Faada Freddy : interview

Membre du groupe Daara J, le rappeur sénégalais Abdoul Fatah Seck, alias Faada Freddy, sort ces jours-ci son premier album, Gospel Journey, composé de percussions corporelles et de voix. Une musique puissamment spirituelle, qui prend toute sa dimension sur scène.

Faada Freddy… Déjà, d’où vient ce nom que tu t’es choisi ?

F.F. : Cela vient déjà de mon prénom, Fatah. Un de mes amis jamaïcains croyait, quand il prononçait mon nom, que c’était « Faada », un « slang », un argot, pour dire « father ». Et Freddy, c’est parce que j’ai beaucoup chanté des morceaux à la fois de Freddie Mercury et de Freddie McGregor (musicien de reggae, ndlr).
 

Tu sors un premier album aujourd’hui, mais tu n’es pas vraiment un nouveau venu dans le paysage musical. Comment a débuté ton parcours ?

J’ai commencé à chanter très jeune, puisque à l’âge de quatre ans, j’ai fait ma première télé au Sénégal. Dans mon quartier habitait le grand chanteur Ismaël Lô, et cette proximité m’a très vite donné l’idée que le monde de la musique n’était pas du tout inaccessible. Et puis j’ai vraiment commencé à m’intéresser à la musique et plus particulièrement à la soul, grâce à mon père qui était instituteur et qui me faisait écouter Millie Jackson, Aretha Franklin, James Brown ou Otis Redding. Ma voix, je l’ai volée à ma maman. Petit, je passais beaucoup de temps avec elle, parce que je la kiffe (rires), et elle chantait tout le temps ! Pour moi, la seule manière de chanter, c’était avec la voix de ma mère. Ce qui fait qu’au début, j’avais une voix à la tessiture un peu féminine. En essayant d’imiter ma mère, je ne me rendais pas compte que j’étais en train de travailler mes voix de tête. 
 

Puis tu as pris une autre… voie ?

Oui, avec mon ami Ndongo, nous avons mis sur pied le groupe de rap Daara J, au début des années 90. Le rap, c’était la musique jeune qui nous parlait et surtout, avec laquelle on pouvait s’exprimer. D’ailleurs, le premier morceau avec lequel je suis vraiment « entré » dans le hip hop, c’est « The Message » de Grand Master Flash. On a été signés, j’ai arrêté mes études de compta pour partir faire ma première tournée. Ma première date à Paris, ça a été au Hot Brass, qui est devenu le Trabendo et de ce moment-là, je ne me rappelle que les lumières. Le premier album a très bien marché, le second, ça a été l’explosion, on a remporté un BBC World Award, on a tourné dans le monde entier, et à travers ces voyages, j’ai beaucoup appris. J’ai trouvé une famille plus grande que celle que j’avais laissé en Afrique, et a grandi en moi la volonté de faire une musique qui rassemble, qui fait tomber les barrières.
 

Alors est venue l’idée de cette expérience sans instruments ?

Il y a deux ans, mon producteur, Malik, qui a aussi travaillé avec Ayo ou Imany, m’a proposé cette idée. J’ai dit oui, d’abord parce que j’ai toujours chanté a cappella. Et puis quand j’étais petit, j’ai fait de la percussion corporelle, et comme je joue aussi de la batterie et de la basse, ce projet me correspondait bien. Je m’étais déjà essayé à des morceaux musicaux à base vocale pour des musiques de films, alors j’ai décidé de relever le défi de l’album, et ça a donné The Gospel Journey.
 

Tu ne pensais pas spécialement à l’idée d’une carrière solo, alors ?

Non, même si j’ai toujours chanté ou développé des projets, c’était toujours dans le contexte du groupe Daara J. J’ai bien sûr eu le soutien de mon ami Ndongo qui m’a encouragé à saisir cette occasion de sortir des morceaux que nous ne pouvions pas utiliser dans nos albums, parce qu’ils étaient soit trop soul ou trop pop. 
 

Le résultat est assez inédit, en même temps pointu et pop, qui avant même la sortie de l’album a fédéré un public énorme… Comment l’expliques-tu ?

J’ai toujours voulu faire une musique qui fait plaisir à ceux qui l’écoutent. Mais je pense qu’on ne peut faire plaisir aux autres qu’en aimant soi-même ce qu’on fait. Pour moi, chanter chaque morceau de ce disque a été une joie, et c’est la même chose en concert, parce qu’à chaque fois, je me redécouvre à interpréter chaque chanson différemment, et je ne m’en lasse pas.
 

Justement, il y a eu ce concert incroyable fin novembre dernier, à Paris, au Trianon, avec un public complètement conquis, qui s’est retrouvé avec tous les chanteurs qui t’accompagnent, pour continuer la soirée dans la rue et dans le métro…

C’est merveilleux quand les gens comprennent ce que tu veux véhiculer. Je ne fais pas la révolution, je ne prêche rien, je veux juste que l’on perçoive l’amour que je ressens et que quelque chose de fort nous unit. Le jour où ça ne sera plus le cas, qu’importe le public qu’il y aura, qu’importe le nombre, j’arrêterai, parce que c’est la seule raison pour laquelle je chante.
 

Album Gospel Journey (Think Zik !). En concert le 13 avril à la Cigale (complet) et le 15 octobre à l’Olympia.