Label indépendant : rencontre avec Jeune à Jamais

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En juillet, c’est Anaïs du label Jeune à Jamais qui répond à nos questions.

Rencontre avec Jeune à Jamais

©Anaïs Lawson, Directrice Artistique Jeune à Jamais

Comment est né le label ?

Jeune à Jamais est né en novembre 2017 après plusieurs mois de réflexions et de discussions avec les directeurs de la maison d’édition et le label Alter K, et moi. J’avais rencontré Guillaume, Olivier et Gilles lors de la signature de l’artiste Jorrdee (que je manageais à l’époque) en édition chez eux et le feeling était tout de suite passé. Je connaissais déjà leur catalogue pointu et je trouvais ça génial qu’ils s’intéressent à un artiste aussi original que Jorrdee. Ça faisait un petit moment que je faisais du talent scouting à côté de mon boulot de chargée de communication chez un des principaux tourneurs rap, j’étais toujours à la recherche des rappeurs les plus spé de l’hexagone.

Finalement avec Jorrdee on avait monté un label « Hôtel Dieu », avec lequel on a sorti deux beaux projets à lui. Je me suis prise au jeu. Quand Alter K m’a proposé de m’aider et de monter un label et une maison d’édition avec eux, pour signer les artistes que j’avais repérés, ça m’a tout de suite emballé. L’équipe est super et on partage les mêmes valeurs, c’était hyper évident. 

Quels styles de musiques promeut-il ?

Principalement du rap. L’idée est de mettre en avant des artistes complets avec « un bout d’âme en plus », un truc qui sort de l’ordinaire et qui touche en plein cœur, que ce soit dans les sonorités, l’écriture, les influences… On signe des artistes avec un univers déjà fortement développé, autant au niveau de leur musique que de l’esthétique, les clips, les visuels, et qui en veulent en live aussi ! 

On aime les artistes qui ne tiennent pas dans une seule case, qui puisent dans pleins de styles musicaux différents pour se les réapproprier dans le rap. On peut dire qu’on n’a pas peur de se tourner vers l’expérimental et on aimerait pousser nos collaborations à l’international.  

Quels sont les artistes principaux ?

Avec la partie label et éditions de Jeune à Jamais on travaille actuellement avec une dizaine d’artistes. C’est assez difficile de définir les artistes principaux du label, car s’ils ont rejoint notre structure c’est qu’on croit en eux à 100%. On a un esprit vraiment familial et tous nos artistes sont une priorité. Je ne peux pas tous les présenter, mais il y a par exemple Andy Luidje, Jo le Phéno, Zuukou Mayzie, Pehoz, Jorrdee

En ce moment on travaille énormément sur Wit. C’est un rappeur originaire de Montpellier qui est compositeur, auteur et interprète. Il propose des morceaux impulsifs, dans un univers futuriste avec une plume tantôt douce tantôt acerbe et des mélodies et gimmicks blindés d’effets qu’il expérimente, une vraie folie. Il suffit de regarder un de ses clips pour entrer dans son univers captivant ! 

On travaille beaucoup aussi avec le producteur Nodey actuellement, avec qui on relève le défi du développement à l’international. C’est un Parisien d’origine vietnamienne qui a fait ses armes dans le rap (Youssoupha, Scred Connexion, Flynt) et a doucement dérivé vers une musique électronique aux sonorités hip hop et houseIl a eu la chance de travailler dans le monde entier et on a produit avec lui un documentaire sur ses expérimentations musicales et la production de son premier album à Paris, Shanghai et Ho Chi Minh Ville. Dernièrement on a sorti son second clip pour le single « Krishna -{•:-o » en première avec le magazine anglais COMPLEX, une vraie victoire ! 

Il y a aussi Marty de Lutèce, un rappeur lyonnais qui évolue depuis plusieurs années dans la scène cloud rap. On a sorti ses deux derniers projets « Violence Partout » et « Noob » et on vient tout juste de dévoiler un single qui annonce la suite, « Beretta ». 

Marty de Lutèce quant à lui, son truc, c’est les mélodies, les envolées et les productions brumeuses sur lesquelles il pose quelques notes de guitares. C’est très pop et poétique au final.  

Quelles sont les dernières sorties ?

On a sorti mi-juillet l’EP surprise de Wit. nommé « Sirius », et dernièrement, deux merveilleux singles de Marty de Lutèce et de Nodey. Avec Andy Luidje on a sorti un mini EP « Le temps d’un trajet » en attendant de sortir son nouveau gros projet. Pehoz a dévoilé son EP le plus abouti « Cosmotion » et on fête son million de streams, deux mois après cette sortie ! 

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

Selon l’artiste et ses projets, on intervient à différents stades. Mais l’idée est de les accompagner et de répondre à quasiment tous leurs besoins : de l’enregistrement en studio, de la réflexion autour des visuels en passant par la production des clips, la promotion auprès des médias et du public, de la stratégie sur les réseaux sociaux et sur le marketing, mais aussi au booking de quelques scènes essentielles. On propose aussi de les représenter en tant qu’éditeur, la spécialité de la maison Alter K avec la synchronisation musicale. Dernièrement le morceau  » Piranhas  » de Marty de Lutece rejoint la bande originale du film « Roubaix, une lumière » d’Arnaud Desplechin en compétition officielle du Festival de Cannes. Tout le monde était super content ! 

On fait aussi le lien entre eux et les prestataires extérieurs, attaché de presse, tourneur… On crée un environnement pertinent d’acteurs motivés autour d’eux.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Pour l’instant le label ne tient pas avec ses fonds propres, on espère atteindre cela pour sa 3ème année d’existence ! Heureusement Alter K est là avec ses 12 ans d’existence et sa propre structure de distribution numérique. Ça nous permet d’avancer sereinement et de pérenniser assez vite notre activité. La source principale de nos revenus c’est le streaming, progressivement la fan base de du label et de nos artistes augmente et nos revenus aussi. Au final avoir un abonnement payant sur une plateforme de streaming, c’est un bon moyen de rémunérer les artistes indépendants qu’on aime ! On compte aussi beaucoup sur les subventions des entités telles que le FCM ou la SPPF qui nous sont d’une grande aide. Il y a aussi les revenus liés aux éditions, avec la Sacem et la synchronisation musicale qui tendent à se développer. 

Participez-vous à des événements ? 

Dernièrement nous avons eu la chance de présenter une carte blanche Jeune à Jamais, sur la scène extérieure du Musée du Quai Branly, dans le cadre du festival Hip Hop Collection, c’était vraiment chouette de voir quatre des artistes avec qui nous travaillons mettre le feu sur la même scène.

On a aussi organisé en février dernier une énorme release party au 1999, en rassemblant les artistes qui venaient de sortir un projet sur la même soirée, c’était complet, on a vraiment hâte de recommencer. 

Sinon on est présents sur les événements pros, en conférence ou sur les writing camp côté éditions. 

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

J’ai passé des moments merveilleux à la Maroquinerie, c’est un lieu clef du développement de carrière selon moi. La Station propose aussi une programmation hyper éclectique et libre, c’est un endroit idéal pour découvrir des choses et danser toute la nuit. J’aime beaucoup le festival We Love Green, la programmation est toujours hyper actuelle et la scène Think Tank est assez visionnaire sur les artistes émergents. 

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

La communauté s’agrandit de jour en jour ! Ça nous fait très plaisir de recevoir des petits messages sur nos réseaux sociaux pour nous encourager. En développant un catalogue avec une ligne éditoriale forte nous espérons fédérer un public qui s’intéresse à toutes nos sorties et pas seulement à un artiste.

On a une émission radio sur la web radio Rinse France qu’on peut retrouver tous les 3ème lundis du mois à 19H, c’est filmé la plupart du temps et diffusé en direct, on y invite nos artistes ou nos coups de coeur, pour des mixs et des interviews, ça nous aide à renforcer nos liens avec les auditeurs. 

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Le rap français est actuellement extrêmement concurrentiel, il y a beaucoup d’argent et depuis peu les majors qui ne s’y intéressaient pas avant signent beaucoup d’artistes et sortant le carnet de chèque pour faire de la part de marché.  C’est parfois difficile de pouvoir proposer des montants aussi élevés que les leurs dans nos contrats, ou en terme de marketing. Mais ça nous permet de travailler seulement avec des artistes qui partagent notre vision des choses

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Faire passer la musique avant tout !  Respecter le choix des artistes pour respecter le public qui les écoute.  On a créé le label pour défendre un catalogue dont on est fiers à 100%. On fixe des objectifs avec les artistes et on respecte nos engagements. Il n’y a rien qui remplace la sincérité pour avoir un public fidèle. 

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

On espère ! Notre envie c’est d’être le reflet d’une génération, d’être tourné vers l’avenir. On aime les associations d’influences musicales, on aime les nouvelles pratique de créations. Nodey a réalisé son dernier single en récupérant un enregistrement d’un chanteur Indien enregistré sur Iphone… Wit ajoute des incrustations 3D à quasiment tous ses clips et a passé un temps fou à configurer son processeur vocal pour ses lives et Zuukou Mayzie mélange rap et eurodance  dans ses morceaux. C’est cette envie de créer qui nous passionne. 

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

De se lancer, de ne pas avoir peur de l’échec, ça fait partie intégrante de la réussite. D’être sincère dans ses propositions, de suivre son instinct et d’imposer ses propres règles.

Bien sûr, il faut aussi bien se renseigner et bien s’entourer ! On a de la chance en France il y a beaucoup d’organismes ou de dispositifs pour ça, on peut obtenir du soutien si on est bien organisé

Je pense notamment aux filles qui souhaitent monter leurs propres labels et qui font encore face aux préjugés sur les métiers de DA ou chef de projet. Il a le réseau shesaid.so qui apporte de belles rencontres et le dispositif M E W E M (Mentoring Program for Women Entrepreneurs in Music Industry) de La FELIN

Quelles sont vos actualités ?

Retrouvez-nous sur la web radio Rinse France le 19 Août avec les rappeurs Ucyll & Ryo dès 19h. Je serai en conférence le vendredi 13 septembre à FGO Barbara dans le cadre d’une conférence sur l’accompagnement des artistes émergents dans le rap, organisé par le MAP (réseau des Musiques actuelles de Paris). 

On développe aussi un programme musical TV et Digital avec le média OKLM nommé « Debout La Nuit », les épisodes vont reprendre dès la rentrée !

Retrouvez Jeune à Jamais sur Instagram et Facebook.


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