Label indépendant : rencontre avec Automatic Writing

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En juin, c’est Stéphane du label Automatic Writing qui répond à nos questions.

Rencontre avec Automatic Writing

Automatic Writing
© L’équipe (presque) au complet d’Automatic Writing

Comment est né le label ?

Nous sommes actifs sur la scène parisienne depuis près de 10 ans en tant que promoteurs et collectif de DJs. Puis les artistes résidents se sont mis à la production et ce qui n’était qu’un projet d’étudiants passionnés s’est professionnalisé en 2015 pour mener à la création d’Automatic Writing et la sortie de notre premier disque en 2016.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Le label met en avant les musiques électroniques, plus particulièrement la scène minimal house française, qui regorge de talents. Nos influences musicales sont très larges et vont de la musique noire américaine (Jazz, funk, soul, disco) aux musiques plus expérimentales comme la musique concrète, l’ambient ou le classique contemporain. Mais lorsque nous mixons, les principaux courants musicaux que vous pourrez entendre proviennent de la house de Chicago et la musique minimale allemande, qu’elle soit techno ou house.

Quels sont les artistes principaux ?

Les artistes principaux du label sont Gab Jr., Guillermo Jamas, Charonne, Sweely, Murphie Cooper, Jacan et Darween.  Seuil nous aide également beaucoup sur la partie mixage et a aussi contribué par deux fois à la discographie du label. 

Quelles sont les dernières sorties ?

Le dernier disque que nous avons sorti est Beauty Is Random du jeune producteur Sweely. Le prochain à paraître est le premier de notre résident Guillermo Jamas sur le label : Mazemerising EP, qui sera dans les bacs en septembre prochain.

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

L’objectif du label est d’offrir un accompagnement à 360° de nos artistes : production et promotion de leur musique, gestion de leurs bookings et également gestion de leurs droits d’auteurs via notre structure d’édition musicale : Rotary RM. Chaque disque que nous sortons est un vrai travail d’échange et de sélection entre les artistes et nos directeurs artistiques (Darween et Jacan) afin de sortir une œuvre qui colle avec la ligne musicale du label et l’univers du compositeur.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Il est très difficile aujourd’hui de vivre uniquement de l’activité purement phonographique d’un label bien évidemment. Développer une offre 360° pour un label indépendant est devenu indispensable. Aujourd’hui nos revenus proviennent en majeure partie de notre activité d’édition et de l’événementiel (organisation ou booking). 

Participez-vous à des événements ?

Nous sommes chaque année au MaMa pour rencontrer les professionnels du secteur et glaner de précieux conseils durant les conférences et masterclass organisées. Des rendez-vous comme l’Amsterdam Dance Event, le Sonar ou encore la Paris Electronic Week sont également incontournables dans notre calendrier.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Nous avons toujours eu un penchant pour les afters, c’est pour cette raison que le Breakfast Club lancé par nos amis de RA+RE et Playground est devenu une deuxième maison, en tant que clubbers et DJs. Concrete est bien évidemment un établissement que l’on a beaucoup fréquenté par la qualité de sa DA. Enfin les petites salles intimistes comme le Sacré permettent de se connecter d’une manière différente avec notre public.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Nous essayons au maximum d’engager notre audience, chose rendue possible par les réseaux sociaux évidemment, en proposant régulièrement des contenus exclusifs et de qualité via notre chaîne YouTube (live jams, podcasts, enregistrement et diffusion de quelques pépites de nos collections de disques). Les événements comme notre anniversaire ou nos tournées sont également l’occasion de connecter avec notre public et leur présenter notre vision de la musique et de la fête.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Comment rentrer dans ses frais lorsque l’on ne presse que quelques centaines de vinyles par sortie ? Comment exister au milieu de la forte concurrence et concentration de labels/événements à Paris ? Comment avoir un business model rentable lorsque l’on évolue sur une scène de niche comme la nôtre ? Et comment faire en sorte que la musique électronique soit diffusée sur les grands médias nationaux pour lui assurer de générer des droits suffisants pour permettre aux artistes de vivre de leur musique ? Ce sont toutes ces questions auxquelles nous essayons de répondre chaque jour au bureau !

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Un label indépendant se doit de défendre les jeunes artistes, de faire preuve d’une audacieuse sincérité et d’originalité dans sa proposition artistique. Dans le paysage musical actuel, ultra-aseptisé et orienté sur la rentabilité, les labels indépendants doivent être ceux qui prennent des risques et suivent leur vision, sans faire de compromis artistiques. 

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui je crois que les labels indés sont nécessairement prescripteurs car ils permettent de lancer de nouveaux artistes, d’expérimenter et de ne pas suivre les tendances mais plutôt de les créer ou d’aller à contre-courant. Ce sont les artisans de la musique, des incubateurs d’innovation musicale contrairement aux majors qui ne font que reprendre les recettes qui marchent

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

De ne pas sous-estimer la technique et son coût : produire de la musique demande des investissements (mixage, mastering, promotion, distribution…) et même si aujourd’hui on peut composer un album chez soi devant un ordinateur, le chemin est encore long pour transformer ces morceaux en produit fini ! Il est également essentiel d’avoir une vision artistique bien définie, rechercher un son particulier et identifiable qui sera la « patte » du label : quels artistes peuvent incarner ce son ? Est-ce que j’apporte réellement quelque chose de nouveau ? Y’a t-il un public et des revenus pour mon offre ? N’hésitez pas à contacter les patrons de label que vous admirez pour leur demander des conseils. L’expérience est clé dans ce secteur, et on apprend généralement le plus lorsque l’on se plante.

Quelles sont vos actualités ?

Notre anniversaire bien sûr le 21 juin prochain au Trabendo et nous sommes également en charge de la scénographie et de la programmation du 1e  soir de la main stage du festival Château Perché ! Côté sorties, nous lançons en juillet prochain le 1e EP de notre label digital signé par l’argentin Rindeau que nous avons rencontré lors de notre dernière tournée en Amérique du sud. Pour l’occasion l’ensemble de notre back catalogue qui n’était qu’exclusivement disponible en vinyle sera mis en vente. De nombreux fans n’ont pas les moyens de se payer un vinyle, notamment sur d’autres continents comme l’Amérique Latine ou l’Asie où les coûts des frais de port montent très vite. Nous souhaitons donc rendre notre musique disponible à ces personnes.  


Ne manquez aucun de nos bons plans et jeux-concours en vous inscrivant à notre newsletter !