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06 septembre 2017  / Concerts

Dans les coulisses de La Cigale

Carine Chenaux
06/09/2017

Après avoir été pendant 17 ans à la tête de La Nef, importante salle de concert à Angoulême, et de son festival affilié, Jean-Louis Ménanteau est devenu, début 2011, le Directeur général de La Cigale. Il en raconte l’esprit, les histoires, le quotidien, les aspirations.


Jean Louis Ménanteau © DR

 

Qu’évoquait pour vous La Cigale, avant que vous n’en preniez la direction ?

Vue depuis la province, elle était, dans les années 80, 90, 2000, LA salle identifiée pop-rock, principalement. En arrivant ici, je me suis rendu compte que son spectre artistique était plus large, qu’il y avait aussi de la chanson, du rap, et puis aussi des humoristes. Son créateur, Jacques Renault, avait voulu qu’elle soit plurielle, qu’elle propose une offre de spectacles diverse et de qualité. Et ce désir a perduré.

Après une salle publique, vous avez intégré une structure privée. Qu’est-ce que ça a changé ?

J’étais conscient que je n’aurais pas ici un rôle de programmateur comme précédemment, mais plutôt un rôle de manager. Je dirige Cigale S.A., c’est-à-dire La Cigale, La Boule Noire, la société qui gère les bars et même le restaurant. C’est assez transversal. Au quotidien, mon boulot est de coordonner l’équipe, de faire en sorte que tout marche bien, et puis que, sur le fond, il y ait toujours une flamme, une envie. Quand on fait ce métier, on sait que les artistes se sentent, d’une certaine manière, assez fragiles quand ils jouent dans la capitale. Parce que c’est Paris, il faut réussir son concert, que ce soit dans un petit bar ou dans un lieu comme La Cigale. Il y a une pression supplémentaire, du fait de la présence des professionnels et des médias. On perçoit nettement cette petite tension et notre travail, en tant que gestionnaires de salle, c’est de faire en sorte que toutes les conditions techniques soient réunies pour générer une grande sérénité. À côté de ça, la dimension humaine est aussi, bien sûr, très importante.

Comment appréhendez-vous le rapport aux artistes que vous côtoyez ?

Dans ce métier, il ne faut pas être fan. Bon, si ça arrive, il faut se contenir ! On laisse venir les artistes plutôt que de provoquer la discussion. Ça peut paraître surprenant, mais on fonctionne un peu comme dans un palace où chacun reste à sa place, discret. Si, après le concert, l’ambiance se détend et les rencontres se font, c’est bien, mais il ne faut pas forcer les choses.

Comment une salle comme La Cigale s’intègre-t-elle dans la ville ? Vous avez des soucis de voisinage ?

Parce que c’est une activité qui fait du bruit, forcément, il faut gérer ce que ça implique. La Cigale est un théâtre de construction 1887 et quand on regarde bien, il y a du bois, il y a de la brique, c’est un lieu “transmissible”. Aujourd’hui, les nouvelles musiques, qu’il s’agisse d’électro ou de hip hop, ont pas mal de fréquences basses. On a beau travailler l’isolation phonique, on peut traiter les aigus et les médiums, mais en revanche, les basses, ça passe à travers les murs et, exactement comme avec le métro, on a du mal à les maîtriser. Après, on a des process très précis. La fin des concerts est fixée à 22h30 et le démontage se fait dans la mesure du possible sans faire trop de bruit, de façon à gêner le moins possible le voisinage.

Après, ça reste un quartier de nuit…

Oui, mais du coup, les gens sont parfois légèrement excédés. Reste que la faute est de moins en moins imputable aux seules salles de concerts. La multiplication des locations d’appartements à des touristes qui viennent faire la fête à Paris y est pour beaucoup aussi. C’est un peu ce qu’a vécu Barcelone il y a quelques années, ou Bordeaux en ce moment. Ce sont des villes très prisées par un public jeune qui veut s’amuser. Cela nuit un peu à la tranquillité des autochtones, et ce, davantage que les différents théâtres. En tout cas, de notre côté, on répond toujours aux sollicitations des voisins, c’est important d’expliquer les choses.

Et si, à l’image de Prince, un artiste ne veut pas sortir de scène à l’heure prévue ?

Les Red Hot Chili Peppers, le Festival des Inrocks qui s’est tenu ici pendant 30 ans, en 2009, le fameux concert de Prince qui a duré 3h30… Il arrive bien sûr qu’on déborde, mais quand ça reste exceptionnel, il n’y a pas de problèmes.

Qu’est-ce que La Cigale a de particulier par rapport aux autres salles environnantes ?

D’emblée, son rapport scène/salle qui favorise naturellement l’échange. Quand on est sur scène, tous les artistes le disent, on a l’impression qu’on embrasse le public. On en est très proche, et ça peut être carrément impressionnant. Du coup, on peut vraiment se faire peur, mais en revanche, quand ça marche, c’est génial. D’autant que cette configuration particulière offre aussi une qualité de son inégalé. Après, l’autre grand atout de La Cigale, c’est son histoire. Elle appartenait à l’origine à un producteur, celui des Rita Mitsouko, des Négresses Vertes, d’Assassin ou de Zebda pour la partie française, ce qui permet nécessairement de tisser des liens uniques avec les artistes. Quand je suis arrivé ici, une des filles de Catherine Ringer faisait un petit boulot au standard et j’imagine que ses enfants ont grandi ici. La société de production de concerts Corida, qui gère aujourd’hui la salle, est dans cet esprit familial. Elle reste, ce qui est assez rare, fidèle à ses artistes, en les suivant dans leur carrière, même dans les mauvais moments.

Un défaut ?

Le seul défaut de La Cigale, c’est son hall, qui est plutôt exigu. Du coup, quand on sort de la salle, on est tout de suite dehors. C’est pour ça que le restaurant de la Cigale, La Cantine, est important pour nous, parce qu’il fait office de lieu de retrouvailles avant et après les concerts. En 2009, il avait été pensé avec Thierry Costes, dans une version qui s’est révélée finalement trop chic au vu des attentes du public. Après une autre phase bistronomie également peu concluante, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas besoin de chef star, qu’il fallait juste proposer des choses simples, bonnes et pas chères et laisser l’endroit remplir son rôle.

Vous faites beaucoup d’aménagements pour améliorer La Cigale ?

Bien sûr, La Cigale, c’est un vieux théâtre qu’on entretient comme une voiture de collection. Quand on voit les musiciens étrangers entrer dans cette salle comme on pénètre au Louvre, on se rend compte de son côté exceptionnel. Arriver dans les loges, voir ces peintures un peu salies, la photo de Tom Waits au mur, ça aussi, ça reste mythique. D’ailleurs, on a mis depuis trois ans à la disposition des artistes, une tablette pour qu’ils puissent se prendre en photo et immortaliser le moment. Après oui, on a refait le ravalement de la façade cet été, et puis on a changé la moitié des fauteuils. C’est une salle plutôt permissive, les gens se lâchent un peu pendant les concerts (rires). Mais on ne va pas les brimer non plus.

Comment se décide la programmation ?

En tant qu’établissement privé, nous louons la salle à qui souhaite s’y produire. La programmatrice, Corinne Mimram, qui est là depuis 30 ans, gère les demandes. On a des périodes très denses pour les concerts, du 15 septembre au 15 décembre, et du 15 février au 15 juin, durant lesquelles on peut avoir plusieurs propositions pour les mêmes dates. Là, il arrive qu’on doive faire des arbitrages, en optant pour ce qui correspond le mieux à l’image de la maison.

Comment la qualifieriez-vous ?

Historiquement pluridisciplinaire, ce qui justifie sa modularité. On peut aller jusqu’à installer un vélodrome, ce qui a été fait avec Red Bull, ou une piste de skate ce dimanche pour les 30 ans.

Comment a été pensé ce Jubilé des 30 ans ?

L’idée nous en est venue en fin d’année dernière, avec en ligne de mire la rentrée 2017, même si la période n’est pas la plus simple, à l’issue de la saison des festivals. Mais nous sommes quand même parvenus à concocter une programmation fidèle à notre envie : rendre un hommage au passé, aux passés plutôt, être fidèle à notre approche plurielle de la musique comme à notre côté transgénérationnel.

Qui rêveriez-vous de voir passer à La Cigale dans le futur ?

Oh, Arcade Fire, par exemple, ou pourquoi pas Springsteen, en acoustique, ça me plairait beaucoup. J’ai fait ici, il y a quelques années, une visite technique avec un gros producteur, pour un groupe anglo-saxon dont le nom ne m’avait pas été révélé. J’ai su après que c’était pour les Stones. Au final, ils voulaient un endroit plus petit, moins classique, davantage à l’ancienne, dans le genre qui sent la bière. Ils sont allés au Trabendo.

 


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