Arabstazy, un collectif électro contre l’orientalisme

Ce jeudi, le FGO-Barbara accueille sur scène le producteur Mettani, co-fondateur d’Arabstazy. Attention, ne vous attendez surtout pas à des sons de mariages orientaux remixés avec de grosses basses. Car le collectif fondé entre Paris et Tunis se donne deux objectifs : créer de la bonne musique électronique et déconstruire les clichés sur la scène arabe contemporaine.

 

Arabstazy © Celine Meunier
Arabstazy © Celine Meunier

 

« Ça nous fait marrer d’imaginer qu’à cause du nom, une partie du public imagine qu’il va aller voir de la danse du ventre… Et de lui servir tout le contraire », s’amuse Mettani, co-fondateur d’Arabstazy. Originaires d’Afrique du Nord et du Levant, installés à Tunis, Berlin ou Lyon, ces jeunes musiciens ont décidé d’incarner un panarabisme résolument moderne sur les tables de mixage. Et de montrer  à quel point les musiques électroniques arabes sont diverses – quand elles ne sont pas créées pour incarner des stéréotypes.

L’aventure commence en 2014. Alors que la techno conquiert les clubs de Tunis, les boîtes françaises sont envahies par des musiques électro orientalisantes. « C’est le moment où émergeaient des producteurs comme Acid Arab. En tant que musiciens venus du Maghreb, on ne se reconnaissait pas dans cette vague-là. Omar Souleyman, il fait de la musique qui ressemble à ce qui nous a cassé les oreilles pendant les mariages toute notre enfance ! On voulait proposer une autre vision, plus personnelle. »

 

Mettani © Wissem Ben Mechichi
Mettani © Wissem Ben Mechichi

 

D’après Mettani, chercheur au CNRS à la ville, les membres du collectif ne représentent rien d’autre que leur sensibilité propre. Qu’est-ce que ça donne ? De tout, et surtout pas ce à quoi vous vous attendez. Dans la première compilation « Under Frustration« , sortie en mai 2018, la productrice tunisienne Deena Abdelwahed sample des musiques traditionnelles nord-africaines. Le Tunisien Shinigami San préfère la bass music et l’IDM.  Mettani, lui, aime utiliser des samples d’extraits de rituels marocains ou tunisiens. Car les cérémonies  comme le stambali où les musiques répétitives mènent à la transe lui rappellent les danses des clubbeurs. « C’est la même chose qu’on vient chercher quand on va à la Machine du Moulin rouge le samedi soir ! Il y a toute une ritualisation de la musique électronique et pour moi c’est le même besoin au niveau sociologique, celui de la transcendance. D’ailleurs, c’est ce qu’évoque le nom Arabstazy : l’extase au sens le plus noble, pas forcément chimique mais plutôt mystique ».

Après des premières soirées à Petit Bain, les producteurs jouent à l’Institut du Monde Arabe, puis de la Belgique à l’Egypte en passant par l’Allemagne. Le collectif ne cesse de construire des ponts : entre musiques traditionnelles et actuelles, entre l’Europe et le Maghreb, entre les artistes eux-mêmes. Ils sont en train de finaliser le deuxième volume de la mixtape, la sortie est prévue pour le mois de septembre.

Mettani se produira en live le jeudi 11 avril en première partie de N3rdistan

FGO-Barbara
1 rue Fleury, 18e
Métro Barbès

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Arabstazy – Under Frustration vol. 1 (Shouka / InFiné)