Gonjasufi bouscule les oreilles et les esprits

Le producteur hip hop californien Gonjasufi sera au Badaboum le 3 mai.

Sept ans après la sortie de l’illuminé et électrisant « A Sufi & A Killer », il est toujours autant difficile – voire osé – de définir la musique et la personnalité du producteur hip hop californien Gonjasufi. Chaman aux géniales visions soniques pour certains, créateur psychédélique débraillé pour d’autres, prophète des temps anciens venu annoncer l’Apocalypse ou pur charlatan cantonné au bruitisme sans fond, l’ancien MC du crew hip hop Master Of The Universe intrigue, dérange, bouscule les oreilles et les esprits.

Si on s’était instantanément laissé happer, avec un dérangeant plaisir, à la magie mystique de « A Sufi &  Killer » – orgie crépusculaire entre hip hop hallucinogène et electronica vintage, trip hop cabossé et musique expérimentale -, Gonjasufi s’amuse depuis à semer son monde dans une discographie aride et mutante – à l’image de celle que l’on se fait du bonhomme dans sa retraite rocailleuse du désert de Mojave.

Après deux albums contrastés où il tissait des liens invisibles entre abstract anxiogène et soul déstructurée (le mini-album « MU.ZZ.LE » en 2012 et le superbe « Callus » paru l’année dernière, trip névrotique tourné en noir et blanc), le partenaire de jams (et de joints) de Flying Lotus et Gaslamp Killer confirme qu’il est bien l’un des génies créatifs les plus insondables apparu en ces années 2010.

Avec la sortie en mars dernier de « The Mandela Effect » (accompagné d’une tournée européenne, une première depuis cinq ans), le producteur-vocaliste révèle un disque à la sombre beauté compilant remixes futuristes (« Afrikan Spaceship » par le duo électro hip hop Shabazz Palace), sortilèges proto-punk (« Maniac Depressant ») et trip-hop au psychédélisme lo-fi (avec le mutant « Your Maker » transcendé par les expérimentations soniques d’un Daddy G diablement inspiré). Outrepassant les codes en administrant à chaque genre musical toute une série mutations génétiques improbables, Gonjasifi pose ici le décor de ses visions musicales extatiques. 

Le 3 mai au Badaboum, 2 bis rue des Taillandiers. 11è. M° Bastille. 18 euros.