© photo : Patrick  Messina
10 juin 2017  / Musique

Interview : Camille, le retour

Propos recueillis par Carine Chenaux
30/05/2017

Depuis le live de son très beau « Ilo Veyou » il y a plus de quatre ans, Camille est de retour avec Ouï (Because), un disque organique et fédérateur.

Echappée du bouillonnement de l’actu (à part de prouver qu’elle pouvait faire chanter qui bon lui semblait, présidents compris) depuis le live de son très beau « Ilo Veyou » il y a plus de quatre ans, Camille est de retour avec Ouï (Because), un disque organique et fédérateur. Des percussions, des chœurs lyriques enregistrés dans une chapelle, et la voix de la chanteuse qui s’élève plus haut que jamais font de cette nouvelle aventure plus qu’un album, un climat.

 

Tu t’apprêtes à jouer dans un festival qui se déroule aussi bien en journée qu’en nocturne… Tu es plutôt du matin ou du soir ?

Je suis super du matin ! Je peux me réveiller à quatre heures du mat’ et je pète le feu. Ca pourrait me poser problème pour les concerts, mais ça me plait bien aussi, parce que le soir est porteur d’autres choses. On se relâche, on laisse les soucis derrière soi… Je le constate quand je fais des concerts plus tôt, l’énergie est moins mystérieuse en journée. Du coup, j’aime bien le soir pour les concerts, mais les tournées, voilà, ça me décale tout ! Pas couchée avant 1h… (rires)

 

Du coup, ton disque est du genre à s’écouter le mieux à quel moment ?

Il s’ouvre sur une aube, avec un titre, « Sous le sable », où je parle de l’aurore, et dans la deuxième partie du disque, il y a celui qui s’appelle « Nuit debout ». Sur ces deux morceaux, il y a un chœur ; dans le premier, il finit la chanson et dans l’autre, il la termine. Donc pour moi, ce disque, c’est un peu le « soleil noir » ou alors la petite lueur dans la nuit. Je suis vraiment partie de l’idée de jeter un peu de lumière dans l’obscurité, en regard avec une époque. On vit des temps obscurs et en même temps, de là, je trouve que beaucoup de choses lumineuses émergent. Je pense que c’est dans ces moments particuliers, dans ces limbes, qu’étrangement, on trouve le plus d’énergie au final.

 

Tu avais dans l’idée de faire un album protestataire, mais au final, on dirait qu’il s’est souvent comme envolé vers des choses plus légères…

C’est un peu un signe des temps. La musique étant une forme de tribune, on a envie d’exprimer ce qu’on pense, ce qu’on sent, on a un peu envie de changer le monde… Et puis en fait, la meilleure manière de faire évoluer les choses, c’est de travailler sur soi, sur sa paix intérieure. Je ne dis pas ça dans un sens monacal, mais plutôt dans celui du plaisir, dans l’idée d’aller au bout de sa propre folie, de ses fantasmes, de ses désirs. C’est en travaillant ça et les matières qu’on aime, qu’on peut être bien et diffuser ça à un public. Moi, c’est grâce à la musique que je me suis ouverte, que j’ai commencé à écouter les autres et à dire oui – le titre de mon album aujourd’hui - aussi. Je me souviens, quand j’étais ado, à un moment de la vie qui est une charnière, j’avais tendance à me recroqueviller, exactement comme beaucoup de gamins vivent en meute, et c’est finalement la musique qui m’a permis de m’exprimer à la première personne et donc de dire ma singularité, mais tout en restant réceptive aux autres. A chaque fois que je fais des concerts ou un album, ça réinitialise cette sorte de pacte.

 

Tu avais « disparu » un moment, pourquoi ?

Ce n’était pas quelque chose de vraiment prémédité, c’est juste que je prends le temps pour faire les choses. Je n’avais pas disparu, évidemment. Les artistes, c’est souvent quand on en parle le moins qu’ils bossent le plus. Et le travail d’un artiste, c’est butiner, c’est se ressourcer, se questionner, faire un boulot de fond qui ne peut pas être fait quand on est surexposé. Une réflexion sur soi, quelque chose qui est de l’ordre du privé, de l’intimité, de l’invisible.

 

Tu as travaillé sur des projets différents, tout de même, au théâtre notamment.

Oui, avec ma sœur (Sonia Bester, ndlr), pour sa pièce La Tragédie du Belge. C’était génial, j’adore cette pièce, et j’ai adoré travailler avec ces comédiens, pas du tout chanteurs, et qui au final ont une ouverture d’esprit que peu de musiciens ont, une disponibilité rare, et la faculté de se laisser aller à faire n’importe quoi. Sinon, j’ai aussi fait trois chansons pour Le Petit Prince, avec le génial Hans Zimmer et j’ai concrétisé ma tournée rêvée en marchant dans le Beaujolais, sans autre chose que de l’énergie humaine, en chantant dans des petits lieux, juste devant des gens du coin. Et puis j’ai écrit et composé mon disque, avant de le produire - de façon alchimique avec Clément Ducol, qui est arrangeur, et de Maxime Leguil, qui est ingénieur du son -, ce qui est pour moi un vrai travail poétique dont on parle toujours trop peu chez nous. Ca m’a pris plus d’un an pour aboutir à ces onze chansons.

 

Tu as quitté Paris, aussi…

Je suis née à Paris et j’avais jusque-là toujours vécu à Paris ou dans la région parisienne. Je suis partie en septembre 2015 à côté d’Avignon, pour changer d’air, et pour aller vers le « oui », justement. J’ai passé beaucoup de temps à me dire que pas mal de choses me pesaient ici, alors je l’ai fait et c’est déjà bien. Là-bas, il y a moins d’infos, de l’ordre de l’image ou du langage, qui vous parviennent. Moi qui cherchais l’épure pour mon disque, et surtout après tous les événements qu’on connaît, ça me convenait parfaitement. Et puis aujourd’hui, d’un autre point de vue, je réapprends à aimer Paris.

 

Et tu as choisi de donner toutes tes interviews dans des lieux installés au cœur des différents parcs de la capitale, comme aujourd’hui, aux Buttes-Chaumont..

Dans l’espoir de profiter du soleil, mais aussi parce que j’aime bien marcher. Il vient d’autres choses en marchant, on contrôle moins.

 

Quelles conséquences a eu ton départ de Paris sur ta musique ? Une tempérance ?

Ca m’a permis de me recentrer, c’est sûr. Après, la musique, à elle seule, adoucit les mœurs, mais elle ne les ramollit pas. Ce n’est pas un alcool ni une drogue, mais c’est une ivresse, une transe. Et ce que j’ai gardé de mon poing sur la table, je l’espère, c’est une invitation à l’ouverture, à l’écoute, mais aussi à la conscience de la pulsation du cœur qui bat ; ce rapport à toutes les musiques qui appellent doucement le corps et l’esprit vers le mouvement. Des rythmes traditionnels africains à ceux de l’Europe de l’Est, qui pour moi sont porteurs de quelque chose d’organique, et qui expriment une harmonie qu’on peut trouver avec les autres. Dans ce sens, aussi, le travail du chant lyrique m’a énormément apaisée. Le tambour également, un vrai instrument qui sonne un peu comme une révolution. On n’est pas dans le militantisme, mais ça nous rappelle nos racines, ça ré-ancre dans la terre. On vient d’où bordel ? (rires) On vient de là, on vient du bleu !

 

Tu dis que la couleur de ton disque est l’indigo ?

Oui, comme les vêtements que je porte sur la pochette et dans les clips, et parce que l’indigo est une couleur d’origine végétale qui est très vivante puisqu’elle devient, au contact de l’oxygène, d’un bleu changeant. Il y a peu de bleu dans la nature, et pourtant, la couleur serait, selon la légende, celle que préfèrent les humains. Elle apaise, en tout cas.

 

La bio qui accompagne ton album dit que tu as enregistré un disque parce qu’il fallait bien fixer quelque chose… Tu préfères donc définitivement la scène ?

Le disque, j’adore, parce que j’ai grandi avec des albums autour de moi. Ca jalonne ma vie, et c’est un peu comme un rituel qui m’est nécessaire et qui me pousse aussi. Mais c’est le travail du sédentaire… C’est presque comme une prison dorée pour moi. J’aime bien être toujours en mouvement, j’adore les choses éphémères. Je suis très expérimentale…

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