Bowie…

Les mauvais présages à son sujet étaient nombreux avant qu’il ne réapparaisse après dix ans de silence pour livrer en 2013, un nouveau disque plein de promesses, The Next Day. On l’imaginait dès lors revenu aux affaires pour de bon et pour longtemps, mais quelques jours après son 69è anniversaire et la sortie conjointe de son crépusculaire et magnifique album « Blackstar », David Bowie est parti.

Aujourd’hui, la vidéo de son tout récent titre Lazarus a comme des allures d’adieux annoncés, mais hier encore, en la voyant, on ne pensait qu’à crier au génie. Black Star était de toute façon dans son ensemble, la matière idéale pour commenter la façon unique qu’avait Bowie de toujours se réinventer, pour saluer sa capacité à innover en s’aventurant cette fois, du côté du jazz. Peut-être n’était-ce pourtant pour lui qu’une façon de boucler la boucle, en se remémorant ses premières amours musicales, les grands classiques que lui faisait découvrir son aîné Terry, un demi-frère dépressif et mélomane qu’il adorait. Né en Grande-Bretagne (à Brixton) en 1947, comme Elton John, Sandie Shaw ou Marc Bolan, le jeune David Jones avait ainsi commencé à s’illustrer dès l’adolescence dans de petits groupes. Bien avant que, pour éviter qu’on ne le confonde avec la star des Monkees, Davy Jones, il ne devienne Bowie.

Le pseudonyme, adoré des francophones en ce qu’il offrait une belle façon de jouer sur les mots, n’était bien sûr pas une auto-revendication de sa beauté. Il évoquait cependant le couteau d’un héros de la Conquête de l’Ouest et avait en cela sûrement quelque chose à voir avec sa silhouette filiforme et aiguisée. Mais il exprimait sûrement aussi son envie de décortiquer toutes les formes d’art, du cinéma au mime en passant par la peinture, avec en filigrane, la mode, la littérature ou les innovations technologiques. C’est cependant évidemment de la musique que vint la célébrité alors que son « Space Oddity » accompagnait les premiers pas de l’homme sur la lune. La gloire arriva quant à elle en 1972, quand il suffit de 3 minutes 30 à l’émission Top of the Pops pour que le monde découvre son célèbre avatar androgyne, Ziggy Stardust. Un double précurseur, qu’il liquida quelques années plus tard, pour passer à d’autres choses, puis à d’autres encore, sans relâche, toujours avant les autres, toujours avec génie. Dandy berlinois, clown blanc cold wave, star péroxydée galvanisant les stades, incarnation de l’Angleterre en manteau Union Jack Alexander McQueen, ou minimaliste inspiré, tous les styles de Bowie auront marqué leur époque sans jamais sonner faux. Le Thin White Duke aux yeux vairons, entendez l’aristocrate au regard abimé dans une baston, était l’un des artistes les plus captivants du demi-siècle passé. Sans frontières d’âge, il nous laisse tous inconsolables.