A.Boire

Que vaut vraiment… le Café de Flore ?

À Saint-Germain-des-Prés, deux cafés entretiennent le mythe. Les Deux Magots au numéro 6 sur la place et le Café de Flore, à quelques mètres, au 172 du boulevard. Deux lieux dont l’histoire empreinte de littérature a marqué nos imaginaires. Si tout le monde (ou presque) connaît le Flore de réputation, qui y a déjà bu un expresso ? On a poussé la porte pour vous, voici notre rapport d’expérience.

 

La devanture porte encore les stigmates des fêtes de fin d’année. Des sapins blancs surveillent les entrées et sorties, et à l’intérieur de nombreuses guirlandes dépareillées s’enroulent devant les miroirs. La porte poussée, plusieurs possibilités s’offrent à nous. Boire un verre en terrasse (au froid), boire un verre en terrasse côté veranda (au chaud), ou boire un verre dans la salle. A l’intérieur, un ballet zébré, efficace et discret de garçons de café.

Un café de flore, s’il vous plaît !

 

un expresso au café de flore
© EP

 

Chose étonnante à Paris, le serveur ne hausse pas le sourcil en nous voyant entrer. Mieux, il nous invite à nous asseoir « où on veut ». Ce sera donc près de la porte, sur la banquette vermillon. De là, on se souvient qu’Apollinaire y venait régulièrement au début du 20ème siècle, que Malraux y buvait son verre de  Pernod, ou encore que les éditeurs (messieurs Fasquelle, Denoël et Grasset) y découvraient leurs premiers auteurs. Haut lieu de culture, le Flore a vu défiler artistes, écrivains, stars du cinéma et créateurs de mode.

Que reste-t-il de cet héritage ? Pas grand chose, si on en croit notre visite de janvier. En cette froide et pluvieuse après-midi d’hiver, on croise un duo d’américaines et leur coupette de champagne (18 euros), des touristes et leur carte de Paris dépliée sur la table, une dizaine de sacs du Bon Marché, un quinquagénaire enroulé dans une écharpe rouge façon François Mitterrand et quelques visages fraîchement botoxés. Une faune relativement typique pour la Rive gauche, nous direz-vous.

Un sandwich sans pain, please

On s’empare de la carte, un livret inspiré par la maquette de la collection Blanche de Gallimard, et on inspecte les boissons et leur prix. Sans surprise, on tousse en découvrant que le Flore ne badine pas avec notre porte-monnaie. 7,80 euros le chocolat chaud, 4,90 l’expresso et 3 le croissant au beurre à l’heure du petit-déjeuner. Et à midi, le club sandwich coûte 22 euros. On tousse une seconde fois. Les prix sont donc plutôt élevés pour une cuisine de bistrot relativement ordinaire. Et ceci, même si Simone de Beauvoir a précédemment installé son séant sur la même banquette que moi.

Seul extravagance et clin d’œil à Sonia Rykiel (voisine du boulevard Saint-Germain) : le Club Rykiel. Un club sandwich… sans pain ni mayonnaise mais garni de ketchup et de moutarde. C’est étrange et fascinant en même temps. On commandera plutôt un pot de mayo et ses œufs durs, merci.

Quand au café expresso spécial Flore, le serveur nous explique avec gentillesse qu’il s’agit d’un « expresso normal, enfin, un Arabica un peu plus long« . Le café est-il meilleur ici, parce qu’il coûte près de 2 euros de plus et qu’il est servi avec un carré de chocolat 70% signé Ducasse ? Pas sûr… Mais contrairement à la majorité des cafés-bistrots de Paris, les garçons de café n’y sont ni revêches ni pressés.

Après plusieurs grammes de caféine, nous repartons du Flore un peu déçus d’avoir croisé ni Beigbeder ni Despentes, respectivement membre du jury et lauréate (en 1998 pour Les Jolies choses). Mais nous savons dorénavant que le Flore peut éteindre notre soif en Viandox pour la modique somme de 6,20 euros. C’est déjà ça de pris !


Café de Flore
172 Boulevard Saint-Germain, 6e