Le 360 Music Factory, un immeuble entier dédié à la musique

Parmi les lieux culturels parisiens qui feront 2020, le 360 est sans doute le plus ambitieux : tout un immeuble consacré à la musique ! Diffusion, création, production… Ce lieu hors normes, dont le chantier a été confié à Engasser & Associés, agence d’architecture basée à Paris, a fait le pari de rassembler en un seul endroit toutes les facettes du secteur musical. S’il est dédié aux artistes et aux professionnels, le grand public aura la chance de profiter d’une salle de concert futuriste entièrement connectée et d’un restaurant. Saïd Assadi, fondateur du projet, a répondu à nos questions.

© Agence Engasser

D’où vient le nom de ce nouveau lieu ?

Il a été inspiré par mon expérience du terrain afin de répondre à la question : comment développer aujourd’hui les carrières des artistes ? Le nom “360 Paris Music Factory” fait référence à l’ensemble de la chaîne musicale, pour faciliter le développement de l’artiste en réunissant différents maillons de la chaîne : conception, création, production scénique et visuelle, diffusion, streaming… dans le même lieu.

Toutes mes expériences dans le secteur musical, avec d’abord la création d’une maison de production et bureau de concert Accords Croisés, puis d’un label, puis un festival « Au Fil des Voix », ont naturellement débouché sur la nécessité de la création de ce lieu : le 360 Paris Music Factory est un outil efficace pour développer les carrières des artistes.

Pouvez-vous nous présenter le 360 ?

Au cœur de Barbès, c’est un nouvel espace de 1080 m2 dédié à la création, la production et la diffusion musicale, mais aussi à de nombreuses collaborations artistiques pluridisciplinaires. Nous souhaitons rester fidèles à nos valeurs éthiques et l’activité culturelle. ​Notre mission est de développer l’accès à la culture, aux concerts et actions culturelles pédagogiques. La création du 360 Paris Music Factory est issue de cette volonté de rassembler l’ensemble des maillons de la chaîne, de donner la possibilité aux artistes de créer leurs projets dans un même lieu.

Le 360 se veut être un lieu dédié à la fabrication de spectacles, de la conception jusqu’à la diffusion, ouvert aux entreprises du secteur. On doit pouvoir y concevoir le projet, organiser la résidence, mettre en scène, puis présenter le spectacle, en faire une captation, et enfin le diffuser le plus largement possible hors les murs, par tous les moyens, et notamment numériques. Ceci dans un contexte où les grands médias sont totalement fermés aux artistes que nous défendons. Voilà pourquoi nous mettons beaucoup de moyens sur l’équipement, afin de pouvoir réaliser des captations de manière très facile et de pouvoir les retransmettre en direct. Tous les moyens technologiques faciliteront la diffusion, à des coûts assez bas.

L’idée du 360 part du constat que la création est en danger, pour des raisons économiques. Mener à bien des projets pour des petites structures indépendantes comme la nôtre est bien plus difficile qu’avant. Il faut trouver et expérimenter aujourd’hui des modèles économiques innovants, pour soutenir les artistes dans leur besoin de renouveler leur créativité et dans leur refus de l’uniformité. Le modèle consistant à mutualiser les moyens a plutôt bien réussi au festival « Au fil des voix ». Il est possible de créer des projets en initiant des collaborations horizontales, entre différentes structures ou personnes ayant des compétences complémentaires.

Comment vont être répartis les différents espaces ?

Au 360, il y aura quatre espaces de résidence de création pour les artistes : cette fonctionnalité réduit les coûts de fonctionnement et génère des conditions optimales pour le travail de création de l’artiste. Il y aura aussi des bureaux partagés rassemblant les maillons complémentaires de la chaîne de valeurs de la filière musicale, qui offrent les conditions d’un travail synergique entre les structures. On trouvera aussi une pépinière d’entreprises culturelles, une salle de spectacles modulable, un studio de répétition et d’enregistrement, un restauran et un potager sur le toit.

Le ​360 Paris Music Factory ​est la matérialisation d’un modèle alternatif​, qui respecte la diversité culturelle en facilitant l’accès à des artistes et publics issus de toutes les composantes de notre société actuelle. Le modèle auquel nous croyons est complémentaire au secteur public. Il est fondé sur l’entreprenariat de l’ensemble des corps de métiers, des professionnels de l’industrie aux artistes, pour qu’ils aient également accès à cette mutation pour une adaptation des plus actives dans leur travail de création.

Il est primordial que l’ensemble des acteurs concernés, les associations, les petites et moyennes entreprises, l’Etat et les collectivités changent leurs modes de fonctionnement et échangent davantage pour (re)penser ensemble les efforts vers un nouveau modèle économique, l’utilisation positive du numérique pour une intégration du public et des artistes.

Comment le projet est-il né ?

Au départ, je n’avais pas du tout l’intention de construire un lieu. J’étais plutôt à la recherche d’un lieu en location, dans le 18e arrondissement. Mais il n’y avait pas grand-chose. Puis nous avons découvert, à l’angle de la rue Myrha et de la rue Léon, ce terrain qui devait devenir une zone d’activité. Personne ne le voulait. Un appel à projets a donc été lancé, auquel nous avons répondu et que nous avons remporté. Nous avons acheté le terrain, avec l’aide de banques belges. Mais pour boucler le budget, il nous a fallu 5 ans, de 2011 à 2016.La pose de la première pierre était en 2017, et le chantier s’achève en cette fin d’année pour un début de programmation en janvier.

Qui se cache derrière le 360 ?

C’est avec mes associés et toute une équipe de passionnés que le 360 a pu naître. Derrière le 360, ce sont donc plusieurs associés engagés dans la vie culturelle qui se mobilisent pour faire marcher ce lieu et qui travaillent quotidiennement à développer les activités du 360. Parmi eux, des entrepreneurs culturels, des gérants de structures culturelles, ainsi que des acteurs, chanteurs, professeurs.

Qu’apporte le 360 aux musiciens et aux professionnels de la musique ?

Etat des lieux du marché de la musique indépendante

De la production à la diffusion, tous les maillons de la chaîne doivent être considérés pour assurer le développement des artistes. C’est encore plus vrai dans un contexte de mutation numérique. La situation économique actuelle n’est plus adaptée, d’où la ​nécessité de s’obliger à repenser un système cohérent​. Actuellement, la diversité de la création dépend de structures qui sont subventionnées au moins à 50% par les collectivités et l’Etat. Notre constat est qu’au fil des années, ces financements sont toujours moins conséquents, surtout pour le secteur des musiques émergentes (artistes, lieux, réseaux). Cette baisse de subventions a des conséquences évidentes : une baisse de revenus des artistes en développement, du nombre de concerts… ​De manière générale, c’est la baisse des moyens pour la diversité de la création.

Le CNV avait publié une étude édifiante : ​entre 2008 et 2014, sur les festivals en France, le budget de la musique a bénéficié d’une hausse de 3%, les salaires des têtes d’affiche ont augmenté de 200% en moyenne​. Le marché français est dominé par des géants internationaux comme AEG ou encore ​Live Nation, dont le travail est prioritairement axé sur des têtes d’affiche et des concerts dans de grandes salles.​ Il reste donc peu de place pour les artistes en développement.

Pouvez-vous nous présenter les particularités et les ambitions technologiques du 360​ ?

Tout le bâtiment est entièrement fibré, connecté, grâce à des bornes du sous-sol jusque sur le toit-terrasse. Quant à la salle, des caméras sont à disposition pour des captations et retransmissions live, une régie vidéo sera spécialement dédiée à cette mission. Les artistes disposent alors d’outils de promotion et diffusion en ligne de leur création.

Le numérique fait partie intégrante du projet, jusqu’au bâtiment lui-même pour permettre d’interagir avec les spectacles via smartphones en temps réel et les salles de concert sont équipées en caméras robotisées (pour nos pratiques de ​streaming​, captation et retransmissions live). Mais nous travaillons également des applications qui ne sont pas encore entrées dans le domaine culturel et musical.

Nous sommes au coeur du chantier de la transition numérique, d’abord sur le volet déjà connu comme le ​streaming​, et sur un aspect expérimental sur lequel nous nous entourons pour mieux expérimenter. Nous sommes déjà accompagnés par Cap Digital, mais aussi par des universitaires spécialistes du numérique pour travailler sur cette transition. ​Notre valeur ajoutée est la proximité avec les professionnels et la compréhension des besoins des artistes, tout en se comportant comme un laboratoire expérimental.

Pouvez-vous nous parler de la future salle de concert et de sa programmation ​?

La salle de spectacles est une salle modulable, elle accueille 194 places assises, et près de 300 places assis/debout. La salle sera dotée de plusieurs caméras afin de capter les concerts, les retransmettre en live grâce à une régie vidéo dédiée à ce volet. La salle de spectacles aura sa propre programmation ouverte aux divers genres musicaux, en particulier ouverte aux créations transculturelles, mais sera aussi ouverte à la location.

Quels sont vos partenaires, financiers, institutionnels ​?

L’investissement repose à 78,5 % sur les sept associés et l’emprunt bancaire et à 12,5 % sur les financements publics.  L’inauguration du lieu, quant à elle, sera placée sous le patronage de l’UNESCO notamment au regard du travail du 360 pour la diversité culturelle.

Quelles sont les structures installées au 360​ ?

360
A l’intérieur du 360
Le 360 est un pôle d’entreprises et d’associations culturelles composé de structures autonomes dans leur gestion mais liées à la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), dans le cadre de l’intérêt collectif et des emplois partagés. Elle rassemble le festival Au Fil des Voix, le producteur et tourneur Accords Croisés, le label Vox Populi, la structure créé pour assurer l’exploitation des différents espaces du 360 Fabrica Spectacles. Enfin, une pépinière de start-up culturelles se déploiera aux côtés des équipes. L’idée est de faire dialoguer les start-ups qui innovent dans le secteur audiovisuel, musical, scénique avec les artistes sur place au 360, favorisant ainsi le travail synergique.

​Y aura-t-il des collaborations avec d’autres structures culturelles et salles du quartier ?

Le 360 n’a pas vocation à être un acteur solitaire, surtout dans un quartier où foisonnent lieux culturels et associations. Nous sommes donc ouverts aux partenariats et collaborations. L’idée est vraiment de pouvoir rendre la culture plus accessible et surtout plus visible, et c’est un travail qui ne peut pas se faire seul. Pour l’instant nous nous concentrons sur l’ouverture du lieu qui approche à grands pas, mais une fois que l’installation sera faite nous pourrons nous concentrer sur le développement de collaborations avec d’autres acteurs culturels parisiens et locaux.

Pourquoi avoir choisi de s’installer à Barbès ?

L’implantation du 360 à Barbès ne doit rien au hasard : elle est le reflet de l’engagement sociétal du projet. Faire le choix de ce quartier, c’est contribuer pleinement à sa mixité. Concevoir la diversité comme une force et une source d’enrichissement collectif et individuel fait du 360 un espace transculturel unique et un outil de cohésion sociale ! Le lieu sera ouvert sur le quartier, comme vers le monde, et de nombreuses activités culturelles seront organisées pour les jeunes publics, ainsi que pour les écoles.

À part écouter de la musique, que pourra-t-on faire au 360 ?

Grâce à son restaurant, le bar et les différents espaces, les rencontres entre les artistes et le public, ainsi qu’avec les professionnels seront facilités. L’aménagement du carrefour des rues Myrha et Léon, devant l’emplacement du 360, qui a pris le statut de zone de rencontre, facilitera les liens entre les gens. Grâce à ses différentes configurations, la salle offrira des opportunités de représentation pour les compagnies de théâtre, mais aussi les projections de film, conférences, ainsi que troupes de cirques notamment grâce à sa hauteur de plafond de 8m. Une partie de la façade rue Myrha sera consacrée à l’exposition d’oeuvres : huit niches sont conçues pour exposer les oeuvres des artistes plasticiens, photographes, peintres. Enfin, un bar restaurant est installé au rez-de-chaussée ouvert au public tous les jours du matin au soir.

Quels seront les premiers événements​ ?

La programmation du 360 débutera le 21 janvier 2020 par le Festival Au Fil des Voix qui s’installera jusqu’au 6 février avec une programmation éclectique : Jazz, Afro Funk, Fado, Folk … Nous accueillerons aussi l’Orchestre National de Barbès pour 3 dates en février, mars et avril. Le reste de la programmation sera annoncé très prochainement !

Le 360 Music Factory
32 rue Myrha, Paris 18
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