TÉMA!, le festival du clip, revient pour sa troisième édition

Bien représenté sur le petit écran et viral sur les plateformes de vidéos en ligne, le clip musical n’obtient que trop rarement les faveurs des salles de cinéma. Pourtant, il est régulièrement le sujet de réflexion, notamment à travers des conférences comme Balance Ton Clip ou des émissions telles que Je Zappe et je Matte.  Pour pallier cette injustice, le collectif Téma! entreprend de resserrer les liens entre cinéma et vidéo-clip à travers son site et l’organisation de projections. Après deux éditions réussies et avec le soutien du réseau mk2, leur festival revient pour une soirée de projection qui aura lieu jeudi 30 janvier au Mk2 Quai de Loire, sur la thématique de la représentation des corps. On a posé quelques questions à l’équipe !

Comment est née l’idée du festival ?

Sur les bancs de la fac où nous nous sommes rencontrées. On avait un projet à réaliser en collaboration avec le Ciné 104 à Pantin et on a choisi le clip vidéo. On venait aussi de découvrir le clip « Be Humble » de Kendrick Lamar qui avait rendu dingue tout le monde, il y avait quelque chose à saisir dans cet engouement général de notre génération pour le clip.

Quel est son objectif ?

Les clips sont des courts métrages et on trouvait important de pouvoir les célébrer à leur juste valeur, en tant qu’oeuvre artistique. Il y a énormément de festivals et de résidences dédiés au courts métrages mais très peu sont dédiés au clip vidéo spécifiquement. Généralement il n’y a qu’une catégorie dédiée au clip vidéo, comme aux Victoires de la Musique par exemple et le prix vise à récompenser l’artiste plutôt que l’équipe derrière le clip. C’est pour ça qu’on les projette en salle : pour les mettre en valeur sur grand écran, pouvoir les apprécier en grand format et surtout pouvoir entendre le réalisateur ou la réalisatrice venir en discuter après la projection.

Quelle importance revêt le clip selon vous dans le paysage musical ?

Les clips français les plus marquants de la décennie

Le clip est essentiel aujourd’hui, pour tous les genres musicaux. On est bombardé d’images et surtout de vidéos tous les jours, c’est comme ça que les artistes communiquent aujourd’hui. Ce qui est intéressant c’est qu’on est passé du clip M6 Musique où le groupe faisait semblant de jouer et chantait en playback à des clips qui sont de véritables œuvres d’art. Les clips forgent aussi l’identité visuelle d’un artiste ou d’un groupe, on l’a vu avec The Blaze notamment, leurs clips ont fait plus de bruit que leur album.

Quelle est aujourd’hui sa place dans le monde de l’audiovisuel ?

La place du clip vidéo dans le monde de l’audiovisuel est paradoxale. Aujourd’hui, on regarde la musique presque autant qu’on l’écoute. Omniprésent, vecteur original d’émotions et de messages, le clip fait parler de lui, anime notre quotidien et nos réseaux. Comme son format est court, le clip s’impose dans nos vies face aux longs-formats que l’on n’a pas toujours le temps de regarder. On découvre les clips dans les transports en commun, à travers les brisures de l’écran de nos petits smartphones. Et même si les conditions de réception de ces films ne sont pas optimales, on s’entête à les voir, à les partager, à les commenter.

Pourquoi ? Parce qu’avoir vu un clip, c’est détenir l’opportunité formidable d’échanger à son propos. En soutenant le travail d’un artiste et en se reconnaissant dans son univers visuel, on peut appartenir à une communauté. S’il occupe une place essentielle dans le paysage numérique dématérialisé contemporain, le clip se fait encore (trop) discret sur la scène culturelle officielle. Il est pourtant l’objet d’expérimentations formelles et thématiques, en prise avec les sujets d’actualité et les partis-pris idéologiques et esthétiques de son époque. En montrant le clip dans une salle de cinéma, nous avons voulu le considérer à sa juste valeur, à savoir un genre émergé qui mérite d’être célébré au même titre que le reste des arts visuels. Surtout, nous avons voulu offrir à ses amateurs la possibilité de l’apprécier dans des conditions dignes de lui.

Plusieurs festivals de clips ont déjà vu le jour (Protoclip de 2004 à 2009, Cinesong en 2004, le Festival International des Arts du Clip de 2004 à 2011…) Il n’est pas rare de découvrir une catégorie spécialement dédiée aux clips dans les festivals de cinéma (nous avons d’ailleurs collaboré avec le festival Silhouette cette année !) Néanmoins, les manifestations culturelles entièrement consacrées à ce format si riche restent rares. C’est pour ça que nous sommes là !

Pouvez-nous nous présenter la troisième édition de ce festival ?

Le principe du festival est de proposer à la fois des projections thématiques de clips et des discussions avec les réalisateurs et réalisatrices qui les ont imaginé. La première année, nous nous sommes intéressés à la question de la jeune création en invitant essentiellement des réalisateurs et réalisatrices qui débutaient leur carrière, et lors de la deuxième édition, nous avons interrogés les liens entre clip et cinéma.
Pour la troisième édition de TÉMA!, nous avons eu envie de travailler sur le thème du corps. C’est un sujet qui est régulièrement abordé par beaucoup de clips aujourd’hui, même quand ces derniers ne proposent pas de discours construit à son propos. Nous avions envie de nous consacrer pleinement à la question et d’interroger ses différentes représentations. Comme l’an dernier, les discussions seront encadrées par Jean Morel et Sophie Marchand, les animateurs de l’émission Bam Bam sur Nova. La projection sera aussi suivie d’un after au Point Éphémère.

En quoi la représentation du corps dans les clips peut-elle être sujette à réflexion ?

Aujourd’hui, à travers les courants body positive, la remise en question de la représentation du corps semble traverser une bonne partie du monde de la mode, en parallèle de l’importance de l’image dans les réseaux sociaux. La question du corps a pris une place particulière et infiniment politique au cœur du débat publique. Corps au travail, corps modifié, corps meurtri, violenté, ou encore corps qu’on se réapproprie, la question du corps est partout et surtout dans les médias d’images, les supports audiovisuels.
Le clip, en tant que medium promotionnel, s’inscrit profondément dans les mouvements d’actualité et se confronte donc de fait, en tant que regard, à la problématique de la représentation, du traitement du corps, et notamment du corps féminin. L’hypersexualisation à longtemps été (et est toujours parfois) l’un des grands travers du clip. Le manque de représentations de corps différents également. Aujourd’hui, des artistes de tous âges s’emparent de ce sujet pour proposer de nouveaux corps à l’écran, et de nouvelles manières de les regarder. C’était important pour nous d’être attentives à cette recherche contemporaine, à la pluralité de propositions qui nous étaient offerte. Il n’est pas forcément question de polémique, mais c’est bien sûr un sujet délicat qui fait écho à des thématiques difficiles ou particulière : la blessure, la sexualité, la fragilité du corps etc…

Quelles sont vos autres activités ?

Nous avons un site internet, temaceclip.com sur lequel nous postons des articles d’analyse de clips, des playlists etc… Nous travaillons également en ce moment sur un nouveau format vidéo qui explore les coulisses du clips.