A.Ecouter

Interview : Forever Pavot à la Route du Rock

A l’occasion de la dernière édition du festival malouin La Route du Rock, nous avons rencontré le talentueux Emile Sornin, tête pensante des excellents Forever Pavot. Avec lui, nous avons parlé Gainsbourg père et fille, cinéma burlesque et bien sûr, musique. Let’s go !

 

Crédits photo Corentin Fohlen

Salut Emile ! Comment ça va après votre concert à Bon Secours ?

On est très contents, c’était un beau concert je crois. On était déjà venus il y a trois ans, mais il avait plu, alors on avait joué à la Nouvelle Vague, ce qui était très chouette aussi, mais là on était très excités à l’idée de jouer sur la plage.

Ce n’est pas trop déstabilisant d’avoir en face de soi des gens qui sont assis sur des transats ou allongés sur des serviettes, plus ou moins en train de cuver ?

Si, un petit peu. Au début, j’ai trouvé ça étrange mais après tout c’est le concept. Mais c’est tellement cool de jouer face à la mer, on refera ça avec plaisir, on a adoré.

La Route du Rock, ça représente quoi pour toi ?

Il y a un truc qui est très chouette déjà, c’est qu’en Bretagne, le public est dément. Il y a des endroits comme ça où les gens sont vraiment à fond, où il y a une vraie ambiance, un côté super détendu. Je m’attendais à un truc un peu comme ça, tout en étant très familial aussi. J’aime bien jouer devant des enfants, je trouve d’ailleurs que Forever Pavot est assez propice à ce genre de public. J’ai l’impression que notre musique parle à tout le monde. C’est la première fois que je viens sur la plage de Bon Secours et sur le site du Fort de Saint-Père, puisque je n’étais jamais venu en tant que festivalier, donc c’est une découverte. Et j’ai hâte d’aller assister à des concerts ! La programmation est plutôt pointue et assez éclectique, ce qui est super. Il n’y a rien de pire qu’un festival où tu écoutes le même son toute la soirée. J’aime bien pouvoir faire des pauses, écouter des choses différentes.

Comme de l’électro en fin de soirée, avec par exemple The Black Madonna ce soir, qui est assez incroyable.

Je ne connais pas du tout mais on m’en a parlé, alors j’ai hâte de voir!

Tu parlais de la programmation du festival à l’instant. J’imagine qu’à la fin de notre interview, tu vas aller voir Charlotte Gainsbourg, pour qui tu as arrangé plusieurs titres du dernier album ? Comment as-tu été amené à collaborer avec elle ?

C’est grâce à SebastiAn qui a composé, écrit et produit l’album. On s’est rencontrés au Baleapop juste avant qu’on signe avec Born Bad il y a 3-4 ans et on est devenus potes. Un jour, il m’a proposé de poser des claviers sur un morceau de ce qui allait devenir l’album Rest. J’ai immédiatement accepté. Il m’a envoyé le titre, j’ai testé des choses de mon côté et je n’ai pas pu m’empêcher de rajouter plein de trucs, des parties de basse, de guitare, de synthés, bien plus que ce qu’il m’avait demandé au départ. Je me disais qu’il ferait le tri dans ce qui lui plaît.

Finalement, il m’a dit qu’il adorait et m’a proposé de bosser sur le reste de l’album, dont j’ai finalement arrangé six morceaux. J’ai très peu vu Charlotte, on s’est rencontrés quelque fois mais bien après et il semble qu’elle a plutôt apprécié ce que j’ai fait, ce qui m’a évidemment fait très plaisir. J’ai aussi joué de la basse sur un morceau écrit par Paul McCartney, ce qui était un peu la consécration ! L’expérience a été à la fois très belle et très intéressante, Seb et moi, on s’est retrouvés sur plein de choses, les mêmes références, des musiques de film et les vieux Gainsbourg évidement.

Est-ce que tu aspires à ça à l’avenir, continuer à faire des collabs ?

Tout à fait, j’ai très envie de ça, c’est clairement enrichissant.

Et parmi les artistes programmés à la Route du Rock, avec qui tu te verrais bien faire quelque chose ?

Bonne question. J’adore les Lemon Twigs mais je ne suis pas sûr que je me verrais collaborer avec eux. Là franchement je ne sais pas, il n’y a pas vraiment d’artistes du festival avec qui je me verrais bosser, mais il y en a évidemment beaucoup que j’apprécie, comme par exemple Phoenix, que je compte bien aller voir !

Comment es-tu venu à la musique ?

Mes parents sont très cinéphiles et branchés musiques un peu bizarres. J’ai donc un peu été élevé avec Brigitte Fontaine, le jazz, le rock progressif. Ce qui m’a vraiment donné envie de m’y mettre, c’est mon cousin qui faisait de la basse dans un groupe de grunge, dans les années 90. Mon frère et mon étions à fond dans Nirvana et compagnie. Et lorsque nous l’avons vu jouer en live, avec son baggy, ses cheveux longs, son skate nonchalamment posé à coté, je me suis décidé à prendre des cours de batterie. Très vite, j’ai commencé à monter des groupes avec des copains de mon quartier dans des styles très différents : grunge, metal, reggae, jazz. Après j’ai eu ma période hip-hop, ce qui m’a amené à sampler…

Autant d’influences que l’on retrouve dans Forever Pavot aujourd’hui…

Tout à fait ! Avec le côté musique de film, groove. Et même si j’étais plutôt le batteur, j’ai toujours été un touche à tout. Je me suis mis au piano il y a 7-8 ans, quand j’ai commencé à vouloir faire mes projets tout seul. J’ai donc appris en jouant dans mes différents groupes, car le côté scolaire du conservatoire me rebutait un peu. C’est peut-être ce qui me manque aujourd’hui. Je fais tout à l’oreille, au feeling, je ne sais pas écrire la musique, donc c’est peut-être la prochaine étape. Car si là je joue avec des musiciens très doués qui captent très vite, ça pourrait potentiellement être handicapant sur d’autres projets.

Justement, tes excellents musiciens, parlons-en ! On sent une vraie connivence de groupe sur scène, alors que Forever Pavot est à la base ton projet solo.

On se connaît tous depuis une dizaine d’années. Cédric, le batteur, m’avait invité à un concert de Iron Maiden au Zénith et on ne s’est jamais quittés. Avec Maxime le bassiste et Arnaud à la flûte traversière, ils jouaient tous les trois dans un groupe de death metal grind core et moi j’étais à fond dans ce style à une certaine période. J’ai réalisé un clip pour eux à l’époque, il faudrait d’ailleurs que je le ressorte pour rigoler. On a eu un groupe avant qui s’appelait Haroun Tazieff. Ce sont des mecs que j’ai toujours adorés humainement. Et musicalement, je me suis rendu compte qu’ils étaient ouverts à plein de styles et très doués surtout. Et Antoine dont je n’ai pas encore parlé vient comme moi de La Rochelle. Il me semblait évident de jouer avec eux et comme tu l’as souligné, la formule fonctionne bien.

Tu chantes des textes plus ou moins absurdes et toujours drôles. Vous souriez tous énormément sur scène. Vous lancez des vannes du style « Salut, c’est Forever Poivrot ». Bref, on sent que vous vous marrez. C’est important cet état d’esprit ?

Oui, on s’éclate et tant mieux si ça se voit. C’est beaucoup de second degré, d’absurde en effet. Je suis comme ça dans la vie et j’ai envie de faire un truc très honnête sur scène, donc ça me paraissait logique. Me marrer avec mes copains dans le van ou en concert, c’est un peu la même chose.

Et cela se retrouve d’ailleurs aussi dans les choix de noms des groupes dans lesquels tu joues…

Mon premier groupe de rap à 16 ans s’appelait Demi Suppositoire, donc tu vois j’étais déjà dans le côté absurde. C’est dans ma culture, que ce soit la littérature, l’illustration, le cinéma, j’ai toujours aimé le burlesque. Et en France on baigne beaucoup dans cet état d’esprit je trouve. Je suis un fan de Tati, des Deschiens, de Quentin Dupieux, du couple Dominique Abel et Fiona Gordon aussi, et j’ai besoin que ça ressorte dans la musique que je fais, même si j’écoute pas mal de musiques un peu sombres, comme Jonathan Bree qui a joué hier.

Dernière question, que je pose de manière rituelle pour A Nous Paris. Toi qui vis à Aubervilliers, c’est quoi ton spot préféré du Grand Paris ?

Sans hésiter la Station Gare des Mines !

 

Forever Pavot sera en concert le 19 décembre prochain à la Gaîté Lyrique.

Infos & Billets