Label indépendant : rencontre avec ERR REC

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En février, c’est Gilles & Bolanile Maté du label ERR REC qui répondent à nos questions.

Comment est né le label ?

ERR-REC
©Julita Przybyta

ERR REC est né de notre envie commune  de fabriquer de beaux et intrigants objets musicaux en série limitée et sur supports analogiques. Bolanile est une directrice artistique et designeuse tout terrain et Gilles est un musicien et technicien, prioritairement féru de musique électronique non formatée.

Et nous voici donc en 2020, avec 32 sorties physiques (cassettes et vinyles) au compteur et au final une empreinte écologique douteuse avec tous ces beaux albums et EP en plastic, oxyde de fer et polychlorure de vinyle ! Les éditions limitées et numérotées limitent néanmoins les dégâts…

Quels styles de musiques promeut-il ?

Des musiques électroniques fabriquées avec des synthétiseurs analogiques, qu’ils soient vintage, modernes, modulaires et qui sont le câble conducteur du label.

Le spectre est assez large, de projets très expérimentaux (Drone, Ambient, Electroacoustique) à des disques beaucoup plus « easy listening », de la synthpop, des compilations de vraie-fausse musique d’illustration.

Le magazine anglais Electronic Sound nous a mis dans la case « hantologique » selon le néologisme de Jacques Derrida : cela nous convient pas mal avec nos sorties volontairement intemporelles et parfois difficilement datables… On brouille les pistes entre passé, présent et futur avec une sorte de nostalgie ineffable !

Quelles sont les dernières sorties ?

Une cassette EP et Live du duo Le Goût Acide des Conservateurs, qui pratique une cold wave sous influence mancunienne presque totalement électronique et dont nous sortons le premier album en vinyle courant avril.

Le disque vinyle de Tiger Tigre (Vincent Taeger, ancien batteur du groupe Poni hoax) une formidable et folle bande son rétro-futuriste, très cinématique et arrangée aux petits oignons.

Au rayon bande magnétique également, mais prévu sur micro-sillon : Le volume deux des Casio Stories par Alexis Lumière, un  beau manifeste contre l’obsolescence programmée car entièrement réalisé avec des vieux synthés Casio, souvent mal aimés des snobs de la synthèse.

Comment accompagnez vous vos artistes ?

Avec nos moyens et notre aura modestes, nous nous efforçons de défendre leurs albums, de faire voyager les disques et cassettes via un réseau de distribution qui s’agrandit petit à petit, jusqu’au Japon et aux Etats-Unis. Nous aimons à documenter lorsque c’est possible la pratique artistique des artistes, en filmant et enregistrant des performances ou les processus de création, en essayant de ne jamais être feignants technologiquement et se démultiplier en attaché de presse, booker, organisateur de soirées

Arrivez-vous à vivre de votre activité ?

Cela n’est pas encore possible même si nous y consacrons beaucoup de temps et d’énergie. A notre échelle, nous prenons parfois beaucoup de risques sur certains pressages. Nous sommes encore des artisans très indépendants au sens propre et financier.

Mais la structure du label va évoluer prochainement, pour pouvoir y injecter quelques aides et devenir éditeur de certains projets. L’enjeu et l’urgence ne changeront pourtant pas, cela nous permettra juste d’être encore plus prolifique.

Participez-vous à des événements ?

Oui, les temps forts de la saison sont La Convention des Labels Indépendants au Point Éphémère, le Disquaire Day en avril et le Village Label du festival Villette Sonique en mai avec leurs scènes dédiées pour parler des plus gros, mais dès que l’on nous y invite, nous déplaçons notre petit stand, ce sont vraiment des moments privilégiés que l’on affectionne particulièrement

Quels sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Tous ceux cités précédemment comme La Villette Sonique, le festival Sonic Protest,

Le Beau Festival, Les Sonifères, Ideal Trouble et toutes les salles à petite jauge regroupées dans le collectif Arrière-Gardes. (Espace B, Zorba, Pointe Lafayette…), Les Instants Chavirés, Le Quai Bourbon, les plus grosses comme Le Point Éphémère et la Maroquinerie, la Boule Noire et nous aimons aussi Doc! dans le XIXème et l’incontournable La Station Gare des Mines/Collectif Mu, ils proposent tous et toutes une programmation éclectique, pointue, aventureuse et souvent internationale.

Quels sont vos rapports avec le public, les auditeurs ?

Excellents, les réseaux sociaux, notre site et bandcamp nous aident à échanger. Nous sommes toujours heureux de discuter avec des passionnés qui découvrent notre travail mais aussi avec d’autres labels.

Bien sûr, rien ne remplace un stand, des rencontres et des discussions inattendues. C’est ce que permet un label à taille humaine, il n’y a pas de filtre, d’écran, nous ne sommes pas aliénés ni déconnectés de la réalité.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Etat des lieux du marché de la musique indépendante

Aucune, si l’on fait abstraction de quelques difficultés matérielles et de celle d’intéresser la presse spécialisée à nos sorties.

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

S’attacher à être intègre, le plus authentique et sans compromis possible, créer des liens fraternels avec les artistes, sortir de splendides albums avec un contenu et une identité visuelle uniques, en espérant qu’ils feront à jamais partie de la bande son personnelle et collection de toutes celles et ceux qui les écouteront.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Peut-être quand ils deviennent vraiment très gros et un peu « culte » ? Mais cela reste limité, c’est plutôt certaines pages, émissions de radios, magazines, festivals, salles de concert et surtout les disquaires indés qui ont cette dimension.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

C’est-à-dire à beaucoup de nos petits camarades et nous-même ? De rester passionné et fidèle à sa vision, ses idéaux, ne pas se laisser déprimer par l’adversité ! Travail, bienveillance et entraide.

Quelles sont vos actualités ?

Nous préparons cette année plein de petits événements et concerts destinés à célébrer nos 5 ans. Ils seront annoncés sur nos pages Facebook, instagram et par quelques partenaires comme Le Bombardier, Trax et Section 26, mais abonnez-vous !

Parmi eux :

  • Sortie de la cassette The Casio Stories par Alexis Lumière le 13 Février (en exclu au Born Bad Recordshop)
  • Sortie du LP de Le Goût Acide Des Conservateurs en Avril
  • Convention des Labels Indépendants au Point Ephémère le 18 Avril
  • Sortie du LP ERR REC Library Vol.3 Wild Life – Vie Sauvage en Mai