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Label indépendant : rencontre avec Her Majesty’s Ship

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En novembre, c’est Charlotte du label Her Majesty’s Ship qui répond à nos questions.

Comment est né le label ?

David, Charlotte et Bertrand (Dombrance)

 

Her Majesty’s Ship est né en 2012, j’ai créé la structure moins d’un mois après avoir quitté mon CDI (à La Lune Rousse, une agence de communication événementielle). À la base, il s’agissait de se structurer pour sortir le premier album de l’artiste David Shaw, que j’accompagnais depuis plus de deux ans. David est aussi mon associé. Tous les deux, on a très vite eu envie de signer d’autres projets, on n’aimait pas l’idée d’avoir un label mono artiste.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Au départ, c’était plutôt tourné vers les musiques électroniques voire club, mais on a vite évolué vers des choses plus pop, synth wave, et même un peu rock. Aujourd’hui le catalogue est vraiment très varié mais il y a toujours la touche HMS en fil rouge : de la musique faite avec des vieux synthés, à tendance dark / cold.

Quels sont les artistes principaux ?

En ce moment, je travaille sur deux artistes qui sont sur HMS depuis le début, à savoir David Shaw and The Beat (depuis 2012) et La Mverte (depuis 2013). On peut dire que ce sont les principaux. Après il y a aussi Yan Wagner et DBFC qui sont incontournables chez nous. Yan a sorti son 2e album en 2017, alors qu’on lorgnait dessus depuis des années ! Et DBFC c’est un autre projet de David Shaw, né de sa rencontre avec Dombrance. Les signatures sont toujours des histoires de rencontres, en tournée ou via des amis. C’est important pour nous d’avoir des atomes crochus avec les artistes, au delà de la musique.

Quelles sont les dernières sorties ?

En septembre, on a sorti « X Raisons » le deuxième EP de Rubin et le Paradoxe, un artiste de French pop qu’on adore. La semaine dernière, c’était au tour de La Mverte avec un nouvel EP intitulé « No Trespassers ». Et puis à la fin du mois, c’est le retour de David Shaw avec un nouveau single pop psyché « Please Please Please », on l’attend avec impatience ! 

Comment accompagnez vous vos artistes ?

Cela dépend vraiment de là où ils en sont et de leur entourage. S’ils n’ont pas de manager par exemple, je fais un peu tout avec eux, même si j’essaye au maximum de leur expliquer les choses pour qu’ils soient autonomes, qu’ils comprennent bien les tenants et les aboutissants du business. Comme je suis aussi éditrice et que les signatures sont quasiment toujours des premiers disques, il y a beaucoup de développement à faire. Je n’ai pas de recette, je pense que l’important c’est de bien comprendre où veut aller l’artiste et s’il ne le sait pas, de définir les choses avec lui. Mais en vrai on improvise beaucoup !

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Etat des lieux du marché de la musique indépendante

Personnellement je n’arrive pas à en vivre du tout. Les artistes sont intermittents pour la plupart et c’est vraiment un objectif pour moi que de parvenir à les stabiliser dans leur métier. En revanche de mon côté j’ai toujours travaillé ailleurs en parallèle, en free lance ou à temps partiel. J’essaie de trouver des missions qui soient en phase avec le label bien sûr. Ce n’est pas très confortable mais pour le moment ça fonctionne. Et puis le label se maintient grâce à différentes sources de revenus : ventes / streaming, synchro, Dj sets et les subventions aussi. On s’y est mis au bout de cinq ans d’activité !

Participez vous à des événements ?

Un peu oui, des salons professionnels comme le MaMA ou Reeperbahn, mais aussi le Disquaire Day, le Marché des Labels Indépendants… Ce n’est pas systématique mais c’est toujours bien de rencontrer les acteurs du marché, de prendre la température, surtout que tout change très vite dans l’industrie.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

J’adore aller à la Cigale, à la Maroquinerie pour les concerts. Mais ce que je préfère ce sont tout de même les petites jauges avec le bar au fond de la salle comme le Supersonic, le 1999. Ce sont des salles idéales pour découvrir de nouveaux artistes. En été, j’aime bien aller à la Station aussi.

Je n’ai pas spécialement d’événement en tête, j’étais très attachée à certaines soirées récurrentes quand j’ai commencé dans la musique mais elles n’existent plus ! C’était le mercredi sur la Péniche Concorde et le vendredi au Bataclan, mes amis fêtards s’en rappellent bien aussi.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Je trouve qu’on ne les connaît pas assez. Je suis toujours très heureuse de les rencontrer quand je fais les stands de disques, et ça permet de se rappeler les raisons pour lesquelles on s’est lancé finalement. Savoir qu’une personne que je ne connais pas personnellement achète ou écoute la musique de HMS, c’est génial.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant?

Mises à part les difficultés financières qui sont évidentes, le vrai problème aujourd’hui c’est qu’il y a de moins en moins de place pour la diffusion des esthétiques alternatives. Dans les médias, sur les plateformes, dans les salles de concert en dehors de Paris… partout. 

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Un label indépendant s’engage à avoir une démarche artistique forte et à faire des choix radicaux. A privilégier la créativité et la diversité !

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui, je pense qu’ils sont là pour dénicher les futurs grands artistes, pour prendre des risques avec eux. On n’a pas les moyens de suivre les tendances, ou d’arriver pour signer un artiste qui « buzz » alors il faut être plus malin et être en avance.

Quels conseils donneriez vous à un label en devenir ?

D’être endurant, organisé et surtout créatif. C’est un peu bateau dit comme ça mais c’est la base.

Quelles sont vos actualités ? (concerts, présence à des événements)

Le 27 novembre : Rubin et le Paradoxe sera en concert au Très Particulier, Paris

Le 29 novembre : sortie du nouveau single de David Shaw and The Beat « Please Please Please »

Le 13 décembre : La Mverte sera en concert à L’Autre Canal, Nancy

En janvier on prévoit aussi un EP de remixes de Rubin, avec notamment deux productrices de talent, Theodora et Calling Marian.