Label indépendant : rencontre avec Entreprise

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En décembre, c’est Benoit du label Entreprise qui répond à nos questions.

Comment est né le label ?

Le label est né en 2012 de l’association entre moi (Benoit Tregouet) et Michel Nassif, de nos expériences de label et de management, et de la rencontre avec une scène plutôt rock et alternative qui chantait en français. Notamment avec le groupe La Femme ou encore Blind Digital Citizen.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Ça commence à être assez large. Dès le début, on avait envie de faire un label généraliste même si on a accompagné une scène allant de Moodoïd à Grand Blanc en passant par Bagarre ou Fishbach qu’on pourrait décrire comme rock ou pop alternatif. Après, on a aussi fait récemment Voyou, un peu plus chanson et électronique, David Sztanke qui est plus jazz et fait beaucoup de musiques de films, Sabrina & Samantha complètement éléctro, Mauvais Oeil qui chante en arabe et en français et Jäde entre rap et r’n’b.

Quels sont les artistes principaux ?

Ils le sont tous bien sûr mais certains ont sans doute plus vocation à rencontrer un public plus large. On peut citer Grand blanc, Voyou, Bagarre ou Fishbach qui ont tous beaucoup tourné et rencontrent un certain succès.

Quelles sont les dernières sorties ?

  • Pion – 22h22
  • Mauvais Oeil – Nuits de Velours
  • Bagarre – 2019-2019
  • David Sztanke – Air India
  • Jäde – Longtemps

Et un gros mélange d’albums, d’EPs, de singles… Bref, plein de formats différents !

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

On fait du développement avec pour ambition d’accompagner les artistes vers le public le plus large possible. On a une vocation qui est d’accompagner des artistes avec des personnalités originales, souvent des esthétiques alternatives, vers le grand public. Il y a la croyance que des miracles tels que Nirvana, le Wu Tang Clan ou les Daft Punk peuvent se reproduire avec nos artistes. Il y a beaucoup d’ambition…

On essaie de les accompagner sur ce chemin, par des conseils, des rencontres qu’on provoque, la mise à disposition de moyens de production et de promotion. Le label est aussi en deal avec Sony Music ce qui permet d’envisager l’exploitation commerciale, la promotion et le marketing avec de l’ambition.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Oui, on en vit. Nos revenus proviennent des ventes de musique (streaming + physique), des éditions (comme la plupart des labels indépendants, nous sommes éditeurs des artistes avec qui nous travaillons), des subventions, de notre activité de location de studio d’enregistrement. Un ensemble de revenus donc.

Participez-vous à des événements ?

Les artistes sans doute plus que nous mais on se déplace sur certains festivals dont Les Transmusicales / Bas en Trans à Rennes, le Printemps de Bourges, le MaMa à Paris et la plupart des gros festivals. Tous sont des occasions de rencontrer du monde, de faire de la promo.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

J’adore depuis longtemps la Maroquinerie. Sinon, dans le désordre : la Cigale, le Point FMR, la Boule Noire, le Pop Up du label, l’Olympia, Bercy (hahaha… mais oui j’aime bien Bercy, je suis pas sûr de savoir vraiment pourquoi).

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Il se fait essentiellement via les réseaux sociaux et notre shop en ligne. On a un petit public de fidèles et on les remercie. C’est super intéressant de suivre tout ça et de cultiver une relation avec eux.

C’est devenu un travail à part entière dans la vie du label. Avec la crise des médias, la disparition des fenêtres d’exposition et le formatage général de la musique, il est devenu obligatoire pour les artistes de nourrir cette relation avec le public via les réseaux sociaux notamment. Tout ça fait partie de l’évolution récente des métiers qu’on fait en tant que label.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Aujourd’hui, une de nos principales difficultés est de nous faire correctement rémunérer par le streaming. C’est une question centrale pour la diversité, afin que les labels indépendants, défendant des musiques autres que les plus mainstream écoutées par les adolescents, puissent continuer à produire la musique que les auditeurs plébiscitent.

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Je ne vais pas parler pour les autres, chacun fait comme il entend.

Pour Entreprise il s’agit d’amener des artistes et leur musique au contact avec le grand public. C’est la vocation du label depuis le début, celle qui nous passionne et nous motive tous les jours. Il y a une grande part d’idéalisme dans tout ça, c’est sans doute un point commun avec les autres labels indépendants.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui, très forte. On fait des choix, on parie sur des artistes parce qu’on estime qu’ils sont intéressants, qu’ils ont quelque chose à dire, à montrer, à faire écouter… qui rendra plus riches les personnes qui s’intéresseront à eux.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

Ça dépend… Il y a plein de (bonnes) façons de le faire. Ça va du hobby au projet de vie professionnelle. Mais pour les gens qui peuvent vouloir s’inspirer de ce qu’on fait chez Entreprise, je dirais qu’il faut s’intéresser à toutes les musiques, bien penser à son modèle économique et être attentif aux évolutions du marché.

Quelles sont vos actualités ?

Voyou est toujours en tournée dans toute la France et jouera à Paris à La Gaité Lyrique le 15 avril 2020. Mauvais Oeil est également en tournée suite à la sortie de leur premier EP, ils joueront à Paris en première partie d’Acid Arab à l’Élysée Montmartre le 31 janvier et le 7 mars dans le cadre du festival des Inrockuptibles. David Sztanke sera à Paris au Café de la Danse le 6 février.

Retrouvez la compilation Année 7 d’Entreprise : ici