Interview : Kosme au festival Solidays

A l’occasion de la dernière édition du festival Solidays, on a rencontré avant son set à la Boom Box l’un des plus talentueux DJ et producteur français du moment : Kosme. Interview en mode confidences.

 

Portrait du dj Kosme
© Sarah Mautone

 

Tu es un DJ et un producteur établi depuis un moment maintenant. Peux-tu nous raconter un peu tes débuts dans la musique ? Y a t-il eu un déclencheur particulier à ta vocation ?

Mes parents avaient une petite collection de vinyles et j’ai toujours été attiré par le support. Je délaissais souvent mes jouets pour aller chiner dans leurs disques. C’est un de mes premiers souvenirs. Et le fait qu’à l’adolescence j’ai eu la chance de pouvoir aborder la radio et organiser mes propres soirées dans mon village grâce au Centre social, dont le directeur fraîchement arrivé avait envie de faire bouger les choses. Il nous a donné à mes amis et à moi les moyens d’organiser de petits évènements à notre échelle, ce qui m’a permis de mettre un peu le pied à l’étrier. J’avais 15-16 ans et je suis à cette époque tombé amoureux de la techno. Cette passion ne m’a jamais lâchée. Très tôt j’ai eu la conviction que c’est ce que je voulais faire de ma vie et ça fait maintenant 20 ans que je le fais.

 

C’est ton arrivée à Lyon qui t’a permis de te professionnaliser ?

J’ai en effet choisi de partir à Lyon en grande partie parce que je sentais que la ville avait le vent en poupe en terme de musiques électroniques avec entre autres les Nuits Sonores mais également diverses infrastructures. J’ai senti que mon essor artistique serait là-bas.

 

Mais pas à Paris ?

Venant de la campagne profonde, je n’étais pas prêt pour Paris. C’était trop grand, peut-être trop violent malgré la présence de clubs légendaires.

 

Clubs dans lesquels tu as quand même fini par jouer ! Que penses-tu de la scène électro parisienne ? Et de sa vie nocturne en général ? Car il me semble qu’il y a depuis quelques temps un certain déclin de la mythique scène londonienne et un léger délaissement de Berlin, alors que des initiatives intéressantes voient le jour dans la capitale française.

On récolte aujourd’hui en effet ce qui a été semé. Depuis 4-5 ans des clubs comme Concrete ont ouvert et connu un succès fulgurant. Le Rex Club est toujours aussi culte. Plein de petits collectifs ont vu le jour et beaucoup de fêtes sont organisées dans le Grand Paris, des projets se montent. Il règne à Paris un esprit incroyable, résolument underground et ouvert. Et je pense que tout simplement les gens aiment faire la fête à Paris. Comme on a aimé faire la fête à Berlin. A chaque fois que je joue ici, je repars avec quelque chose de spécial. Les gens, Parisiens ou touristes d’ailleurs, donnent beaucoup. Artistiquement, ça me nourrit énormément.

 

Tu as commencé en tant que DJ, puis tu t’es mis à la prod avant de fonder ton label, Cosmic AD, et tu t’es nourri de rencontres importantes, dont celle avec Konstantin Sibold.

Complètement. La rencontre avec Konstantin est en effet incroyable. On se connaît depuis presque 10 ans maintenant et on continue de collaborer. On a un morceau qui sort chez After Life, le label de Tale Of Us, sur leur compilation Realm of Consciousness. C’est les joies de ce métier aussi. Car faire de la musique c’est génial, mais quand en plus on peut le faire avec des amis, c’est une immense chance. C’est une grande histoire d’amitié qu’on vit avec Konstantin. On joue dans le monde entier et d’autres projets vont voir le jour. Moi à la base, j’avais juste vraiment envie de jouer de la musique. Donc devenir DJ était une évidence, alors que producteur un peu moins. Mais la créativité a pris le pas et la production est très présente maintenant dans mon processus artistique. Là je monte un nouveau studio car j’ai récemment acheté une maison. Le home studio va certainement me simplifier le travail. Le côté production fait à présent entièrement partie de ma vie. J’ai beaucoup tourné et j’ai un peu délaissé ce côté ces trois dernières années mais je vais y revenir dans les mois prochains.

 

Tu vas signer de nouveaux artistes ?

Je relance mon label Cosmic Adventure qui était en stand by depuis 2015. Deux maxi sont prêts. Le premier avec Voiski, artiste bien connu des Parisiens, qui devrait sortir en septembre. Il a fait un boulot incroyable, de super morceaux. Son EP va être très varié, avec de l’ambient et de la techno. On a également réalisé un travail graphique que j’aime beaucoup. Le second, c’est un artiste Chamoniard que j’ai découvert en habitant Chamonix donc, que je suis depuis plusieurs mois, qui est très doué et que j’encourage à continuer dans son processus créatif.

En parlant de Chamonix, tu es parti y vivre pendant un temps, ce qui a coïncidé avec un changement d’apparence, entre autres capillaire, assez radical, des incursions dans la mode et un autre style de photos de presse.

 Kosme
© Sarah Mautone

 

La vie est composée de cycles et artistiquement j’ai beaucoup fait à Lyon, avec une résidence au Sucre, j’étais très investi localement. Je m’étais laissé pousser la barbe, ce qui était une grosse blague à la base et dont on n’avait pas mal joué dans la manière de communiquer. J’avais fait un peu le tour de la question. Et d’un point de vue personnel, j’avais besoin de changer d’air, de déménager, de prendre un peu de recul, du temps. J’ai rasé la barbe, coupé les cheveux et je suis parti. Je ne sais pas si la chenille est devenu papillon, mais ça a été assez libérateur. Les nouvelles photos sont l’oeuvre d’une photographe de Milan qui s’appelle Sarah Mautone. Après 10 minutes ensemble, on a tout de suite su qu’on allait collaborer et ne plus se quitter. J’ai la chance qu’elle fourmille d’idées sur le travail visuel et comme elle vient de Milan, elle est connectée à pas mal de marques de créateurs. J’ai donc accès à des fringues assez cool. On adore bosser ensemble et j’ai la chance de pouvoir faire germer mes idées avec quelqu’un qui a la même vision. Le côte visuel est devenu imparable aujourd’hui et on essaie de faire des choses qui ne se voient pas encore trop dans mon milieu.

 

Après avoir été « ghettoisée » pendant un moment, entre autres parce qu’elle a été liée à ses débuts dans l’imaginaire collectif à la consommation de drogues, la musique électronique a aujourd’hui sa place auprès du grand public. Et le fait que tu sois programmé aujourd’hui à Solidays, festival généraliste s’il en est, me semble être une nouvelle preuve de cette ouverture d’esprit et de ce décloisonnement.

Exactement. Et ça me rend très heureux que la musique que je défends depuis plus de 20 ans ait sa place au même titre que le rock ou le rap. J’ai d’ailleurs l’impression que cette dynamique ne va faire que croître. Des festivals strictement électro, il y en aura encore, mais ce ne sera plus la seule plateforme pour faire exister cette musique.

 

Et Solidays en particulier, ça représente quoi pour toi ?

Je suis hyper touché d’avoir été invité à y jouer car c’est un festival qui a une cause noble, et je suis particulièrement honoré de pouvoir y apporter ma modeste contribution.

 

Dernière question : quel est l’artiste qui te fait vibrer en ce moment ?

C’est l’artiste sur lequel j’ai demandé ma femme en mariage…

 

Wow, génial, félicitations !

Merci ! En fait, récemment, nous sommes allés voir Four Tet à Berlin. C’est un artiste qui m’inspire beaucoup. J’aime assez la manière dont il a synthétisé musicalement son époque.