Baden Baden

On les avait connus chantant en anglais, il y a cinq ans, avec le titre très remarqué « Anyone », puis en version bilingue, sur leur premier album, « Coline ». Le trio parisien Baden Baden est de retour depuis le mois dernier avec un album exclusivement en français (si ce n’est une petite entorse discrète sur le morceau « M.a.c »), le bien nommé « Mille Éclairs ».

Une fois ces bases posées, ceux qui, malgré le renouveau évident du genre, persistent encore à se montrer rétifs à la pop hexagonale d’aujourd’hui auront bien tort de passer leur chemin sans tendre l’oreille. D’autant qu’au-delà du choix de la langue qui apporte ici ce qui lui manquait peut-être encore d’intensité auparavant, cette chanson-là sait toujours emprunter ce qu’il faut aux Anglo-Saxons sans se perdre en chemin.

À une certaine scène québécoise, famille Malajube, pour le (double) sens des mots et la façon de les distiller (« J’ai plongé dans le bruit »), à la nonchalance californienne (le lancinant M.a.c), comme surtout, aux imparables Britanniques, pour les arrangements – la faute au mixage du génial Barny Barnicott (Arctic Monkeys, Cloud Control…) et ses ajouts de chœurs hypnotiques (À tes côtés). Reste l’atmosphère, à la fois délicate et forte, étrange et triste, délivrée par l’interprétation du chanteur, Éric Javelle, dont on devine d’emblée qu’il est aussi l’auteur des textes tant il semble savoir de quoi il y est question.

Écrit pour moitié à Paris et face à la mer (la Manche, évidemment), ce disque harmonieux mais pas linéaire a la faculté de s’imprégner en nous insidieusement. Cette année, à Paris où ailleurs, on verra Baden Baden sur scène, parce qu’on le sait, « ce sera bien, la peine ».