Justin Taylor, presque célèbre

Vrai choc musical pour les auditeurs présents à l’Auditorium du Louvre que le récital donné par Justin Taylor en septembre dernier. Entre temps, le claveciniste franco-américain a fait partie des interprètes nommés, dans la catégorie « Révélations soliste instrumental », des Victoires de la Musique.

À 24 ans, Taylor s’affirme chaque jour un peu plus dans le paysage de la musique ancienne depuis qu’il a remporté en août 2015 le Premier Prix et – chose toujours révélatrice – le Prix du Public du prestigieux Concours de clavecin de Bruges ; un tournant dans le parcours d’un musicien comblé par les muses puisqu’il est parvenu à conjuguer l’étude du piano moderne et celle du clavecin. Après des débuts à Angers, ville de son enfance, Taylor mène de front les deux instruments au Conservatoire national supérieur de Paris, avec Roger Muraro en piano, Olivier Baumont et Blandine Rannou pour le clavecin, de 2011 à 2015. 

Après la victoire à Bruges – véritable « sacre » pour un claveciniste – un déclic se produit ; Taylor abandonne le piano moderne au profit du clavecin et… se laisse aussi tenter, de temps à autre, par le pianoforte, instrument qui ne lui réussit pas moins. Ne vous fiez pas aux apparences : derrière une allure encore un peu adolescente se cache un interprète d’une exceptionnelle maturité, dont le discours empreint d’autant de poésie que d’autorité, retient immédiatement l’attention. Loin des clichés « porcelaine de Saxe et poudre de riz », le clavecin sonne d’admirable façon sous ses doigts. Il n’est que d’écouter La Famille Forqueray, magnifique premier disque (sur le label Alpha) sorti fin 2016, pour s’en convaincre.

La première apparition de Justin Taylor au Festival de Pâques de Deauville l’an dernier n’était pas passée inaperçue. Il y est réinvité, le 22 avril, accompagné cette fois des membres de l’ensemble de musique de chambre qu’il a fondé, le Taylor Consort, pour un concert qui le verra successivement au clavecin (Rameau et Bach) et au pianoforte (Mozart). Voilà une excellente idée d’escapade musicale en Normandie, au cours d’un festival qui regorge, comme toujours, d’alléchantes propositions dans des répertoires variés, du baroque au contemporain. Mais Paris aura bientôt aussi l’occasion d’entendre Taylor (le 24 avril), en récital cette fois, dans un lieu proprement idéal pour le clavecin : l’intimiste théâtre du musée Grévin, où il signera un programme Bach, Rameau, Soler, Scarlatti et Sweelinck. Quant au disque, on brûle d’impatience d’entendre le Concerto n° 17 de Mozart que Taylor a enregistré il y a peu au pianoforte, accompagné par le Concert de la Loge de Julien Chauvin. Il sortira à la rentrée (sur le label Aparté), couplé avec la Symphonie « La Poule » de Haydn entre autres.

21e Festival de Pâques de Deauville, du 15 au 30 avril. Retrouvez toutes les informations sur http://musiqueadeauville.com Concert de Justin Taylor le 22 avril à 20 h. Résérvation : 02 31 14 40 00. Récital au Théâtre Grévin le 24 avril à 20 h 30. Résérvations : 01 48 24 16 97.