Interview : on a rencontré Kwamie Liv

Danemark et Zambie, mélancolie et humour, guitare et électro : après un premier EP remarqué en 2015, Lost In The Girl, la voix suave et entêtante de Kwamie Liv revient hanter les baffles et les casques sur fond de reverb profonde et de mélancolie attirante avec l’album Lovers That Come And Go. Si l’un des morceaux s’intitule « Blasé », ce n’est certainement pas l’état dans lequel se trouvera l’auditeur à la première écoute, ni à la seconde, ni à…

 

Kwamie Liv, onde sensuelle

 

Interview Kwamie Liv
© Taj François

Comment as-tu choisi le son chaud de l’album ?

Kwamie Liv : Quand j’ai commencé à penser au type d’album que j’aimerais créer, j’ai réalisé que je voulais qu’on puisse l’écouter en conduisant, en faisant l’amour, en marchant seul dans la rue sous la pluie… Je ne voulais pas être enfermée dans un seul genre, et la production fait que l’on voyage à travers différents types de sons, ma voix et mon écriture constituant le fil rouge qui relie le tout. Quant à la chaleur, elle est liée à ma manière d’utiliser ma voix. Il y a des chansons très produites, d’autres très acoustiques, c’est un mélange de plein de choses. Je souhaitais simplement créer un paysage sonore varié et cohérent avec une atmosphère sensuelle.

 

Pourquoi avoir choisi de clôturer l’album avec “Higher”, une ballade piano-voix ?

J’avais envie de terminer le projet avec quelque chose de très intime et il n’y a rien qui le soit autant qu’une prise live de piano. Le morceau a été très peu retouché et je voulais qu’on ait l’impression d’être dans la même pièce que moi. C’est aussi une manière de revenir à la base de mon écriture, où tout démarre avec une guitare et ma voix. C’est direct, pur et la meilleure façon de boucler l’album selon moi.

 

De quels instruments joues-tu sur l’album ?

J’écris 80 % de mes chansons à la guitare, mais je la considère plus comme un outil pour composer que comme un instrument solo donc je ne joue pas trop sur les enregistrements, à part quelques parties ici et là. J’ai préféré laisser mon producteur, Baby Duka, ou les membres de mon groupe de scène trouver les meilleurs arrangements possible.

 

Quel est ton rapport à l’écriture et aux paroles ?

Elles sont très importantes pour moi et je ne ferais rien de ce que je réalise actuellement si je n’écrivais pas moi-même mes chansons. Le reste du processus peut être une œuvre commune, comme la production, les arrangements ou même les mélodies, mais les paroles restent mon domaine privé, ma chasse gardée. Il m’arrive d’écrire sur des événements réels mais aussi imaginaires, il n’y a pas de règle. Je privilégie le sentiment que l’on ressent à l’écoute, c’est ça ma vérité.

 

Quelle influence ont tes origines sur ta vie et ta musique ?

Ma mère est danoise, mon père zambien et j’ai également beaucoup déménagé. Je suis née au Danemark et j’ai ensuite vécu en Zambie, mais aussi en Turquie, en Suède, en Afrique du Sud, au Kenya, en Irlande et au Bangladesh avant de revenir au Danemark. J’ai voyagé toute ma vie, donc je ne sais pas vraiment ce qu’est un foyer stable. Ça a ses avantages : par exemple, ça m’a poussé à observer et à m’adapter à mon environnement très rapidement. Je suis fascinée par les différentes cultures et j’essaie de m’en inspirer autant que possible.

 

Comment es-tu tombée dans la musique ?

J’ai toujours écrit des nouvelles ou des poèmes, j’ai commencé la guitare à l’âge de 11 ans et la composition est venue peu de temps après. Les gens me définissaient comme une chanteuse ou une musicienne, mais je trouvais ça un peu curieux car pour moi c’était aussi naturel que de respirer. Et puis, j’ai fait du volontariat au Bangladesh auprès d’une communauté birmane qui avait fui un génocide. Il n’y avait pas vraiment d’éducation à proprement parler dans ce camp, les gens vivaient dans des abris très sommaires, c’était particulièrement intense. Comme je ne me sépare jamais de ma guitare, je l’avais emportée et j’ai commencé à jouer. La pièce dans laquelle je jouais a été instantanément transformée, pas par moi mais par la musique. J’ai alors compris que l’art pouvait réellement changer les choses et que je devais travailler dur et m’y consacrer à 100 %. Je veux être utile, et créer est la chose que je maîtrise le mieux, donc je m’y emploie aujourd’hui.

 

Quels artistes ont leur place dans ton panthéon ?

Ma famille écoutait beaucoup Bob Dylan, Leonard Cohen ou Nina Simone. Je suis attirée depuis toujours par les songwriters et j’y reviens constamment. Je pense à des artistes qui ont un don pour l’écriture, comme Tom Waits. Si je pouvais me réveiller demain et avoir la voix de quelqu’un d’autre, je voudrais avoir la sienne !

 

Pas sûr que ça t’aille physiquement…

Oui, sans doute (rires). Mais ce serait cool, j’adore son côté rêche, profond… Sinon, j’aime aussi beaucoup Chet Baker, Billie Holiday ou Tracy Chapman.

 

Des petits nouveaux…

Exactement : 2018, baby ! (rires)