Danny Krivit, la science et la magie

DJ et producteur de renom de la musique électronique depuis plus de 40 ans, il est aussi l’un des fondateurs des mythiques soirées « Body & Soul » qui ont donné ses lettres de noblesse au clubbing new-yorkais, et qu’il fera ressusciter à Paris cette semaine le temps d’une soirée.

Comment est-ce que l’aventure ‘Body & Soul » a débuté ? 

Danny Krivit : les soirées « Body & Soul » ont commencé a New York en 1996. A l’époque, Joe (Claussell), François K et moi étions très pris par notre travail respectif. Mais nous n’étions jamais satisfaits des soirées où l’on allait et où on jouait. François et moi avions déjà discuté pendant des années de ce à quoi pouvait ressembler une soirée d’enfer : une vraie communion entre le dancefloor et le DJ, une ambiance fun et conviviale et l’amour de la musique qui transpire à chaque morceau joué ! C’était ça l’idée de « Body & Soul » au départ : proposer une expérience musicale unique, sans aucune limitation, sans penser au futur ou au succès… Just partager de la vraie bonne musique… ensemble !

Est-ce que vous vous considérez encore comme un artiste underground aujourd’hui ou bien vous voyez vous plus comme le lien privilégié entre culture avant-gardiste et culture populaire ?

J’ai toujours essayé d’éviter les étiquettes – pas seulement pour Body & Soul mais pour l’ensemble de ma carrière. J’aime tellement la musique, toutes les musiques ! C’est tellement frustrant et limitatif d’être catalogué ci ou ça… J’ai toujours aimé la culture underground pour son sens de la liberté et sa richesse. Mais la triste réalité d’aujourd’hui est que cette dynamique est saturée ; mais surtout elle attire de moins en moins l’attention des gens. Aujourd’hui, les vrais amoureux de musique sont devenus une minorité – ce qui en fait les vrais gardiens de l’underground à mes yeux.

Vous êtes l’un des DJ’s les plus reconnus de la culture house, notamment pour votre science absolue de l’edit – qui consiste à réarranger un morceau sans production additionnelle. A quoi reconnaissez-vous un bon edit ?

Impossible de répondre de manière objective, il y a tellement de critères qui influencent chaque auditeur de musique ! Pour ma part, je dirais que je fais deux distinctions : il y a les edits qui collent au plus près de la structure ou l’harmonie du track original mais élèvent le morceau en rallongeant les meilleures parties de manière créative – et ce même en effaçant certains éléments inutiles… Et puis il y a ceux qui prennent des libertés énormes avec l’original. Qui font preuve d’une certaine irrévérence pour les éléments pré-établis d’une composition mais les transcendent en y incorporant une folie totalement neuve et hors contrôle.

Quels sont ceux que vous avez faits et qui vous ont le plus marqué ?

Vaste question piège ! J’ai réalisé plus de 1200 edits à ce jour, c’est dur d’en détacher quelques-uns car tous ont une histoire. Mais si je devais retenir quelques édits sur lesquels j’ai adoré bosser, il y aurait Love Is The Message de MFSB, qui est sûrement mon édit le plus connu et est devenu une sorte d’hymne intemporel. My First Mistake des Chi Lites. En hommage à Larry Patterson, l’un de mes DJ’s favoris. Le morceau original était trop court ; j’ai appris à l’apprécier autrement avec mes réarrangements. On ne se lasse jamais de Norman Harris et MFSB !
Il y aurait aussi le I’m Here Again de Thelma Houston ; dédicace à un autre de mes héros, Frankie Knuckles. Il m’avait donné un édit du même morceau il y a des années de ca… Je l’avais perdu, lui aussi. Alors j’ai fait ma propre version en l’honneur de Frankie. Enfin je retiendrais mon ré edit du fameux Feelin’ James de Mr K, avec James Brown en guest. Ce fut mon tout premier edit ! C’est avec ce titre que toute l’histoire a commencé !

Quels sont vos meilleurs souvenirs de soirées à Paris ? Est-ce que Paris est selon vous un lieu important pour la culture clubbing ?

Je crois que mes meilleurs souvenirs de Paris sont liés à ma relation avec Reverend P ! J’adore passer du temps avec lui, le suivre dans son univers et son quotidien… Paris a toujours été une ville très inspirante pour moi ; l’énergie, la beauté de la ville, le brassage des esprits et des envies… Paris est un haut lieu pour toute culture !

« Body & Soul » avec Danny Krivit, Joe Claussell et Francois K le 15 octobre, Nuits Fauves, 32 quai d’Austerlitz. 13e. M°Gare d’Austerltz/Gare de Lyon. 20€.