Beirut

A ses débuts, l’Américain Zach Condon alias Beirut faisait figure de chainon manquant entre l’americana et les fanfares de l’Europe de l’est. Il aurait pu se joindre à Goran Bregovic – ils sont d’ailleurs très amis – pour écrire les musiques des films d’Emir Kusturica.

Quoique le chant de Beirut soit anglais. Mais le multi instrumentiste (trompette, guitare, piano, accordéon, ukulélé) a suffisamment d’idées et de sonorités en magasin pour faire vivre un petit orchestre à lui tout seul. On pourra réécouter ses premiers albums pour apprécier l’inventivité et la sensibilité du personnage : « Gulag Orkestar » (2006) ; « The Flying Cup » (2007) et « The Rip Tide » (2011). Paru l’année dernière, l’album « No, no, no » peut s’entendre comme un chapitre nouveau dans la discographie de Zach Condon : on ne trouvera aucune note qui rappellerait sa passion pour les musiques tziganes.

Possible que cette œuvre brève, neuf titres joués en moins de trente minutes, soit une volonté délibérée de renouveau, ou franchement un acte de renaissance, après une période de déboires divers (divorce, dépression, crise identitaire…). Place une forme de musique pop plus conventionnelle, sur une base de guitare ou de piano, ornée de quelques cuivres et chœurs, parfois des cordes. D’une voix de tête qui vise les hauteurs Beirut conte ses états d’âme et se rappelle de ses déconvenues, sans jamais geindre. « No, no, no » resitue Zach dans la cohorte des songwriters qui maitrisent les lois de l’harmonie. En cours d’écoute, on songe à Divine Comedy, Andrew Bird, Owen Pallett, San Fermin ou Ron Sexsmith… Mais rien ne dit que le musicien nomade va creuser longtemps un unique sillon.