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Label indépendant : rencontre avec Johnkôôl Records

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En mai, c’est Quentin et Colin du label Johnkôôl Records qui répondent à nos questions.

Rencontre avec Johnkôôl Records

johnkool records
 ©David Ausserhofer – Quentin et Colin

Comment est né le label ?

Colin : C’est parti d’une idée de Quentin après son retour de Bruxelles et mon retour de Berlin. Cela fait plus de 10 ans que l’on se connait et la création du label est arrivée un peu comme une évidence. On s’est retrouvés pour enregistrer une mixtape le dimanche 8 mars 2015, Journée internationale des droits des Femmes, et on a fini cette journée en décidant de monter un label ensemble. L’alliance de Dj Kôôl et Colin Johnco sera donc Johnkôôl Records.  

Quentin : On s’est dit que depuis le temps qu’on traînait dans des caves à Paris, à écouter des musiques merveilleuses mais un peu difficiles d’accès, il était temps de prendre notre place là dedans. On voulait aider nos amis musiciens à sortir leur musique en bonne et due forme, jouer le jeu de la SACEM, tout ça… En tant que DJ, je prends un grand plaisir à redécouvrir des disques oubliés. Je me dis qu’on fait ce qu’on peut, mais que quoi qu’il arrive, la musique qu’on produit est là, quelque part dans le grand océan de la musique, prête à être écoutée, maintenant ou dans 100 ans.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Colin : Nous sommes tous deux producteurs de musique électronique. Du coup cette musique est largement représentée dans notre catalogue : EDM, Acid, Techno, Ambient, SynthPop, Drone, Post Rock… Mais pas que ! À travers nos pratiques de DJs, on est toujours à la recherche de nouvelles sonorités avec un attrait tout particulier pour les musiques d’avant-garde aux tendances psychédéliques, mystérieuses, épiques et magiques. On essaie de ne pas trop catégoriser nos émotions et de les laisser s’exprimer dans leurs complexités. On cherche à promouvoir les musiques qui nous plaisent sans trop se soucier d’un court terme.

Quentin : C’est un projet passionnel ce label, on n’est pas là pour cartonner, on n’a pas de « stratégie » pour que ça marche, et on est spécialisés dans rien. On essaie juste de faire en sorte que les projets musicaux qu’on aime aient la chance d’être écoutés.

Quels sont les artistes principaux ?

Colin : Tous ! De Losange à Salopecia en passant par Botine, James Darle, Damon Eliza Palermo, Never Use After Midnight, Dem Leedz, Dr(Dr)One, Quentin Kôôl, Moi…  Sans compter celles et ceux qui arrivent !

Quentin : Que des noms de super-héros, qui peuvent parler à certains mais pas tout le monde, pas encore !

Quelles sont les dernières sorties ?

Colin : On vient de sortir le 1er EP de Botine « Acid Sensible EP ». Quatre tracks originaux accompagnés d’un remix d’Apollo NoirLe nouvel album de Losange « Soul Chopper » sortira le 21 juin 2019. Voici le 1er single « Power Of Pop » :

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

Colin : La dimension humaine dans le label est très importante pour nous. On passe un maximum de temps ensemble pour affiner les projets. Que ce soit en studio, à la maison ou sur scène. J’ai un home studio à Marx Dormoy où sont mixés certains des projets. Quentin est installé à la campagne et ce sont autant d’occasions de s’immerger dans les univers de nos artistes.

Quentin : J’essaie de construire un espace loin de Paris, dans lequel est entreposé le Sound Sytem du Collectif_sin~, plus connu sous le nom de BB~. Il procure une écoute très particulière, assez précise, et fine, et en même temps très puissante si on monte le volume. On peut vraiment avoir des conditions de live pour mixer la musique. Et c’est une bonne chose pour les artistes qui développent une musique vouée à faire danser les gens dans des clubs par exemple. Je compte beaucoup sur cet endroit loin de la ville pour développer la musique qui sortira sur le label.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Quentin : C’est intéressant de parler de ça. Pour le moment, pas du tout. Notre activité n’a pas la forme de quelque chose qui puisse nous faire vivre, ou alors nous devrions modifier nos plans, et arrêter de sortir de la musique qui n’est pas faite pour être « commerciale ». On n’est jamais à l’abri qu’un projet décolle et ramène de l’argent, à l’artiste et au label. Si ça arrive, tant mieux. Je suis charpentier à coté , et c’est pour moi un choix important, une manière de protéger le label du besoin de me nourrir.

On ne parle pas souvent d’argent, c’est marrant parce que moi je suis hyper curieux de savoir comment font les autres. Je ne sais pas, je me dis qu’il doit y avoir comme un masque pour faire croire que tout roule à fond, alors que personne n’a d’argent en fait.

Colin : Le label est une association à but non lucratif. C’est plutôt parlant en soi.

Participez-vous à des événements ?

Colin : Nous sommes présents sur de nombreux événements comme la Villette Sonique, et dans différents lieux comme la Station – Gare des Mines, le Batofar, le Pop-up du Label, la Machine, le Point FMR, l’International, le Serpent à Plumes…

Quentin : Et l’Olympic Café aussi ! Il y a eu un créneau pendant lequel tout le monde se foutait du volume sonore là-bas, avec les copains de Promesses on y a organisé un paquet de soirées mémorables. Il se passait un truc vrai sur le dancefloor, c’était tellement bien. On organise pas mal de fêtes en fait, en tant que label, pour permettre aux artistes de jouer.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Quentin : Concernant les soirées que je préfère à Paris, pour moi c’est les Dub Station au Trabendo. Le seul endroit où le volume sonore me plait vraiment. Sinon j’ai un peu déserté les soirées, à force d’en organiser…

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Quentin : Tout se passe entre internet et les soirées en fait. Et les émissions de radio aussi. On adore aller mixer chez JC, Hotel Radio Paris, c’est toujours fun. Sinon on reçoit des commandes de nos disques depuis l’Angleterre, d’Australie, des US. Cela me fait rêver. Que la musique de nos artistes percent le cercle des gens que l’on connait déjà.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Quentin et Colin : Une position humaine très délicate, entre les artistes, leurs volontés et fantasmes, et la réalité du jeu qu’on a décidé de jouer, qui comprend des partenaires sérieux, comme notre éditeur, notre distributeur digital, notre distributeur physique. Tous ces gens ont des agendas, des créneaux de sorties, une vision pragmatique et réaliste du marché de la musique. A contrario les artistes non, et c’est très dur à concilier. C’est notre travail.

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Colin : À la vie, à la mort. Plus sérieusement, notre engagement est de sortir des disques dont on est fiers.

Quentin : Je sais pas trop comment définir un engagement. Je ne vois pas la structure du label indé comme un truc sacré. Je ne crois pas qu’il y ait un testament à écrire avec des lois sur comment se conduire en tant que label. Il y a des labels indépendants qui sortent de la musique rien que pour faire du fric et ça marche, et je trouve ça super cool ! Il y a des motivations super différentes à créer et sortir de la musique, selon les gens et les époques.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Quentin : Justement, on ne prescrit rien. On a nos méthodes, d’autres font autrement, c’est cette diversité qui est importante. Il faut que « pourquoi faire de la musique » reste une question aux réponses infinies.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

Quentin : D’être clair sur ce qu’on attend d’un label en se lançant dedans. Pour ne pas se perdre dans les objectifs.  

Colin : Fédérer et faire tourner les tracks
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contact@johnkoolrecords.com

Quelles sont vos actualités ?

Quentin : Losange sera en concert au festival le Bon Air dans ce super lieu qu’est La Friche la Belle De Mai à Marseille, le 26, avec un projet live très particulier, voué à n’être joué qu’en live, sur mesure. Il viendra ensuite célébrer la sortie prochaine de son disque à Paris pour sa Release party le 12 Juin au Pop Up Du Label. On sera aussi à la Villette Sonique pour vendre nos disques sur le Village label à coté des Casual Gabberz le 8 et 9 Juin. Passez nous voir !


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