Label indépendant : rencontre avec Fraca

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En octobre, c’est Katel du label Fraca !!! qui répond à nos questions.

Comment est né le label ?

C’est une rencontre entre trois femmes artistes, autrices-compositrices interprètes, Robi, Katel et Emilie Marsh. Nous faisions depuis un moment des réunions d’échanges d’idées, de moyens, des fêtes où nous invitions d’autres artistes musiciennes, chanteuses, dans une démarche d’autonomie et dans un positionnement très clairement féministe. 

Nous étions déjà à des endroits où les femmes sont sous-représentées (allez voir les chiffres sur le site du collectif HF Ile de France) : musiciennes de scène, réalisatrices d’albums, de clips, nous avons décidés d’être en plus l’un des seuls labels dirigés par des femmes. Le monde de la musique a encore beaucoup à faire de ce côté.

Nous voulions aussi vivre après avoir expérimenté plein d’autre approches, l’aventure de l’indépendance totale ! Et tout aussi naturellement nous avons eu envie de signer d’autres artistes et d’être un vrai label. Le glissement vers la prise en charge totale, la maîtrise et la liberté qui allaient avec se sont imposés tout naturellement dès lors que nous avons commencé la création de FRACA !!!

Quels styles de musiques promeut-il ?

Pour le moment on peut parler d’une musique exigeante et accessible en français, mais si nous avons monté ce label, c’est avant tout pour pouvoir avoir la liberté de signer toutes les musiques si nous sentons que nous pouvons leur apporter quelque chose. Au début de FRACA !!!, comme nous sommes trois artistes chantant en français, notre réseau était celui que nous avions construit en tant qu’artistes, donc proche de notre esthétique.

Mais après un an de label, de rencontres, d’ouverture vers d’autres labels, nous avons la conviction que nous pouvons demain apporter notre énergie et notre savoir-faire à tout artiste qui nous en donnera l’envie par sa singularité, quelle que soit son esthétique. Nous écoutons toutes les trois des choses très différentes et nous voulons que cette ouverture s’entende, et que le lien soit celui de l’ambition artistique.

Quels sont les artistes principaux ?

Nous sommes un jeune label et l’idée est que tous les artistes soient les artistes principaux au moment où ils ont besoin de nous !

Les artistes du label sont les trois fondatrices, Robi, Katel et Emilie Marsh, et nous avons deux signatures : Angèle Osinski et SuperBravo.

Quelles sont les dernières sorties ?

En un an d’existence, nous avons sorti le premier album d’Emilie Marsh qui porte son nom et celui d’Angèle Osinski, « À l’évidence ». Nous avons sorti des singles et des clips pour chacune, et déjà 2 singles du futur album de Robi.

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

Nous les accompagnons financièrement bien sûr pour produire les albums, les clips, la promo et le marketing digital qui est aujourd’hui un poste très important.

Mais aussi sur la direction artistique, en tant que réalisatrice d’albums pour ma part ( j’ai réalisé tous les albums du label à part celui de Robi sur lequel j’ai fait un seul titre), en tant que réalisatrice de clips pour Robi, qui a réalisé 8 clips pour les artistes du label.

Et bien sûr, nous cherchons à les mettre en avant, à les placer sur les événements importants comme le Marché des labels indépendants en show case, à trouver des idées pour les démarquer, trouver leur place. Nous avons aussi un studio d’enregistrement professionnel à leur disposition (Mutterville, le studio de Katel et de Tatiana Mladénovitch sur le Canal Saint Martin). Et nous sommes en lien au quotidien.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Absolument pas ! Nous nous payons en tant que réalisatrices d’albums ou de clips (mais peu), en tant qu’artistes sur nos répertoires respectifs, mais tout notre travail sur le label est absolument bénévole pour le moment.

Cela s’explique facilement : les subventions permettent d’aider la production des albums, mais la promo et le marketing, nécessaires, sont aussi coûteux que la production. Si les titres ne rentrent pas en playlist radio ou tv, ils ne rapportent aucuns droits voisins (l’équivalent pour les labels des droits d’auteurs pour les artistes pour faire simple).

L’activité de label est considérée comme une pure activité commerciale et ne bénéficie pas d’aide à la création « pure » comme d’autres formes d’art. Nous sommes donc soumis au seul résultat commercial, ce qui explique une partie du paysage musical français.

On espère donc beaucoup de ce « CNC » de la musique que sera le futur « CNM », Centre National de la Musique. Les labels indépendants et ceux qui veulent se battre pour la diversité culturelle ont intérêt à faire partie des réflexions de départ sur leur place et leur rôle, ainsi que sur d’autres sujets majeurs comme la parité dans les métiers de la musique. Nous sommes très actives politiquement sur ces sujets, en s’organisant avec d’autres labels comme Cry Baby ou le collectif FEMM.

Participez-vous à des événements ? 

Oui, c’est essentiel ! Le Marché des Indépendants, le Mama, les festivals où tous les professionnels de la musique sont présents comme Le Printemps de Bourges ou Les Francofolies de La Rochelle. Mais nous créons aussi des évènements qui rassemblent, réunissent artistes et collectifs, comme dans nos Nuits FRACA !!!. La dernière a rassemblé dans la soirée près de 1500 personnes au Rosa Bonheur, avec des DJ sets d’artistes comme Jeanne Added, Sandra Nkaké, Valli, Léonie Pernet, Clara Ysé, Jeanne Cherhal, des labels comme Cry Baby ou Tomboy LAb et des collectifs comme Barbieturix, HF Ile de France. Nous tenons à cet activisme et à cette joie partagée.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Tout dépend de qui joue dedans !

Il manque toujours à Paris des petites jauges de 150 places, bien équipées et accessibles.

Nous avons aussi de plus en plus un problème de son, avec la multiplication des limiteurs qui sont une vraie offense à l’idée même de musique !

Mais il y a aussi évidemment plein de belles salles et des festivals qui se démarquent par des programmations plus audacieuses.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Nous sommes très accessibles du fait de cette présence sur les évènements, sur les concerts de nos artistes, dans les Nuits FRACA !!!

Nous tenons à cette proximité et encore une fois à la possibilité d’échanger simplement.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Les difficultés économiques mises à part, le plus difficile est de trouver sa place dans ce grand monde des labels. De pouvoir faire entendre la voix des labels indépendants et de se rassembler. Mais beaucoup de choses bougent vite en ce moment.

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

La diversité, l’indépendance, et une certaine folie qui pousse à continuer !

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui bien sûr, beaucoup d’artistes importants viennent de petits labels, et nous croyons que beaucoup d’idées nouvelles naissent du fait de devoir inventer de nouvelles façons de faire qui sont ensuite reprises par les plus gros.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

De ne jamais faire cavalier seul et de partager avec les autres labels de sa taille. Nous sommes plus forts en nous unissant.

Quelles sont vos actualités ? 

Le prochain album de Robi, « Traverse », sort le 18 octobre ; son prochain single, « Des sentiments », le 22 novembre. Le premier single de SuperBravo, « Il n’y a plus foule », le 15 novembre, et leur album le 31 janvier.

ROBI sera en tournée à partir de janvier et en concert au Café de La Danse le 10 Mars 2020.

SUPERBRAVO sera en tournée à partir de janvier et en concert au Café de La Danse le 11 Mars 2020.

EMILIE MARSH est en tournée dans toute la France en ce moment.

ANGÈLE OSINSKI sera en première partie de Bertrand Belin au FILE 7 (Magny-le-Hongre) le samedi 23 novembre.

KATEL prépare son prochain album.

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