Interview : on a rencontré Kompromat

Leur album Traum und Existenz, sorti cette année, nous avait réellement emballé et leur show magistral à Rock en Seine a confirmé tout le bien que l’on pensait d’eux. Quelques heures avant leur prestation, nous avons pu nous entretenir avec le duo Kompromat (« dossier compromettant » en russe, tout un programme), composé de Julia Lanoé, aka Rebeka Warrior (Sexy Sushi, Mansfield. TYA) et Pascal Arbez-Nicolas, plus connu sous le nom de Vitalic.  Avec eux on a parlé torture médiévale, tournées et planches à repasser.

Crédits photo: Erwan Fichou & Theo Mercier

 

On a vu avec votre dernière collab’ ultra jouissive La Mort sur la dancefloor en 2012 que votre union faisait la force. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de créer Kompromat ? L’idée était-elle de se fuir pour mieux se retrouver ?

Vitalic : Je pense qu’il n’était simplement pas l’heure.

Rebeka Warrior : Et on est des grosses feignantes (rires).

V : Oui ça aussi, mais il fallait surtout que les étoiles s’alignent. Je finissais mes tournées, même si elles ne finissent jamais vraiment. Je suis tout le temps en tournée Vitalic, surtout à l’étranger. Je n’avais pas envie de me remettre sur un disque Vitalic tout de suite. Julia, c’était un peu la même chose de son côté. Puis les goûts en commun nous ont rapprochés.

RW : Une brèche s’est opérée pour que l’on fasse cette musique-là, à ce moment, en allemand. Si on avait fait un album ensemble plus tôt…

V : … on aurait fait un disque en anglais un peu « one-two-three-four ».

RW : On a donc bien fait d’attendre que les étoiles s’alignent.

Traum und Existenz a mille facettes, ce qui n’est pas si surprenant au regard de vos parcours respectifs. Ce qui ressort souvent de vos interviews, c’est l’emphase mise sur ses côtés poétiques et philosophiques (que je ne conteste aucunement). Mais il y a également une vraie touche cinématographique, que le clip de Niemand traduit bien.

RW : Ah génial !

V : Il y a de cela oui.

Vous faites d’ailleurs chanter une comédienne sur De mon âme à ton âme. Pourquoi ce choix ?

RW : Adèle [Haenel, NDLR] a participé à toute la genèse de l’album. Elle était là depuis le début. Et elle parle couramment allemand donc elle nous a beaucoup aidé. Elle a écouté tous les morceaux, a toujours été là. A un moment donné, on s’est dit que ça serait bien de faire un duo romantique. Qui est devenu un trio romantique.

V : Ce titre est mon deuxième préféré de l’album.

RW : Et c’est quoi le premier ?

V : C’est Niemand justement. Même si Herztod est celui que je préfère faire en live.

Concernant justement l’emploi de l’allemand, il me semble que c’est une évidence sur votre son, mais certainement aussi parce que je le parle et que je comprends donc les paroles. La question, à laquelle vous avez plus ou moins répondu en parlant d’Adèle, n’est donc pas « pourquoi » mais « comment » ?

RW : On ne parle allemand ni l’un ni l’autre. C’est Adèle qui m’a appris. Je suis aussi allée un peu à Berlin, où je suis sortie. J’ai fait la liste des clubs par ordre alphabétique, mais je me suis arrêtée à B…

Comme… Berghain ?

RW : Ahah oui, mais je plaisante. Je crois que mon club préféré à Berlin c’est le Tresor. Je suis un peu de la vieille école. J’adore leur programmation, en particulier avec le label Aufnahme + Wiedergabe. Ça fait partie de nos influences, ça et des trucs beaucoup plus vieux.

Du style ?

V : Boney M!

RW (se marre) : DAF évidemment. On adore Robert Görl.

V : Moi je préfère l’autre.

RW : Ah oui ? En fait on aime les deux, non ? C’est dur de choisir entre les deux. Tu préfères qui toi dans nous ?

V : Bah moi évidemment.

En gros : je t’aime, mais je me préfère.

V : C’est notre phrase ! En festival on dit qu’on n’aime que nous. Et moi, à l’intérieur de nous, je me préfère moi.

Votre son a certes des côtés sombres, mais j’ai toujours trouvé que les gens avec une esthétique un peu dark avaient beaucoup d’humour (et pas forcément noir). J’ai en la preuve avec cette interview. Qu’est-ce qui vous fait rire tous les deux ?

Ensemble : Nous !

RW : C’est vrai qu’en tournée, c’est mon petit plaisir. Je sais que quand on va se retrouver on va rigoler.

V : On s’amuse beaucoup oui.

RW [s’adressant à son acolyte] : Tu crois que c’est pour cela qu’ils nous ont mis à l’opposé de Robert Smith en loges ce soir ? Parce qu’en gros, on a eu un passif de tournées avec nos autres projets avant même de former un duo et on se retrouvait souvent côte à côte dans les loges. Et Pascal aime bien lancer des planches à repasser…

V : Alors je ne les lance pas vraiment, je les fais danser. Et parfois, elles tombent. Dans la loge d’à côté… Et on fait des fêtes en loges qui sont assez incroyables. Les autres musiciens viennent souvent squatter avec nous en fin de soirée.

RW : On est les rois de la rigolade.

V : Après on s’amuse de tout mais on garde une part de sérieux. On discute pas mal pour approfondir des choses sur Kompromat au fur et à mesure de nos expériences. Mais je pense comme toi en fait. Souvent les gens les plus drôles sur scène peuvent être durs dans leur vie personnelle et inversement.

RW : On porte tous des masques. Sur scène avec Kompromat, c’est assez sérieux. Après, on s’éclate vraiment, mais on bosse.

Une bonne partie de votre activité est donc nocturne mais est-ce que vous pensez vous aussi que ce qui se dit la nuit ne voit jamais le jour ?

V : En réalité, c’est plutôt ce qui se fait la nuit. Je dis souvent à l’équipe le lendemain : heureusement qu’il n’y avait pas de caméra.

RW : Cela va même plus loin que la nuit, ce qui se passe en tournée, reste en tournée.

V : Après on ne fait pas de trucs incroyables, on est vraiment des gamins.

RW : On est plus « farces » qu’héroïne en intraveineuse.

V : On est détestés par les hôtels parce qu’on trimbale une enceinte énorme partout, un strob’ et une machine à fumer. Mais on remarque aussi que sur certains festivals, il y a moins d’ambiance. Pas un chat en loges, les gens arrivent une heure avant leur set et se barrent direct ensuite. Après ça dépend des jauges évidemment. C’est vrai que j’aime bien les micro-festivals pour ça, où les musiciens restent et font la fête après. Même si on a adoré Dour par exemple, qui est très gros et où la prog’ était folle.

Est-ce qu’on peut s’arrêter deux secondes sur l’incroyable pochette de Traum und Existenz et en particulier le goudron et les plumes. De ce point de vue, vous êtes plus Europe médiévale ou Far West ?

RW : Europe médiévale pour moi.

V : Far West pour moi. J’ai une vision très sombre de l’Europe médiévale, un truc très noir, très fermé avec une hyper violence.

RW : J’ai un peu la même idée du Far West.

V: Ça dégaine certes vite mais ça n’écartèle pas.

RW: C’est très difficile en réalité d’écarteler un homme.

V : On vend du rêve à tes lecteurs là…

RW : Mais ce n’est pas ma faute, c’est dans un livre de Michel Foucault où on explique que les os se détachent facilement mais pas la peau, qui reste entière un bon moment.

V : Mais à quel moment ça part toujours en vrille nos interviews ? [rires] Quoi qu’il en soit, j’aime bien le Far West parce qu’il y avait du soleil.

RW : Et moi j’aime bien la poésie médiévale. Et les dessins du Moyen-Âge, les enluminures. Par contre en effet, vivre à cette époque en étant une femme lesbienne, je ne suis pas sûre. J’aurais sûrement fini sur un bûcher.

V : Écartelez-moi ça avant et puis faites brûler la sorcière !

RW : Il ne croit pas si bien dire [me montrant son tatouage « Hexe », sorcière en allemand].

Dernière question, puisqu’il s’agit d’A Nous Paris : où est-ce qu’on peut vous croiser quand vous êtes dans la capitale, Kompromat ?

V : Au Rosa Bonheur ! Parce qu’il y a et le fun, et le politique.

RW : C’est une institution.

V : Le personnel est adorable, les patronnes aussi. C’est mon endroit favori à Paris.

RW : Moi c’est la Bonace, un resto que j’adore rue de Nantes [dans le 19e, NDLR] tenu par une très bonne amie.

 

Ecouter Traum und Existenz

Kompromat sera en concert le 12 décembre à la CigaleInfos & Billets


Ne manquez aucun de nos bons plans et jeux-concours en vous inscrivant à notre newsletter !