Interview : on a rencontré Gringe

Alors qu’il vient enfin de sortir son album solo, Enfant Lune, l’acteur-rappeur Gringe s’affirme au cinéma en pote dealer méconnaissable dans Les Chatouilles, le coup de cœur d’Un Certain Regard à Cannes. Rencontre.

 

Interview : on a rencontré Gringe
© Mika Cotellon

Il paraît que tu es dans Les Chatouilles, on ne t’avait pas reconnu !

Gringe : Pas de barbe, pas de cheveux, c’est ma performance ! Je suis transformiste. Le Arturo Brachetti du cinéma. C’était une volonté des réalisateurs. Moi-même, à l’écran, je ne me reconnais pas forcément, mais l’idée c’était que je puisse m’effacer derrière le personnage.

Pourquoi as-tu accepté le rôle du pote d’Odette, cette femme abusée sexuellement dans son enfance qui cherche à se reconstruire ?

Parce que la pièce m’avait mis une grande gifle. J’étais vachement ému par la manière dont Andréa Bescond transcende des épisodes très douloureux de sa vie, et son approche artistique de la chose.

Quel effet ça t’a fait de voir le film sélectionné à Cannes à Un Certain Regard ?

C’était la première fois que j’allais à Cannes, et là je montais les Marches. J’ai fait venir ma mère. À la fin, il y a eu une standing-ovation de 30 minutes. J’ai vu dans ses yeux un mélange de fierté et de curiosité. Ça reste un moment marquant de ma petite vie.

Le cinéma, c’est un rêve de gosse ?

Non. Comme le rap, d’ailleurs. Ce n’était pas une ambition. Je n’ai jamais su ce que je voulais faire. Ma mère était comédienne, j’ai grandi dans le milieu du théâtre. Mon père a été directeur d’une scène nationale, j’ai toujours vu des acteurs à la maison, il y avait de grandes tablées d’artistes, mais je n’ai jamais eu cette envie, même si maintenant ça fait sens.

Et aujourd’hui ?

C’est un univers qui m’apporte énormément. J’aimerais bien que ça dure. C’est à chaque fois des expériences singulières. J’ai de la chance.

Tu viens aussi de sortir ton premier album solo, Enfant Lune. Pourquoi a-t-il mis si longtemps à venir ?

Question de maturité. C’est une phrase un peu toute faite, mais chaque chose arrive en son temps et en son heure. Il faut passer des caps de confiance, d’autant que les sujets que j’aborde sont relativement personnels. Il m’a fallu du temps pour pouvoir en parler avec recul.

Dans l’album, tu parles d’un avenir plutôt bloqué…

Je ne suis pas fataliste, juste un peu pessimiste. Mais je dois avouer que j’ai quand même du bol, depuis quelques années, de pouvoir jouer dans des films, d’avoir une petite exposition grâce aux Casseurs Flowters et à Orelsan pour mon album solo.

Tu as vraiment passé ton adolescence dans un mélange whisky-beuh comme tu le chantes dans “Qui dit mieux” ?

Cherche pas, tout est autobiographique !

Comment vis-tu le triomphe d’Orelsan ?

Je suis content pour lui, mais on a vraiment splitté. Moi je fais mes trucs. Lui, j’ai l’impression que c’est son rêve. Cette soif de reconnaissance, ajoutée à un talent un peu inné et au travail, je me dis qu’il est arrivé là où il avait envie d’être. Tant mieux pour lui.

Vous vous voyez souvent ?

Pas trop. J’ai pris du recul avec la période Casseurs Flowters. C’était très cool, mais j’étais très jeune. Aujourd’hui, je ne sais pas si j’y retournerais. Là, j’ai vraiment un album à échelle humaine, et j’ai envie de jouer dans des salles plus confidentielles. Après, monter sur scène avec Orel c’est chanmé.

Il peut y avoir une suite à la série Bloqué ?

Y a peu de chances, ou alors dans dix ans, l’après Bloqué… quand on sera passés chez l’ostéo pour voir ce que ça donne. Il était peut-être question d’un film autour de Serge le Mytho, mais Bloqué le film, on l’a déjà fait avec Comment c’est loin.

​Un mot de conclusion ?

Sur Les Chatouilles. Au-delà de l’expérience de cinéma viscéral, c’est un acte d’engagement nécessaire. Comment donner aux gens l’envie d’aller voir un film sur un sujet si lourd ? C’est qu’il y a aussi de vrais moments de comédie. On est face à un objet non identifié de cinéma, et on passe un peu par tous les états.

Qui dit mieux ?

(Rires) Personne !_