Extimité, le podcast qui partage l’intimité des personnes minorisées

Voilà bientôt un an et demi que dans leur podcast Extimité, les journalistes Douce Dibondo et Anthony Vincent lâchent momentanément leur clavier pour tendre le micro aux personnes minorisées. D’égal à égal, dans l’intimité d’un salon chaleureux et d’une discussion à coeur ouvert, les invité.es, victimes de discriminations en tous genres, confient leurs expériences les plus intimes et écrivent ensemble le journal extime d’une génération.

“Le récit de la construction et de la déconstruction de personnes minorisées”

En 2018, animé.es par la brûlante envie de faire entendre les voix des personnes silenciées par les médias, Douce Dibondo et Anthony Vincent ont cofondé leur propre podcast. Puisque leur envie commune était de rendre visibles “les invisibles” et de libérer leur parole, ils et elles se sont arrêté sur le concept d’extimité, – le fait d’extérioriser ce qui relève de l’intime. Une recette qui fait mouche, quand on sait que le podcast a gagné le Prix du Bondy Blog 2019 dans la catégorie “radio” et qu’en deux saisons, une trentaine de personnes se sont succédées pour parler ouvertement de leur vécu. “Vécu qui tourne principalement autour de discriminations situées à l’intersection de plusieurs oppressions, précise Douce Dibondo. Notamment autour des LGBT-phobies, du sexisme, du racisme, ou encore du validisme.”

De l’enfance à l’âge adulte, ils et elles content sans pudeur les étapes de leur vie et les obstacles rencontrés en tant que métisses, femmes transgenres, travailleuses du sexe, hommes gays, artistes non-binaires, victimes de violences sexuelles, adopté.es… “On est simplement là pour recueillir leur parole, précise Anthony Vincent. Leurs voix racontent beaucoup de ce qu’elles sont devenues aujourd’hui, on essaye de les respecter dans leur intégrité et dans leur intégralité.

Si les deux journalistes exercent en grande partie leur métier à l’écrit, ils et elles concèdent de nombreux avantages à l’exercice oral, qui permet selon eux de faire passer les émotions sans filtre et de donner du poids aux éventuels silences. “C’est ça, la beauté du podcast”, résument les cofondateur.ices.

Une intimité partagée

Pendant un peu plus d’une heure, un dimanche sur deux, Douce Dibondo et Anthony Vincent interrogent leurs invité.es comme les expert.es de leur propre vécu. Les récits sont parfois durs et les messages débordent souvent de révolte, mais les confidences soufflées au micro ne tombent jamais dans le voyeurisme. Pour ne pas laisser de place au jugement ou à l’interprétation des récits contés en toute confiance, le podcast a été pensé de manière très horizontale. “On n’exige jamais des personnes interviewées qu’elles prouvent ce qu’elles racontent, explique le coanimateur. Tout le monde est placé sur le même plan.

D’ailleurs, pour amorcer leur arrivée sur les plateformes d’écoute il y a un an et demi, les journalistes se sont eux-mêmes plié à l’exercice en dédiant les tout premiers épisodes à leurs histoires respectives. “On voulait se mettre à nu pour donner le ton”, expliquent les hôtes.

Qu’on ne s’y trompe pas, pour Douce Dibondo et Anthony Vincent, à la différence de la radio qui parle à tous et à toutes, le podcast cherche davantage à parler à chacun.e, les auditeur.ices pouvant trouver un écho personnel dans chacune des thématiques abordées, même les plus spécifiques. Au fil des histoires partagées, une véritable communauté s’est créée et les invité.es, en partageant des vécus souvent niés, ont pu diffuser leur message au-delà du podcast. C’est par exemple le cas de Jean-Victor Rath Vireah, militant queer dont l’épisode qui lui a été consacré abordait la question de l’adoption trans-raciale, et qui s’est depuis fortement engagé autour de cette problématique. “Suite à l’émission, on a reçu énormément de témoignages de personnes qui étaient ravies d’entendre pour la première fois leur expérience racontée par quelqu’un d’autre”, se souviennent les journalistes.

Cette envie de parler à chacun.e se traduit aussi par le lien fort qu’entretiennent les hôtes d’Extimité avec leur communauté sur les réseaux sociaux, mais aussi grâce aux événements IRL organisés pour prolonger l’expérience au-delà des smartphones. Ça a été notamment le cas en septembre dernier lors du Festival Extimité à La Cité Fertile où des ateliers en petits comités ont permis aux auditeur.ices d’échanger dans la vraie vie.

Extimité à l’heure du confinement : changement de format et recommandations culturelles

Confinement oblige, les animateur.ices du podcast ont dû repenser Extimité et réfléchir à de nouveaux formats adaptés à la situation actuelle. Qu’à cela ne tienne, si les invité.es ne peuvent pas venir à eux, le micro leur sera tendu à distance. Quatre “journaux extimes”, dans lesquels les deux journalistes et quelques intervenant.es des saisons passées offrent des tranches de leur vie confinée, ont pris le pas sur les épisodes habituels.

Cette crise sanitaire est une loupe sur toutes les fissures d’un système gangrené par le capitalisme et le libéralisme, c’est grisant. J’ai réalisé dans quelle situation nous avions basculé. Et comme pour prendre la mesure de tout ça, pendant deux jours, je n’ai absolument rien fait”, confie Douce Dibondo dans le premier volet. Entre deux réflexions et la confection de son petit-déjeuner, Anthony Vincent analyse quant à lui : « On parle beaucoup de ce que ça représente d’un point de vue économique, combien d’euros, combien de dollars, mais j’aimerais tant qu’on parle également des conséquences psychologiques d’un tel degré d’isolement”.

Pour donner un coup de pouce à leur auditeur.ices afin de tromper l’ennui, les journalistes ont même dédié deux épisodes à leurs recommandations culturelles. Outre les références mentionnées ici et ici, Anthony Vincent conseille la lecture de La Manufacture du meurtre d’Alexandra Midal et de Fun Home d’Alison Bechdel. Côté podcast, le journaliste évoque « Still Processing » du New York Times, et « Food 4 Thot ». Il en profite pour rappeler que la plupart des bibliothèques municipales proposent des emprunts numériques gratuits et nous invite à jeter un coup d’oeil à Cinetek, une cinémathèque des réalisateurs et réalisatrices en ligne, qui offre l’accès à de nombreux films d’auteurs et films d’art rares. Quant à Douce Dibondo, elle nous suggère le livre de Maboula Soumahoro Le Triangle et l’Hexagone: Réflexions sur une identité noire et le podcast « Busy Being Black » de Josh Rivers.

Extimité est un podcast natif et indépendant, diffusé un dimanche sur deux sur les différentes plateformes dédiées (Apple podcast, Spotify, Deezer, Google podcasts, etc.) Pour soutenir le podcast, vous pouvez faire un don à Extimité sur paypal.me/extimite ou sur https://fr.tipeee.com/extimite