Fyfe au Point Ephémère

En matière de soul au goût du jour, Londres a repris la main. À la faveur de deux albums novateurs de James Blake, James Blake (2011) et Overgrown (2013), une pléiade de jeunes musiciens anglais malaxe la matière électronique jusqu’à ce qu’elle libère une combinaison de sons et de rythmes assez inédits.

Puis ils posent une voix soul par-dessus. On parle de post-dubstep chez les uns, d’electronica/nu-soul pour les autres… À ce jeu, en partie basé sur un logiciel de musique, Paul Nixon dit Fyfe (25 ans) s’est vite montré très à son aise.Ça fait bientôt cinq années qu’il produit des titres remarqués – d’abord sous le nom de David’s Lyre. Signalons qu’une enfance dédiée à l’apprentissage du violon, du piano et de la trompette l’aide aussi quand il s’agit d’assembler la bonne combinaison de notes sur une pulsation qui varie du hip hop à une drum’n’bass à la page.

L’album intitulé Control arrive après une palpitante suite de singles : Solace, Conversations, St. Tropez et For You. Tous les épisodes de ce feuilleton qui dure depuis deux ans sont compilés sur le disque de onze titres. On apprécie que Fyfe ne noie pas sa voix colorée soul, parfois falsetto, sous une production bavarde. Au contraire, le jeune homme donne plutôt dans l’économie de notes – dont un piano délicat sur les très bons For You et In Waves. Guitare en mains, on lui trouvera des affinités avec les Londoniens The XX. Question de génération. Sur un autre titre marquant, Solace, qui sonne comme une évidence, Fyfe confesse un hommage à l’ancienne école : « Je voulais capturer l’ambiance des productions de Lauryn Hill ou des Neptunes que j’aimais quand j’étais plus jeune. » L’album se termine en beauté sur l’hédoniste St-Tropez, qui précède une touchante déclaration d’amour : Control. Au final, Fyfe réussit la prouesse de concilier une électro sophistiquée avec une soul personnelle et sensible.