Entreprise, label (en) français

La pop et le rock français ne sont pas condamnés à la langue anglaise. Démonstration avec Entreprise et ses groupes qui explorent un large spectre sonore avec une belle vivacité.

En pleine effervescence pop et rock, la France voit quelques téméraires labels tenter de se faire l’écho du phénomène. Aux côtés d’initiatives telles Born Bad Records ou La Souterraine, le label Entreprise s’avance en « division exclusivement francophone de la maison de disque 3rd Side Records (…), et se place à l’avant-garde de la nouvelle scène française qui secoue notre beau pays. Entreprise a su s’imposer en une vingtaine de références comme le label français du moment, à la fois frondeur et populaire ».

C’est au label Entreprise que l’on doit notamment la révélation Moodoïd. Cette galaxie musicale exubérante, bariolée et burlesque émane d’un rêve éveillé de Pablo Padovani (musicien et réalisateur), qui voit la pop en couleur et en illimité. Le Monde Möö, album paru l’été dernier, est semblable à un voyage qui passe par des territoires à la lisière du rock progressif (réminiscences du groupe Gong), ou bien, après un salut au maître Lou Reed (Machine Metal), embarque l’auditeur pour quelques séquences tropicales et psychédéliques… Avec, en fil rouge, des mélodies à couper le souffle. Une célébration de la pop et de la chanson, avec cette fois un petit cachet années 1980, que l’on retrouve chez d’autres formations du label, comme dans les premiers titres de Julia Jean-Baptiste (écouter ici le morceau « Confetti ») et de Juniore.

Mais Entreprise recèle aussi un département plus revêche, tenu par des groupes taillés pour en découdre. De Metz, Grand Blanc évoque quelques pionniers de la cold wave, mais chante dans la langue de Bashung (influence revendiquée – n’était-il pas lui-même fan de Joy Division ?). Les chansons s’appellent Degré zéro, Samedi la nuit ou Petites frappes, et font état d’un quotidien morose dans des paysages post-industriels. Des tableaux et des vidéos non sans lien avec les univers cinématographiques des frères Dardenne ou de Bruno Dumont. Avec, aussi, une belle vitalité et l’envie d’aller voir ailleurs.
Chez Blind Digital Citizen, ce n’est pas la joie non plus, mais une rythmique pugnace (Ravi, War) et une forme d’ironie donneraient presque envie de faire la bringue, plutôt que de célébrer la guigne. Quant à Bagarre, invité par Fauve pour ses premières parties à l’Olympia, au Trianon et au Bataclan, leur label les présente comme étant situés « quelque part entre Madchester et les clubs des faubourgs parisiens… ». Pop, rock ou chansons, le label Entreprise privilégie les tempéraments bien trempés.