérience : aller "morguer" les morts non identifiés. Cette pratique à donné son nom a la morgue.

Autrefois, il existait à l’entrée des prisons une petite salle où étaient placés les nouveaux écroués afin que les gardiens puissent se familiariser avec leurs trombines et apprendre à connaître leurs tempéraments avant de les répartir dans les différentes cellules de la prison. Plus tard, cette même pièce servit à entreposer les corps des personnes retrouvées mortes hors de leur domicile — dans les rivières, les bois ou les champs — et dont on ignorait encore l’identité. Grâce à une petite ouverture dans la porte, les badauds et les curieux pouvaient tendre le cou et tenter de reconnaître un proche disparu.

À Paris, cette exposition de cadavres s’est tenue jusqu’au début du XIXe siècle dans la basse geôle de la prison du Grand-Châtelet avant d’être transférée sur le quai du Marché-Neuf, puis dans un bâtiment dédié auquel on donna le curieux nom de Morgue. Eh oui ! Figurez-vous que « morgue » est un vieux mot français employé pour qualifier la face — le visage — qui, en ce qui nous concerne, est le meilleur moyen de reconnaître et d’identifier une personne. Par extension, morguer quelqu’un, c’est le dévisager, le scruter, le regarder avec insistance. Ainsi, dans cette nouvelle morgue parisienne les cadavres étaient exposés, nus et allongés sur des tables, derrière des vitrines de verre devant lesquelles une populace nombreuse et de tous âges défilait chaque jour pour observer à loisir les corps en attente d’identification.

Il s’agit à l’époque d’une véritable attraction touristique, une distraction d’ailleurs signalée dans les guides de voyages destinés aux étrangers visitant Paris, et il fallait parfois faire la queue pendant plusieurs heures pour pouvoir enfin assister à cette mise en scène qui nous semble aujourd'hui quelque peu macabre. Certains corps suscitaient un intérêt tel que la foule débordait jusque dans la rue et que la police devait intervenir pour calmer la cohue des curieux qui se pressaient pour les observer. Ce fut le cas notamment pour deux sombres faits divers : celui, en 1840, du corps de l’« enfant de la Villette » retrouvé quasiment décapité, ou encore la triste histoire, en 1876, de la « femme coupée en morceaux » tirée de la Seine où elle avait été jetée dans un sac pour être reconstituée et exposée à la morgue sous une bâche qui ne laissait apparaître que sa tête. Une balade atypique certes, mais néanmoins déconseillée lors d’un premier rendez-vous galant ; messieurs, il est des lieux plus appropriés pour emmener sa belle faire du lèche-vitrine !

Malgré l’engouement populaire, cette pratique consistant à exposer publiquement les cadavres prit fin en mars 1907 par décret du préfet de police Lépine par mesure d’« hygiénisme moral ». C’est alors qu’est construit, quai de la Rapée, l’institut médico-légal de Paris.

(Illustration : la morgue de Paris en 1845, dessin d’après une peinture de Carré.) 

→ Retrouvez le blog de Savoirs d'Histoire ici.

 

 

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