Interview : on a rencontré Scratch Massive pour la sortie de Garden Of Love

Elle s’appelle Maud. Il s’appelle Sébastien. A tous les deux, ils forment le duo Scratch Massive. Nous les avons rencontrés à l’occasion de la sortie de leur nouvel album Garden Of Love dans un micro café pâtisserie rue Duhesme. 

 

Comment votre musique a-t-elle évolué depuis vos débuts ?

Maud Geffray : J’ai l’impression qu’elle s’est calmée en tempo, même si on faisait des choses lentes, mais il y avait quand même peut-être un côté plus techno dans nos productions.

Sébastien Chenut : Oui c’est vrai qu’au début, on avait une musique techno qui avait beaucoup de nappes posées sur des sons de Detroit et on aimait beaucoup tout ce qui était new wave. On a finalement beaucoup poussé la descente de la techno vers la new wave, des sons plus dark.

 

On retrouve beaucoup de poésie dans vos titres d’albums : Enemy & Lovers, Nuit de rêve, Time et Garden of Love. Est-ce qu’on peut dire que vous faites une musique électronique-mélancolique ?

Maud Geffray : On fait une musique électronique qui est à la fois mélancolique, mélodique et mélodieuse. Ce sont les mélodies qui m’inspirent vraiment dans la musique. Pour nous, l’électronique est un médium et on peut donc mettre d’autres choses derrière. On prend un ordinateur pour faire de la musique, ce qui simplifie beaucoup les choses, mais on a aussi des constructions pop sur certains des morceaux, avec de vraies mélodies.

 

 

Garden of love parle de thèmes qui, je cite, « reflètent l’âme humaine ». Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur ce nouvel album ?

Maud Geffray : Cet album a été conçu et composé à Los Angeles. C’est peut-être aussi ce qui lui donne ce côté plus spatial. J’ai l’impression que l’endroit de création a peut-être pas mal influencé le résultat. Sébastien est parti vivre à Los Angeles il y a trois ans. Et quand il est parti là-bas on s’est dit qu’on allait séparer les endroits géographiques pour travailler. À Paris, je travaille plutôt mes projets solo et à Los Angeles, on travaille Scratch Massive, nos musiques de film, nos albums. J’ai l’impression que l’ambiance particulière de la ville a beaucoup déteint sur cet album. Il y a une sorte de chape de plomb, de farniente, quelque chose d’assez rêveur.

Sébastien Chenut : Il y a aussi le fait de s’être déplacé, d’être séparé pour la première fois dans l’histoire de notre groupe. Il y a les projets solo qu’on a faits et qui nous ont fait grandir chacun de notre côté, nos voyages.

 

Vos travaux en solo ont influencé aussi votre manière de travailler tous les deux sur ce projet ?

Sébastien Chenut : Oui, c’est ça. Mais c’est aussi surtout avoir une expérimentation différente sans avoir à la partager. Quand on travaille à deux depuis longtemps, on n’a plus vraiment le regard de l’autre et la distance par rapport à ce que l’on fait. D’un autre côté, il peut arriver d’avoir peur quand on travaille seul. Mais finalement, c’est bien d’arriver à finaliser ces projets solo dans des sons qui ne sont pas si loin des nôtres, sans être à 100% dans ce qu’on fait sur Scratch Massive. Et ensuite on réinsère tout cela dans notre collaboration.

 

Quelles sont les thématiques qui sont abordées dans cet album ?

Maud Geffray : Ce sont souvent des cris du cœur. On ne réfléchit pas énormément, on ne met pas en place des choses. Je fonctionne beaucoup aux sensations. Les voix qui sont amenées dessus sont faites en studio sur le moment, sauf lorsqu’on prend d’autres chanteurs sur quelques tracks. Ce sont des collaborations extérieures donc c’est différent. On réfléchit vraiment avec eux à ce que l’on va raconter.

Les thèmes que l’on peut aborder, si on les aborde, sont des choses assez instinctives, des sensations. J’aime bien aussi parfois faire du yaourt en premier : Last Dance par exemple, c’est un track sur lequel je défie quiconque de me dire ce que je raconte. Je ne sais même pas trop moi non plus . En fait ce n’est pas important, et je ne cherche pas à faire – quand je fais les voix sur Scratch Massive – des paroles compliquées. J’essaie plus d’amener cette émotion directe de ce que la musique qu’on vient de faire émane et du coup d’amener la voix comme quelque chose de très émouvant, comme un synthé qui se rajoute, des couches humaines. Ça reste des cordes vocales et ça amène beaucoup plus de sensibilité – mais c’est plus des thèmes de l’âme humaine.

 

 

Comment vous avez travaillé sur la vidéo de Last Dance ? Est-ce que vous aviez une idée préconçue ou est-ce que vous en avez parlé avec le réalisateur de la vidéo ?

Maud Geffray : Il y a quelque chose de très délicat dans ce morceau, qui a fait penser au réalisateur à l’univers de la danse classique. Je lui ai montré des références que j’aimais beaucoup, des clips, des ambiances. On a travaillé là-dessus et il nous a ensuite proposé le scénario. Il est parti le tourner en Asie, à Bangkok. On l’a laissé créer complètement son truc à sa sauce.

 

A quoi peut-on s’attendre pour les prochains live ?

Sébastien Chenut : Sur les prochains live, on va réinsérer et réadapter des versions de ce nouvel album qui va arriver, avec des nouvelles versions de l’album précédent, plus quelques remaniements au sein du deuxième album. On va avoir quelque chose d’assez différent du dernière album, d’assez sombre, plus percutant, plus poussif…

Maud Geffray : Plus compact en fait. On essaie d’amener chaque track. On n’a pas envie d’avoir un morceau blanc, puis un autre morceau… de faire un concert comme si on venait vraiment de la pop. On essaie plus de reconstruire quelque chose d’assez homogène, plus électronique.

Sébastien Chenut : On fait fusionner des morceaux, on les travaille avec d’autres parties. On prend la base de l’un, avec la chanson de l’autre et les paroles d’une chanson qui n’est pas celle-ci, et ainsi de suite… Parfois il y a des accidents, ça fait des surprises comme, entre guillemets, des mégamix ou de versions étendues. On reconnaît les morceaux mais c’est marrant, c’est surprenant. Quand je vais voir des concerts, et qu’il y a des genres de, c’est pas des medley, c’est plutôt des variantes, je suis toujours assez surpris. J’aime bien ça et je suis content.

Maud Geffray : On fait des versions réarrangées.

 

Est-ce que vous pouvez nous parler de bORDEL, le label que vous avez créé il y a un an et demi ?

Maud Geffray : On a créé bORDEL aux Etats-Unis pour une raison très simple, c’est que c’est beaucoup plus rapide de créer une structure là-bas.

Sébastien Chenut : On a monté un studio à Los Angeles. C’est un petit studio mythique parce qu’on a repris l’ancien studio des Beastie Boys, une belle pièce avec une super acoustique. On avait une première BO pour Zoe Cassavetes à sortir, et on s’était dit que ça serait bien de monter un label, parce qu’elle était là et qu’on voulait la sortir, et que finalement l’occasion a fait le larron : le label a été monté et on a commencé à découvrir des gens à droite et à gauche et à sortir leur musique, ainsi que la nôtre. C’est un label qui n’a pas de frontières musicales. On développe beaucoup les musiques de film et de la musique électronique, bien sûr. On va aussi jusqu’au rap ou des choses complètement ambient.

 

L’idée de base était d’avoir plus de liberté dans vos créations ou de produire et mettre en lumière d’autres projets ?

Sébastien Chenut : Les deux. Ça donne beaucoup de liberté mais en même temps ça t’en enlève parce que tu as beaucoup plus de choses à faire que quand tu délègues. Au final, tu es plutôt libre d’avoir la responsabilité totale de ton projet de A à Z, et c’est en ça que c’est plutôt intéressant. Par contre, ça rajoute beaucoup de temps de travail par jour qui ne sont pas des temps consacrés à la musique. Le matin j’ai un cerveau de directeur artistique avec une réalité quelques fois très basique, d’entreprise, plus tout le côté fun de découverte de nouveaux talents, de développement de projets. Puis l’après-midi, je switche et je passe en mode studio. C’est aussi ça l’intérêt d’avoir le label à Los Angeles. Il y a neuf heures de distance, donc finalement à midi, j’ai fini ma journée avec l’Europe et je peux me permettre d’avoir du temps.

 

Est-ce que l’on retrouve des similitudes dans les projets qui sont développés actuellement à Paris et à Los Angeles ?

Maud Geffray : Les scènes sont assez différentes entre Los Angeles et Paris. La musique électronique, notamment. En Europe il y a une scène techno, des sons assez durs qui se jouent partout, et beaucoup de gens viennent voir ça. Il n’y a pas de limite à ça, la scène techno est très vivace. Là-bas, ça n’existe quasiment pas, il y a beaucoup de rap et de folk. La musique électronique existe dans certains lieux mais c’est soit de la musique disco de super qualité dans des bars, soit de l’EDM. Il n’y a pas tout ce qui se passe ici de manière underground. C’est ce qui manque vraiment à Los Angeles. Il y a une grosse scène de modulaire par contre.