Festival Banlieues Bleues 2018 : la sélection d’A Nous Paris

La Dynamo de Banlieues Bleues © Bruno Fert
La Dynamo de Banlieues Bleues © Bruno Fert

 

« La banlieue influence Paname, Paname influence le monde ». Tiré du morceau Grand Paris du rappeur Médine, cette phrase pourrait très bien servir de slogan au festival Banlieues Bleues qui, depuis maintenant 35 éditions, propose chaque année un sacré melting-pot d’artistes français et internationaux, preuve que la culture peut être capitale à l’extérieur du périphérique. Pour sa nouvelle édition qui se déroule un peu partout jusqu’au vendredi 13 avril, d’Aubervilliers à Pantin, le « BB » cru 2018 ne change rien à ses habitudes en faisant le choix de l’éclectisme (jazz, rock, électro, hip-hop, soul, musiques traditionnelles…) et met encore une fois le public face à un choix cornélien devant le nombre d’événements prévus. Du côté d’A Nous Paris, on a tout de même noté trois soirées à ne surtout pas manquer.

Le 27 mars à Pantin : un trio psychédélique franco-éthiopien et un tigre prêt à rugir

 

Entre la chanteuse Eténèsh Wassié et le multi-instrumentiste Mathieu Sourisseau s’est créée une véritable complicité musicale au fil des années. Initiée en 2007 sur l’album Zèraf! qui voyait le groupe de l’époque de Mathieu (Le Tigre des Platanes) rencontrer la « Grace Slick éthiopienne », cette association alliant groove, free jazz, rock et chants sacrés a depuis continuer de mûrir, sur l’album Belo Belo d’abord, puis en live lors d’un concert mémorable pour les Banlieues Bleues, en 2011. Cette fois accompagné par le violoncelliste Sébastien Bacquias, le duo devrait à nouveau transporter le public loin, très loin.

 

Sabrina & Samantha au Nova[Mix]Club

Laurent Bardainne (on le connaît depuis Poni Hoax) et Julien Briffaz, ensemble, ça donne Sabrina & Samantha. C’est-à-dire un duo de garçons avec des noms de filles, en clôture de ce Nova[Mix]Club.

Publié par Radio Nova sur vendredi 9 février 2018

 

Autre événement de cette soirée, la première prestation live d’un projet prometteur car porté par un personnage singulier de la scène « alternative » française, le touche-à-tout Laurent Bardainne. Tantôt adepte du jazz rock au sein de Limousine, co-leader de Poni Hoax, valeur sûre du rock spé hexagonal ou encore membre du duo Sabrina et Samantha récemment signé chez Ed Banger, ce saxophoniste-claviériste-compositeur-producteur inaugure son quartet Tigre d’Eau Douce pour une expérience soul et barrée, avec ses acolytes Arnaud Roulin (aussi membre de Poni Hoax, ici à l’orgue Hammond), Bruno Chevillon (contrebasse, basse) et Philippe Gleizes (batterie).

Le 30 mars à Tremblay-en-France : du blues créole et de la poésie ravageuse

Très souvent associée au zouk et au funk, la culture créole est aussi portée par d’autres styles musicaux plus aventureux et métissés. C’est le cas de Delgrès, power trio nommé en hommage au colonel martiniquais Louis Delgrès exécuté par les troupes de Bonaparte, qui préférait la mort à l’esclavage. Entre complainte du bayou, blues et stoner rock, la formation menée par le chanteur et guitariste Pascal Danaë est un solide pont dressé entre la Guadeloupe et la Louisiane.

On continue dans le métissage musical de haut vol avec le poète britanno-trinidadien Anthony Joseph, chantre d’un spoken-funk classieux qu’il mâtine de jazz, de dub, de hip-hop ou encore de calypso. De retour avec un nouvel album, le très recommandable People Of The Sun enregistré à Trinidad & Tobago et dédié au carnaval qui anime chaque année sa capitale Port d’Espagne, cet habitué du festival ne sera pas seul car accompagné d’un autre insulaire, Brother Resistance, figure historique du rapso, ce bien nommé mélange entre rap et calyspo.
Le vendredi 30 mars à 20 h 30, à l’Odéon (Tremblay-en-France) / Delgrès + Anthony Joseph & Brother Resistance

Le 03 avril à 20 h 30 à Montreuil : un hommage à la Motor City d’hier et d’aujourd’hui

 

Après la France, l’Ethiopie, la Louisiane et les Caraïbes, on termine cette sélection avec une destination essentielle pour tous les musiciens : Detroit. Connue pour avoir servi de terreau fertile à bon nombre de genres, du son soul et funk de la Motown au hip-hop de J Dilla et Eminem, en passant par la techno des indéboulonnables Juan Atkins, Derrick May, Jeff Mills et consorts, la Motor City est aussi malheureusement célèbre pour ses déboires financiers, sa pauvreté et son taux de criminalité élevé. Une ville à l’histoire atypique qui continue d’inspirer les artistes de tous horizons, à l’instar du bassiste Sylvain Daniel qui, accompagné de zikos et de projections, proposera un road trip sonore et visuel menant le public de Montreuil jusque dans les rues parfois désertiques de la cité du Michigan.

 

Histoire de terminer le voyage sur une note encore plus chaude, cette soirée laissera ensuite carte blanche à un expert des platines et de la combustion de dancefloors : Théo Parrish, boss du label Sound Signature. Faisant lui-aussi partie de la ribambelle d’artistes de la scène électronique révélés à Detroit (même s’il n’y a mis les pieds qu’à l’âge de 22 ans, en 1994), le DJ-producteur reste l’un des meilleurs représentants de cette house américaine sensuelle, nourrie de black music et d’expérimentations, qui vous happe dès la première note.