Label indépendant : rencontre avec Géographie

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En janvier, c’est Nicolas et Rémi du label Géographie qui répondent à nos questions.

Comment est né le label ? 

 R. Si mes souvenirs sont bons, on a évoqué l’idée du label lors d’une longue, très longue, discussion après un concert au point FMR fin 2017. Il n’y pas d’anecdote extraordinaire, ni d’ambition pyramidale derrière tout ça mais juste l’envie de défendre au mieux des groupes que l’on aime. Pour Nico, c’est sa première expérience de label alors que pour moi, c’est mon quotidien depuis plus de 10 ans.

N. De mon côté, c’est vrai que ça me trottait dans la tête depuis un petit moment. Je fais du management depuis 2015 et c’est vrai que de travailler avec des groupes qu’on affectionne donne, d’une certaine manière, l’envie d’en sortir les disques. Je pense que c’était la suite logique pour moi. L’opportunité de travailler avec Rémi, qui a une réelle expérience là-dedans, m’a conforté dans l’idée que c’était peut-être le bon moment.

Quels styles de musiques promeut-il ?

R. On ne s’est pas imposé de ligne « dictatrice », ni d’obligations. Les disques qu’on a envie de défendre, c’est simplement ceux qu’on a envie d’écouter… et en boucle. On pense avant tout comme des auditeurs.  

On a une vraie affection pour les musiques à guitares mais on va rien se refuser si l’envie est là. La liberté dans ce genre de projet c’est primordial, voir vital.

N. L’important c’est que nous soyons tous les deux d’accord sur une potentielle sortie et quel qu’en soit le style.

Quels sont les artistes principaux ?

Marble Arch, Marble Arch et… Marble Arch !

Quelles sont les dernières sorties ? 

 L’album « Children of the Slump » des parisiens de… Marble Arch qui est à la fois – pour le moment – notre première et dernière sortie. Neuf titres de pop nostalgique entre The Radio Dept. et Deerhunter.

N. Sans vouloir rentrer dans le teasing, il va y’avoir du nouveau, et je dirais même des nouvelles sorties cette année.

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

R.  On essaie d’être disponible dès que c’est nécessaire, dès qu’il y a une question, un besoin. Bien sûr, nous n’avons pas toujours les réponses ou solutions mais notre rôle c’est aussi d’arriver à ce que l’artiste soit bien entouré (tourneur, éditeur…). Cela va également dépendre des artistes. Par exemple, pour Marble Arch, on s’est beaucoup investi dans la réalisation de la pochette. Ca ne veut pas dire que ce sera systématique par la suite, il n’y a pas de règle.

N. Oui, je rejoins Rémi là-dessus, l’idée générale c’est d’avoir une certaine proximité avec les artistes du label. Créer une petite famille en quelque sorte et surtout, répondre aux différents besoins de chaque artiste du mieux possible.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

N. En vivre, je pense qu’il est vraiment trop tôt pour aborder ce sujet de notre côté. On a chacun des activités à côté qui représentent nos vrais revenus. Je fais par exemple la programmation concerts à Point Éphémère.

R. Du tout et ce n’est pas un life goal. Comme l’a dit Nico, on a tous les deux nos activités à côté. Géographie c’est du travail de passionnés, pas de salariés.

Participez-vous à des événements ?

R. On a fait le « Moi(s) Sans Tabac » mais sans grand succès malheureusement. Dans le genre presque aussi addictif, on a participé à la convention des labels indépendants au point FMR et au village label de la Villette Sonique.


N. On sera à la fin du mois au Festival MOFO, Marble Arch y joue. On passera également à l’anniversaire du Supersonic qui inaugurera à cette occasion son disquaire Supersonic Records.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

R. Hum… c’est vraiment une question difficile. Il y a beaucoup de lieux très chouettes et variés à Paris… c’est presque plus facile de te donner l’adresse de notre pizzeria préférée haha !

Au niveau des événements, la « Paris Sausage walk » (la marche des teckels) à laquelle je n’ai pas pu encore participer… Sinon plus sérieusement, le Festival MOFO qui, malgré les difficultés rencontrées par Mains d’Oeuvres, revient en mode hors les murs fin janvier pour sa 16e édition. C’est un bel exemple d’envie, de curiosité et de résistance.

N. Moi j’aime beaucoup Le Beau Festival, une programmation toujours impeccable.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

R. Timides encore ! Le label est tout jeune, l’histoire ne fait que commencer. Développer des liens, une relation de confiance avec un public/ des auditeurs ça prend du temps mais on a eu des chouettes retours sur l’album de Marble Arch et plus globalement sur Géographie. 

N. On exerce une activité qui est très dé-matérialisée, le contact humain est différent de celui que tu peux avoir avec ton disquaire par exemple. Créer un lien avec son ‘public’ pour un label ça commence par des petites choses importantes : être réactif lors des commandes, soigner ses envois de disques…

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Etat des lieux du marché de la musique indépendante

R. Vendre des disques physiques dans une époque 2.0, promouvoir des artistes dit de niches, faire partie d’un système qui n’a parfois pas pas les mêmes aspirations que les tiennes… La liste pourrait être longue !

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

R.Il n’y a pas vraiment de cahier des charges… et heureusement. J’ai toujours eu du mal avec ce terme d’indépendant… y a des labels indé qui fonctionnent comme des associations, d’autres qui emploient des centaines de salariés. Mais peu importe la case que tu choisis de cocher (indé, DIY, micro label), l’important, pour moi, c’est de le faire avec passion et sincérité.

N. Entièrement d’accord avec Rémi, je pense qu’on se trompe de débat en parlant d’engagements, l’important c’est la manière de le faire.

Ont-ils une dimension prescriptrice ? 

N. Pour ma part je pense que d’une certaine manière c’est les auditeurs qui fixent les règles du jeu et définissent qui est prescripteur ou ne l’est pas. En suivant de près l’actualité d’un label ou non.

Quels conseils donneriez vous à un label en devenir ?

R. Amour et discipline !

N. Enthousiasme et portefeuille. Plus sérieusement, l’important c’est vraiment de se faire plaisir et d’aller là où on a envie d’aller, signer les artistes et sortir les disques qu’on aime.

Quelles sont vos actualités ? 

R. On a un nouvel EP de Marble Arch qui devrait sortir en mars, juste avant leur départ pour les US.  On commence également à travailler sur d’autres projets pour 2020. On aimerait t’en dire plus tout de suite mais il est encore un peu tôt pour en parler.

N. Ça arrive… patience !