© Cedric Lecocq / FFT
16 mai 2017  / Sport

Entretien avec Guy Forget

Stéphane Koechlin
16/05/2017

L’ancien numéro 4 mondial dirige le tournoi de Roland-Garros depuis deux ans. Il raconte cette fonction très particulière.

Que retenez-vous de votre première édition en tant que directeur du tournoi ?

J’ai dû gérer une série de petites crises. Je ne me rendais pas compte de l’impact que pouvaient avoir les précipitations sur le fonctionnement d’un grand tournoi. Mon poste est très exposé. Je suis celui qui doit proposer des solutions, des alternatives. On doit fonctionner en urgence alors que l’on ne contrôle pas le climat. C’était un baptême du feu ou plutôt de l’eau.

Avez-vous hésité à accepter cette responsabilité ?

Pas du tout. Cette proposition me donnait une belle liberté, et j’aime beaucoup les équipes avec lesquelles je travaille. Je les connais depuis longtemps. La passion nous anime tous. Personne ne compte ses heures. J’arrive au stade entre 8  et 8 h 30 et j’en repars à 22 h. Je fais plus que 35 heures (il rit). La pression est importante, à partir du moment où vous accueillez plus de mille journalistes accrédités, venus de tous les continents. Et vous représentez le statut prestigieux d’un tournoi du Grand Chelem.  

C’est plus difficile qu’être joueur ?

Cela n’a rien à voir. Quand vous jouez, vous vous préoccupez seulement de votre rendement sur le terrain. Le reste du temps, c’est de la récupération, des soins, du repos pour être en forme 24 h ou 48 h plus tard. C’est aussi une longue attente. Être dans l’organisation demande une action de tous les instants dès l’ouverture des portes du stade le matin.

Vous ne regrettez pas de ne plus jouer ?

Oh si ! Même si, au fil des ans, j’ai fait mon deuil. Mais cela me démange. Pendant un an, je n’ai pas pu jouer. Je retape un peu la balle.

Votre meilleur souvenir ?

Mon premier Roland. J’avais passé deux tours, avant de perdre contre Jimmy Connors qui était numéro un mondial. J’avais 17 ans. Cela m’a beaucoup marqué. Ensuite, la victoire de Yannick Noah, en 1983, m’a enflammé. C’était un modèle pour moi, mon grand frère.

Qu’est-ce qui vous a manqué pour gagner Roland-Garros ? La chance ?

Il ne faut jamais invoquer la chance pour justifier ses échecs. Je n’étais pas assez fort, tout simplement, ou je n’ai pas compris certaines choses suffisamment tôt. La terre battue ne mettait pas assez en valeur mes qualités et faisait ressortir mes défauts. J’ai souvent quitté ce tournoi un peu frustré alors que maintenant, je suis qualifié jusqu’à la finale ! 

Que pensez-vous de l’affaire Nastase ?

C’est regrettable. Je connais bien Ilie. C’est un garçon charmant, mais comme beaucoup de Roumains, sa passion le met à vif. Il ne veut que gagner. Joueur, il pouvait être drôle, mais aussi piquer de violentes colères. Il s’est excusé de ses propos. Il a été suspendu à titre provisoire. J’espère qu’il pourra revenir. Quand je l’ai battu en 1982, il avait essayé de me déconcentrer, mais de manière plutôt drôle.

Vous aurez tout fait dans le tennis, joueur, capitaine de Coupe Davis, directeur de Roland-Garros. Que vous manque-t-il maintenant ?

Mes jambes de 20 ans. Ah, si je les retrouvais pour retourner sur les courts et revivre mes sensations d’autrefois ! Ma passion est intacte, la technique ne se perd pas. Je dois être encore classé, mais je n’ose même pas le dire. En fait, je ne connais pas mon classement. Je ne sais même pas si je suis encore seconde série. Il faudra vérifier. Je suis peut-être à 15. Mais sans aucune prétention, je pense que je joue bien mieux que 15. De toute façon, il faut disputer des matchs. Sinon, vous dégringolez. Ma descente a été lente. Si je devais rejouer des tournois, la fédération remonterait mon classement.

Quels étaient vos joueurs favoris ?

J’ai aimé Guillermo Vilas, Jimmy Connors. En les rencontrant, j’ai été parfois un peu déçu. Quand vous arrivez jeune, vous pensez que tout le monde est gentil et beau. Or, le tennis est un sport de combat où les joueurs se rendent coup pour coup. Ils ne sont pas gentils. Cette agressivité sur le terrain parfois déborde du cadre du jeu. Affronter ces personnalités fut quelque chose de marquant pour moi. Les joueurs actuels sont plus courtois. Ils font attention à leur image, conscients qu’un mauvais article peut avoir un impact sur leur partenaire financier comme des stars du show business. Ceux de mon époque étaient plus bruts.    

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