scooter vintage
04 mai 2015  / société

Scooters vintage, un plaisir de puristes

Texte : Murielle Bachelier
30/04/2015

La mode du vintage n’a pas épargné le monde des deux-roues. Aujourd’hui, les scooters légendaires apparus dans l’après-guerre sont particulièrement recherchés par les amateurs. Loin de la nostalgie, un beau livre compile les modèles les plus cool à travers une série de portraits de propriétaires véritablement amoureux de leurs engins.

Si, chez nous, le scooter a été l’objet bien malgré lui d’un scandale présidentiel l’an dernier, qui prouva toutefois son efficacité en terme de faufilage anonyme, il faut revenir aux années 40, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour comprendre comment cette drôle de machine est devenue aussi populaire. Pratique pour se déplacer, pas chère, la motocyclette est rapidement vue comme un synonyme de liberté, un symbole positif qui séduisit la jeunesse de l’après-guerre. Si le terme scooter vient de l’anglais et signifie « patiner, filer », ce sont les Italiens qui les premiers lui ont donné ses lettres de noblesse. La Vespa (la guêpe ) de Piaggio, lancée en 1946, va ainsi représenter le style et l’élégance à l’italienne. L’apparition du Lambretta de la maison Innocenti est quasiment simultanée, en 1947 ; dans les années 60, elle deviendra une véritable icône du mouvement mod en Grande-Bretagne.

Ainsi naquit la rivalité entre ces deux constructeurs italiens, qui durera une vingtaine d’années. Soit l’époque bénie du scooter, qui est aujourd’hui celle de référence pour les amoureux du vintage. Mais d’autres, beaucoup plus confidentiels, ont su eux aussi fabriquer des légendes. A l’image du Goggo, qui se démarque des stars italiennes par ses arrondis très marqués devant. C’est en 1951 que les premiers prototypes apparaissent, imaginés par la société bavaroise Hans Glas GmbH, pourtant plus habituée aux machines agricoles. Elle décide de prendre le virage du scooter en voyant l’engouement massif qu’il commence à connaître. Pendant cinq ans, la marque va construire 46 000 exemplaires de ce Goggo devenu légendaire, avant de se lancer dans la fabrication de mini-voitures. Hors d’Allemagne, il ne connaîtra pas la notoriété d’une Vespa et malgré sa robustesse, peu ont survécu. C’est pourquoi il est devenu très rare et donc convoité des passionnés éclairés.

 

Scooters à la “mod”

 

Le Goggo fait partie des mythes qu’on retrouve dans un bel ouvrage intitulé Scooters rétro, qui paraît cette semaine aux éditions Hoëbeke. Si le livre fait la part belle aux fans anglais, c’est sans doute parce que son auteur Chris Haddon est british, mais pas seulement. En effet, la Grande-Bretagne, comme l’Italie, a une histoire du scooter bien particulière. À la fin des années 50 y sont apparus les premiers “mods” (contraction de modernistes), de jeunes urbains plutôt avant-gardistes. Ils ont à cœur de se tailler un style élégant sur-mesure, pétri de contre-culture. Fans de jazz et de musique soul, très attachés à leur tenue vestimentaire, ils sont également attentifs à l’esthétique de leur moyen de transport, le deux-roues. Ils ne se déplacent qu’en Vespa ou Lambretta fortement customisé, recouvert de phares, de rétroviseurs ou encore de diverses pièces chromées, et se retrouvent chaque week-end pour des rallyes de scooters.

Si les mods comme phénomène anglais de masse disparaissent à la fin des années 60 au profit d’une autre horde plus flower power, un certain revival émerge actuellement. Les rassemblements de scooteristes stylés sur les plages des stations balnéaires anglaises ont laissé la place à des week-ends dans les grandes villes européennes. « La culture mod est toujours très forte aujourd’hui, précise Chris Haddon. Ce n’est pas primordial d’avoir une Vespa ou un Lambretta si tu es un mod, mais cela va souvent de pair. Les propriétaires de scooters que j’ai pu rencontrer pour le livre sont d’âge divers. Il y a ceux qui ont connu l’apogée des années 60, et ceux qui revivent cette expérience du passé à travers l’un de leurs proches qui leur a transmis cet amour pour ces engins. J’ai pu quand même m’apercevoir que quand on est mod, c’est pour la vie. Tout n’est qu’une question d’évolution à travers le temps, et c’est ce mouvement qui attire actuellement une nouvelle génération sur cette scène du scooter rétro. »

 

Relations passionnelles

 

Ces “golden years” ont sans aucun doute contribué à façonner le mythe, et aujourd’hui, les amoureux de scooters vintage reprennent donc le flambeau à leur façon. Chris Haddon a rencontré de véritables passionnés qui se sont livrés sur les rapports étroits et intimes qu’ils entretiennent avec leurs deux-roues. Chaque histoire est unique, montrant la relation forte que nourrissent tous ces scootéristes, et qu’on pourrait comparer à des histoires d’amour.

Comme celle d’Andrew avec son vieux Lambretta : « J’ai quitté le nord du pays pour m’installer à Londres en 2004, et les transports en commun ont eu vite fait de m’insupporter. Un scooter me paraissait idéal mais étant naturellement très sensible au design et adepte du vintage, m’acheter un scooter neuf était hors de question. J’ai donc d’abord acheté une Vespa VBB de 1961 qui m’a coûté 2 000 euros, une somme faramineuse. En un rien de temps, elle a été incendiée, puis volée. Ayant compris la leçon, j’ai utilisé l’argent de l’assurance pour m’offrir un vieux Lambretta déglingué. Un vrai italien avec une peinture ringarde qui allait exiger un peu de travail. Alors, j’ai commencé à me mêler à une bande de scooteristes légèrement décalés des environs de Hackney qui revendiquent une attitude, des tendances créatives et un état d’esprit qu’il serait impossible de vivre pleinement en restant coincé dans le passé. Mon Lambretta est resté en sale état pendant deux, trois ans. J’avais toujours voulu le faire calligraphier par un professionnel. Je suivais le travail de l’artiste Nicolai Sclater, connu pour sa typographie contemporaine. Quand je lui ai proposé de travailler sur tout le scooter, il n’a pas pu refuser ! ».

Pour Johnny, propriétaire d’un NSU Prima, l’histoire se résume à un sacré coup de chance. « Si je n’avais pas regardé par-dessus l’épaule d’un ami qui restaurait son Lambretta dans l’atelier de carrosserie que je tenais dans les années 90, je n’aurais peut-être jamais eu de scooter. J’ai tout de même mis dix ans à trouver ce que je cherchais. Un jour, sur un site d’enchères en ligne, j’ai été attiré par quelque chose que j’ai naïvement pris pour un Lambretta. Le prix de départ était peu élevé et personne n’avait encore fait d’offre. Il s’est avéré être un NSU Prima V de 1960. J’ai finalement remporté l’affaire puisque personne n’a renchéri sur mon offre. Je me suis hâté d’appeler le vendeur pour aller le chercher. L’hospitalité n’était pas le fort du gars. Le scooter était appuyé sur un tas d’objets, exactement dans l’état dans lequel je m’attendais à le trouver, et il n’avait que 1 100 kilomètres au compteur. Juste au moment où je venais de charger le Prima dans ma voiture, le vendeur m’a expliqué qu’il s’agissait de l’engin de son oncle décédé en 1961. Tout ce qu’il lui manquait pour retrouver sa gloire d’origine, c’étaient une petite restauration et une nouvelle peinture. Je peux affirmer aujourd’hui que le conduire est un vrai plaisir ! »

Si les nouveaux propriétaires de scooters vintage ne sont pas très différents de leurs aînés dans leur envie d’avoir un deux-roues stylé et bien différent des autres, ils inventent des façons inédites de les customiser. Pour Chris Haddon, « chacun veut marquer sa différence en restaurant son scooter à sa façon. Les puristes qui prodiguent énormément de temps et d’argent à leurs engins existent toujours. »_

 

À lire : Scooters rétro par Chris Haddon, photographies de Lyndon McNeil, édition Hoëbeke, 159 p., 25,50 €.

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