A Ménilmontant, ils se battent pour protéger une friche bucolique

Du TEP Ménilmontant, ancien terrain de sport laissé à l’abandon, tout devait être rasé pour construire des logements. C’était sans compter sur la détermination des riverains, qui tiennent bien trop à cet espace vert. Aujourd’hui, ils s’engagent pour en faire un lieu utile à tous, écolo et festif. 

 

Coincé entre des barres d’immeubles et face au cimetière du Père Lachaise, cet espace vert de 6000 mètres carrés, c’est un véritable luxe pour les habitants du 11e arrondissement – le plus dense de la capitale. En ce dimanche après-midi, les Parisiens ne se font pas prier pour en profiter : ici, des poules qui se baladent, là, des amoureux qui s’embrassent, avachis sur des transats, et plus loin, un bébé qui crapahute dans la paille. Autogéré par l’association « Lachaise en action », cette friche est en perpétuelle évolution au gré des envies et des propositions des voisins.

Depuis le mois de mai, ils ont installé un terrain de badminton, un bac à compost, un poulailler, des bancs pour s’asseoir et jouer aux cartes… Et bien sûr une buvette à prix cassés, tenue aujourd’hui par un couple de retraités. Colette, cheveux gris et grand sourire aux lèvres, est fière du « travail monstre » accompli. « Ici, c’est un peu Notre Dame des Landes, mais en beaucoup plus petit », s’amuse-t-elle en versant du thé glacé dans une éco cup.

 

TEP Ménilmontant © Célia Laborie
Le « coin lecture » du TEP Ménilmontant © Célia Laborie

 

Quel est donc le rapport entre la ZAD de Loire-Atlantique et ce petit coin de l’Est Parisien ? L’ambiance est si calme qu’on en oublierait presque que le TEP Ménilmontant est au cœur de combats féroces entre la mairie et les riverains. Cet ancien gymnase, laissé en friche depuis des années, était voué à devenir un complexe de logements sociaux, avec un centre de traitement de déchets et des terrains de sport. Un projet lancé en 2011 et d’emblée contesté par les voisins, jugé trop dense, trop bruyant… Bref, tout sauf moderne selon Pierre Hulin, menuisier habitant dans le quartier et impliqué dans la contestation depuis le tout début. « Il est temps d’arrêter de bétonner Paris ! On n’arrête pas de construire alors qu’il y a des centaines de logements vacants, ou beaucoup trop chers pour la plupart des gens. Grignoter sur les rares espaces verts, c’est complètement contre-productif », s’agace le trentenaire en baskets et bermuda.

 

TEP Ménilmontant © Célia Laborie
Un espace buvette tenu par des bénévoles © Célia Laborie

 

« Un projet d’intérêt public »

 

Après avoir fait tourner maintes pétitions, place à la méthode forte : début 2019, les riverains ont fait le guet pendant des mois, prêts à bondir au moindre coup de pelle. Le 8 avril à l’aube, quand les pelleteuses sont arrivées, ils étaient une vingtaine à former une chaîne humaine pour empêcher l’entrée des machines. Un combat qui a reçu le soutien de nombreux élus parisiens, qu’ils soient étiquetés LR, Insoumis ou les Verts, mais aussi d’associations écologistes comme Alternatiba. Face à l’insurrection généralisée, la mairie de Paris a fini par baisser les bras – il faut dire que les élections approchent à grand pas ! Le 29 mai dernier, Anne Hidalgo annonçait la mise entre parenthèses du projet d’urbanisme.

Une victoire pour les riverains qui ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Il se concertent toutes les semaines pour créer leur propre « projet d’intérêt public ». En attendant de connaître le nouveau projet immobilier dédié 41 boulevard Ménilmontant, ils ont construit cet îlot de fraîcheur par et pour les habitants du quartier, un espace des possibles écolo et collaboratif. Des dizaines de bénévoles mettent la main à la pâte au quotidien. « Depuis le mois de mai, on a déblayé cet espace en friche laissé totalement à l’abandon, planifié le sol, proposé des activités sportives et artistiques », explique fièrement Pierre Hulin.

 

TEP Ménilmontant © Célia Laborie
Poules et coqs en liberté au TEP Ménilmontant © Célia Laborie

 

Ensemble, les riverains ont créé un lieu pour se rencontrer, buller, penser à l’avenir. Romain et Xavier, deux vingtenaires du quartier, ont enlevé leurs chaussures pour profiter de l’apéro les pieds dans la paille. Ils aiment le côté « très cool » de cette friche « calme, car pas encore prise d’assaut par les Parisiens ». Ici, ils peuvent se payer une bière fraîche et amener leur propre apéro à grignoter. Ambiance moins farniente au fond du terrain, où un autre groupe de jeunes fabrique des abris ouverts à partir de pièces de bois. Des travaux dirigés par Pierre, urbaniste.

Des Parisiens de tous âges ont ici un espace pour mettre en avant leurs compétences et profiter de celles des autres. Une bibliothécaire amène des livres pour enfant et adultes et organise des lectures de contes. D’autres habitués chapeautent les des ateliers de tricot ou de Qi Jong, le tout gratuit ou à prix libre.

Des fêtes ont lieu de temps en temps – elles finissent tôt pour ne pas déranger les voisins. Le soir du 14 juillet, plus de 1000 personnes sont venues danser à l’air libre pour la « TEP nationale ».

Tous les week-ends, de nouvelles personnes viennent profiter de la friche, et c’est une grande fierté pour tous ceux qui ont contribué à l’aménager. Seul regret : de l’avis même de Pierre Hulin, la mixité sociale n’est pas encore vraiment au rendez-vous. « On a conscience qu’il faut aller chercher les jeunes du quartier des Amandiers, plus populaire. Alors on entre en contact avec des MJC et des éducateurs pour organiser avec eux des tournois de sport et leur montrer qu’ils sont les bienvenus. » 

 

TEP Ménilmontant
Ouvert les samedis et dimanches de 14h à 21h
Entrée libre
Boissons : soft (kéfir, thé glacé, jus…) à prix libre, vin 3€, pinte de bière à 5€
Agenda (ateliers, concerts…) à retrouver sur Facebook


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