Brian Scott Bagley : le showman américain qui fait le buzz à Paris

Du métro aux “Buzz”, les soirées enflammées du mercredi au Très Honoré, Brian Scott Bagley redonne tout son lustre au cabaret parisien. Danseur et chorégraphe hors pair, showman en toutes circonstances, expert en effeuillage, ce surdoué originaire de Baltimore ne laisse personne indifférent.

Vous êtes l’une des nouvelles figures du cabaret parisien, passé maître dans l’art de l’effeuillage. Où avez-vous appris tout cela ?

Brian Scott Bagley : Passer quelques années à l’école a dû m’aider. Je viens de Baltimore, et j’ai étudié le théâtre, la danse moderne et jazz et le ballet à la Baltimore School for the Arts, d’où sont notamment sortis le rappeur Tupac et l’actrice et chanteuse Jada Pinkett Smith (épouse de Will Smith, ndlr). La ville a vu naître d’autres immenses stars, comme Billie Holiday ou le chanteur et chef d’orchestre Cab Caloway, qui m’ont inspiré. Et puis, comme dans beaucoup de familles noires, la fréquentation de l’église baptiste rend sensible à la musique.

Comment vous êtes-vous retrouvé à Paris ?

Après Baltimore, j’ai rejoint New York où je suis tombé amoureux de Broadway. J’ai suivi les cours de l’école d’Alvin Ailley, me suis passionné pour Ertha Kitt, Katherine Dunham, Noble Sissle et Joséphine Baker, que sa carrière a amenée à Paris. J’ai aussi dansé, travaillé sur un film racontant la vie des anciennes danseuses du Cotton Club… Puis quelques mois plus tard, une amie de mon colocataire m’a amis sur un premier casting qui s’appelait “À la recherche de Joséphine Baker”…

C’est donc Joséphine qui vous a fait venir à Paris ?

Oui ! C’est Jérôme Savary qui produisait le spectacle. Le casting avait lieu à New York. J’ai été pris comme chorégraphe, et j’ai engagé les meilleurs danseurs. Une tournée en France, un passage au Casino de Paris, quelques villes européennes… Le spectacle a été donné pendant cinq ans en tout. J’ai alors repensé à Joséphine Baker et j’ai décidé de rester vivre à Paris.

Faire vivre le cabaret à Paris, c’est un pari difficile.

Paris est plus difficile pour tout. Quand je suis arrivé, j’étais un peu naïf. Je disais bonjour à tout le monde, mais on ne me répondait pas toujours. L’énergie de la ville écrase un peu, et pire, l’administration est épuisante. Pour le cabaret, il existe un créneau, en revanche. Pendant le spectacle sur Joséphine Baker, j’ai aussi travaillé avec Arielle Dombasle pour Don Quichotte contre l’ange bleu, et j’ai été chorégraphe pour la Gentry Revue avec Dita Von Teese, pour laquelle j’ai dansé en hommage à Joséphine Baker. Cela m’a convaincu qu’il y avait une place pour un artiste burlesque à Paris.

Pourtant, le chemin a été long…

Après le spectacle de Dita, j’ai dû aller chanter dans le métro. Je n’avais pas le choix si je voulais gagner un peu d’argent et avancer. J’ai commencé par des chansons de Noël, autres que Petit Papa Noël ou Vive le vent d’hiver, et j’ai créé un numéro de danse et de chant cabaret que je proposais dans les rames. J’ai enfilé des talons hauts, appris à marcher et à jouer la Liza Minnelli noire, mis un costume : mon personnage était né !

Quelle a été la réaction du public ?

C’est un super public, qui aime ou déteste et vous le montre. Globalement, les gens ont aimé mon numéro, certains me reconnaissent encore quand je prends le métro.

Le style burlesque prend-il à Paris ?

Je crois que les gens ont vu tellement de mauvais burlesque qu’ils ont fini par ne plus en vouloir. Le burlesque, quel que soit ses influences, américaines ou françaises, c’est d’abord une histoire de fun. J’adore tous les styles de burlesque, du pur classique aux versions rock ou déjantées, tout dépend au fond de la qualité de la mise en scène.

Comment définiriez-vous votre personnage ?

Je suis un peu le fils spirituel de Sammy Davis, Jr. et de Liza Minnelli, abandonné à Paris et adopté par Joséphine Baker, avec comme tantes Mistinguett et Patachou ! Vous animez tous les mercredis soirs la Buzz, une soirée déjantée, au bar du Très Honoré… C’est vrai que le succès est au rendez-vous, et cette soirée où je mélange show et scène ouverte est une vraie chance pour les jeunes artistes que je présente. Rap, jazz, slam, voix et piano… Tous les styles sont réunis. Quant aux numéros d’effeuillage que je réalise, cela crée en général de bonnes énergies, même chez les hommes !

Votre succès actuel est-il une revanche sur les années métro ?

Non, je ne crois pas. C’est juste une nouvelle étape de mon parcours. Aujourd’hui, de nouvelles portes s’ouvrent grâce au spectacle Buzz du Très Honoré. J’y crois encore !

Où peut-on vous croiser ?

Il y a le Cabaret burlesque à Saint-Michel auquel je participe de temps en temps, et aussi le Cabaret Alive au Palais Maillot où je suis maître de cérémonie. J’ai également écrit mon propre spectacle, Gospel Road, que j’ai joué en décembre au Théâtre de Ménilmontant, et vous me verrez le 6 mars avec Beauties of Burlesque Show, lors de la Semaine du burlesque à Paris, au Théâtre de la Reine Blanche. Enfin, pour arrondir les fins de mois, je suis guide touristique pour le Black Paris Tour, dont la visite inclut la visite du premier manoir de Joséphine Baker.

Vos rêves aujourd’hui ?

Si j’avais un rêve, ce serait bien sûr d’obtenir autant de succès qu’une Joséphine Baker ou qu’une Zizi Jeanmaire. Mais mon but est avant tout d’apporter un peu de joie à Paris. J’ai envie qu’on dise : « Ce mec est fou, cool, il fait des claquettes, chante, un artiste complet ! » Et je veux y arriver en restant moi-même, sincère et honnête.

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