Label indépendant : rencontre avec Baguette Publishing

On a rencontré les labels indépendants parisiens,  sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground ! En février, c’est Loren du label Baguette Publishing qui répond à nos questions.

 

Etienne, Loren et César de la maison d'édition Baguette Publishing
Etienne, Loren et César © DR

Comment est né le label Baguette Publishing ? 

César et moi avions travaillé ensemble sur des projets événementiels, et on a rencontré Etienne dans la foulée. On a des profils complémentaires et l’amitié de base qui permet de travailler et vivre ensemble. Donc quand César s’est mis en tête de lancer Baguette Publishing et qu’il nous a proposé, on a dit oui. D’ailleurs, nous ne sommes pas un label, mais bel et bien une maison d’édition.

Quels styles de musique promeut-il ?

On vient tous les trois de scènes différentes, même si on est réunis par l’amour de la (bonne) musique. On défend donc l’éclectisme, ce qui est aussi un plus dans notre métier, notamment quand il s’agit de répondre à des briefs. On a des projets très différents les uns des autres : poptronica, électro progressive, psych-pop ou encore du bon rock jouissif. Au final, on porte des artistes qu’on aime, tout simplement.

Quels sont les artistes principaux ?

WHY MUD et Santoré sont certainement les deux plus connus, mais on vient aussi de signer Paprika Kinski, qui a déjà une certaine notoriété. Après, tout est relatif, puisqu’on aime accompagner des projets (très) émergents. Quoiqu’il en soit, notre attention se porte en fonction de l’actualité, des sorties et des besoins de chacun, sans distinction de taille.

Quelles sont les dernières sorties de Baguette Publishing ?

Justement, l’an dernier on a par exemple sorti deux premiers EPs très pop : Jackie Moontan (en juin) et Charlotte Fever (en novembre). On est là pour les tous premiers pas, et c’est assez excitant ! On a aussi sorti le deuxième EP de NIGHT NIGHT beaucoup plus sombre, sans parler du premier single de Paprika Kinski, qui annonce son EP à venir en collaboration avec Timsters (à la réal).

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

L’édition est au cœur de notre stratégie, mais c’est un réel travail de fond. Pour réussir à placer de la musique à l’image, par exemple, il faut que le groupe ait déjà une certaine « légitimé ». On s’occupe donc aussi de la distribution digitale, promotion, dossiers de subvention… et récemment du booking avec l’arrivée d’une nouvelle personne. Nos artistes sont auto-produits, par choix, mais on donne évidemment toujours nos retours et on les conseille dans les choix artistiques, sans jamais les formater. Idem pour la communication visuelle : je surveille et j’accompagne les clips, photos… Tout en respectant chaque univers.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Pas encore ! Néanmoins, on a fait le choix de se mettre à temps plein sur Baguette Publishing pour y arriver le plus tôt possible. Pour l’instant, on réinvestit toutes les rentrées d’argent dans le développement des projets.

Participez-vous à des événements ?

En 2018, avec le soutien du Bureau Export, on a eu de la chance de pouvoir pas mal voyager et participer à de nombreux showcase festivals, parmi lesquels Reeperbahn, Indie Week NYC, COMA à Brasilia, SIM à São Paulo ou Waves Vienna. Quant à Paris, on peut nous croiser au MaMA et ce genre d’événements pro.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Je traîne beaucoup au Point Éphémère et surtout à La Station, Etienne est en deuil de l’Espace B et on croise pas mal César au New Morning. Quant aux événements, Comme Nous Brûlons, festival féministe incandescent, bien évidemment, dont je fais partie.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Bien sûr, on a un public qui nous suit en tant que Baguette, mais comme nous avons choisi de ne pas avoir de couleur musicale définie, ceux de nos artistes sont assez différents. Il peut y avoir un lien entre les auditeurs de WHY MUD et ceux de Paprika Kinski, par exemple, mais c’est plus difficile entre TWLVE et Jackie Moontan. Quoiqu’il en soit, les rapports sont très bons entre chaque artiste et son public. Je vois mal comment il pourrait en être autrement !

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Que chaque centime investit ne porte ses fruits que 6 mois, un an, voire plus après. Ce qui fait qu’on bute souvent sur « où trouver l’argent ». On a confiance en nos projets, et on sait qu’ils porteront leurs fruits, mais ce décalage fait qu’il faut toujours être malin sur la somme à investir, quand, et où.

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Une relation de confiance et de transparence avec ses artistes. Évidemment, si la gloire peut suivre, c’est mieux. Mais c’est avant tout un travail et un lien quotidien entre eux et nous, qui se doit d’être fait dans les meilleures conditions possibles. Dans un deuxième temps, on souhaiterait évidemment faire rayonner leur talent en France et à l’international, et challenger le monopole des majors pour faire une place à l’indé.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui. Je ne vais pas refaire tout le topo sur l’accroissement de l’accès à l’information, mais il y a une véritable prise de conscience du travail des indés par rapport aux majors. Je crois qu’on se doit de proposer des alternatives et faire vivre les « petits » artistes.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

Signer des coups de cœur ! C’est impossible de défendre bec et ongles un projet en lequel on ne croit qu’à moitié. C’est aussi un travail qui paye en diffusé : ce qu’on met en place aujourd’hui portera souvent ses fruits dans six mois ou un an. Donc ne pas baisser les bras. Et rencontrer tout le monde, ne pas hésiter à aller sur le terrain et parler aux gens.

Quelles sont vos actualités ?

Trois très beaux albums à venir pour WHY MUD, Santoré et Merryn Jeann, un EP pour Diederdas, un clip pour Jackie Moontan, un pour NIGHT NIGHT et un pour Charlotte Fever, quatre nouveaux singles pour Paprika Kinski… 2019 va être chargée.

Plus d’info sur Baguette Publishing sur leur site et sur Soundsgood !