Découvrez GLITTER, la sensation électro venue du Maroc

Depuis qu’elle est passée derrière les platines, Manar, 24 ans, se fait appeler ڭليثر GLITTER ٥٥. La jeune DJ qui a grandi à Rabat avant de s’installer à Amiens, Lille puis Paris s’est façonnée un style unique, qui raconte toutes ses identités. Dans ses sets, des productions électroniques pointues se mêlent à des samples de musiques populaires maghrébines, du raï au chaâbi algérien, allant parfois flirter avec des percussions traditionnelles. C’est une rencontre entre les sons qu’elle aime écouter en club et les chansons que lui faisaient écouter ses parents dans son enfance. Révélée cette année sur Rinse France, elle jouera dans toute la France cet été, avant un premier EP en 2020. Rencontre.

 

Salut ڭليثر GLITTER ٥٥ ! Comment as-tu choisi ce drôle de nom de scène ?

Glitter, c’est une référence à ma collection de chaussettes à paillettes ! (elle soulève son pantalon au niveau des chevilles pour montrer qu’elle en porte aujourd’hui). Les deux petits signes à droite signifient « 55 » en arabe, c’est une référence à une expression marocaine censée éloigner le mauvais œil. C’est un clin d’œil à ma grand-mère, qui répète cette expression à peu près 15 fois par jour ! Et à gauche, j’ai écrit « Glitter » phonétiquement en arabe. Je trouve ça joli, et même si les graphistes me détestent, c’était très important pour moi qu’il y ait une référence à la langue arabe dans mon nom.

Tu as grandi à Rabat. Quelle musique écoutait-on chez toi ?

Beaucoup de musique, du chaâbi (musique populaire d’origine algérienne, NDLR) au raï en passant par la musique orientale plus traditionnelle. Et puis il y avait mes oncles, qui eux écoutaient plutôt de la variété française ou du rock américain. Enfant, je suis allée au conservatoire, où j’ai eu une éducation musicale plus classique. Adolescente, j’ai commencé à me passionner pour le rock anglais, j’adorais les groupes qui chantent faux et qui sonnent mal, comme les Libertines ! On était toute une bande d’amis qui échangeaient des liens de morceaux par MSN. Il y a peu de boutiques de disques dans les grandes villes marocaines, et les rares qui existent ne vendent quasiment pas d’albums venus de l’étranger. Alors tout est passé par internet. Progressivement, avec mes potes, on a découvert la musique électronique. Dans les années 90/2000, il y avait beaucoup de gros festivals de trance clandestins dans le désert marocain. Nous, on était trop jeunes pour y aller, mais on écoutait la programmation sur youtube !

C’est par ce biais que j’ai eu mes premiers coups de cœur pour des morceaux de Leila Arab, ou de la trance psychédélique, façon Infected Mushroom

Comment es-tu passée derrière les platines ?

Je suis arrivée en France il y a 10 ans et quelques années plus tard, j’ai commencé à faire de la musique électronique. J’étudiais la production culturelle à l’université de Lille 3, et un ami qui organisait une petite soirée dans un bar m’a laissé derrière les platines. J’ai complètement improvisé et j’ai adoré ! Peu après, on m’en a offert, et j’ai appris vraiment sur le tas. Rapidement, mon envie a été de créer ma propre musique, en intégrant ce que j’entendais  à la maison au Maroc.

Aujourd’hui, tu as sorti de nombreux podcasts, tu as une résidence mensuelle sur la radio web radio Rinse France et tu prépares un premier EP. Comment définis-tu ton style ?

C’est complètement hybride, je mélange souvent des musiques traditionnelles ou populaires du Maghreb avec des productions électroniques plus modernes. La plupart du temps, je pars d’une mélodie, par exemple venue d’un morceau de gasba (flûte traditionnelle berbère, NDLR) ou d’un rituel, et j’essaye de la confondre avec un rythme électronique. Ce sont des sonorités qui n’ont rien à voir à la base, à part peut-être le fait que ce soit des musiques de fêtes, de transe.

Le podcast dont je suis la plus fière, c’est le dernier, Hawa. J’ai compilé plusieurs samples de gasba que j’ai introduits progressivement au long du set, pour finir avec un morceau de celle qu’on appelle la reine du raï, Cheikha Rimitti. Ça finit par un morceau ultra populaire, mais compilé avec des productions électroniques venues de l’Angleterre, des Etats-Unis et même d’Israël.

Est-ce que tu fais écouter ta musique à ta famille ? Comment réagit-elle ?

Oui et ça les fait bien marrer. Ils ne loupent pas une de mes émissions sur Rinse ! Même quand il y a des productions très dures, très techno, ils ne décrochent pas. On a une conversation whatsapp et pendant l’émission, à chaque fois que je joue un sample qu’ils reconnaissent, ils m’envoient le nom du titre original et pleins d’autres morceaux qui continuent à alimenter mon imagination. Je pense que ce qu’ils apprécient le plus, c’est de voir que ces musiques marocaines très populaires comme le chaâbi ou le raï peuvent être appréciées jusque dans des clubs en France.

Il y a eu l’immense succès du Syrien Oumar Souleyman, puis le duo français Acid Arab… La jeunesse marocaine, ça l’étonne, cette mode de l’électro imprégnée de culture musicale arabe ?

Oui, au début c’était vraiment bizarre pour mes amis marocains et même pour moi. Par exemple, la Hafla, un titre hyper connu d’Acid Arab, est clairement inspiré de la reggada. C’est une musique ultra populaire et pour laquelle il y a 50 000 versions différentes dans le monde arabe. Il faut savoir qu’au Maroc, c’est le son qui arrive à chaque mariage, avec des percussions hyper vives. Quand j’entends quelqu’un jouer le titre d’Acid Arab, moi, j’imagine toute ma famille qui fait des chorés avec les épaules ! Alors, penser que ça fait danser dans les clubs en France, c’est trop drôle. En terme de popularité, c’est comme si toi, tu venais en boîte au Maroc et que tu y voyais des jeunes sur du Claude François ! (rires)

Mais aujourd’hui, la jeunesse marocaine commence à se réapproprier des musiques populaires,  il y a des DJ comme Habibi Funk et Mehmet Aslan qui vont jouer là-bas et ont beaucoup de succès. On s’intéresse à nouveau à la musique de nos parents, modernisée via un passage par l’Europe. Moi-même, quand j’ai joué au Maroc, j’ai été très bien reçue.

glitter
© DR

Comment se fait-il que tu ailles puiser tes inspirations dans cette musique-là, celle de tes parents ?

Je pense que c’est le fait d’être éloignée de ma famille. La jeunesse marocaine écoute surtout du rap et de la pop, mais moi j’écoutais  du raï et du chaâbi dans mon studio à Amiens parce que ça me faisait penser à mes parents. J’avais le mal du pays ! Peut-être que je ne m’y serais jamais intéressée autant si j’étais restée à Rabat.

Est-ce qu’en France, tu as parfois l’impression d’être enfermée dans des clichés sur la musique arabe ?

Souvent, les soirées étiquetées « musique électronique arabe », c’est juste un argument de marketing à deux balles. On rassemble dans un line up des DJ qui jouent des sons plus ou moins liés à la musique arabe… L’autre fois, à une soirée de ce genre, j’ai vu qu’ils servaient des shooters à la harissa ! (rires) C’est n’importe-quoi, bientôt on va appeler ça « Couscous Party ».

Du coup, maintenant je refuse de jouer au sein de line-up trop cloisonnés, dans lesquels je me sens étiquetée. Je préfère être intégrée dans un plateau de musique électronique globale. Je n’aime pas qu’on exotise mes origines sans vraiment s’intéresser à ma musique, juste pour en faire quelque chose de bankable.

J’espère au moins que cette mode va susciter un intérêt réel pour les musiques populaires du Maghreb, et amener le public français à creuser un peu plus sur ce sujet.

Glitter sera le 24 août au festival Terra Incognita à Carelles et le 3 octobre aux Nuits Sonores de Bruxelles
Toutes ses dates sont à retrouver ici 


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