Label indépendant : rencontre avec Midnight Special Records

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En mars, c’est Victor du label Midnight Special Records qui répond à nos questions.

Comment est né le label ?

Le label est né en 2011 dans un appartement à côté de la place d’Aligre. Marius (co-fondateur) enregistrait les groupes et je faisais la production, la DA et la cuisine.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Uh, nous ne sommes pas trop chapelle ! Je ne sais pas, il y a un peu de pop, de psyché, d’indie. Cette année nous sortons un disque en espagnol (Nombrar las cosas de Michelle Blades), un autre en portugais, un autre en obscurien (langue imaginaire du Groupe Obscur) et un autre en français qui mélange bossa, french pop et salsa (Tropi-Cléa 2 de Cléa Vincent)

Quels sont les artistes principaux ?

Le trio Cléa Vincent, Michelle Blades et Laure Briard et les nouveaux du Groupe Obscur.

Quelles sont les dernières sorties ?

L’année dernière nous avons sorti trois grands albums : « VISITOR » de Michelle Blades, « Un peu plus d’amour s’il vous plait » de Laure Briard et « Nuits sans sommeil » de Cléa Vincent. On a déjà commencé à annoncer la suite avec le titre Pondecen II du Groupe Obscur.

Comment accompagnez-vous vos artistes ?

Au quotidien presque ! Au début nous n’avions aucun contact dans le milieu « pro », alors en plus des enregistrements, de la production et de la communication que nous faisons toujours, nous organisions les tournées, contactions les journalistes…

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Enfin, oui ! Le streaming devient l’une des sources de revenus principales, auquel s’ajoute un peu de physique, de synchronisation dans des séries, les concerts privés et les subventions.

Participez-vous à des événements ?

Les Villette Sonique ont toujours été un super rendez-vous, le Disquaire Day aussi. Ce sont des moments où l’on peut rencontrer les fans et discuter avec eux. Ce sont aussi des journées où l’on est entouré des confrères et consœurs, et on a le temps d’échanger sur l’actualité du secteur et leurs nouveaux projets. De temps en temps, l’un de nous se déplace au Printemps de Bourges, Transmusicales ou MaMA.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Nous sommes assez souvent en studio, ou dans des petits lieux pour les concerts : il n’y a pas vraiment de gros fêtard dans l’équipe. Les miennes sont Le Pop up du Label pour sa programmation et son festival Pete the Monkey, mais aussi car, avant de s’appeler le Pop Up, cela s’appelait les Combustibles et nous avions organisé un festival avec Cléa Vincent et d’autres artistes géniaux là-bas, en 2011. La Femme aussi avait fait ses premiers concerts dans ce lieu.
Le Sunside qui me rappelle qu’à Paris il y a 10 ans, il y avait des petits lieux partout pour écouter sans pression du blues, du jazz, de la salsa et souvent des groupes de très bonne qualité. Et le Point Éphémère qui est l’une des plus grosses salles où j’aime aller.

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Quand Cléa Vincent a sorti son premier album, on disait qu’elle avait rencontré chacun de ses fans Facebook dans la réalité, lors de ses concerts pendant ses tournées. C’est presque vrai. Avant d’avoir des tourneurs, nous organisions nous-mêmes nos tournées pour Michelle Blades, Laure Briard aussi, grâce à l’énergie et la générosité d’ami.e.s dans différentes villes sur plusieurs continents. 
Même si c’est moins le cas aujourd’hui, je pense que c’est quelque chose de très particulier à vivre et qui nous lie au public. 

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant ?

Nous n’avons pas le droit à l’erreur,  nous sortons des disques au même moment que 5 à 6 autres sorties par des majors. Dans ces 5-6 un seul « fonctionnera », leur modèle économique le permet. Nous, nous ne pouvons nous permettre cela. 

Justement, quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

L’exigence dans la production, la DA, les mixs et le choix des artistes. De moins en moins de labels ont des studios, produisent les disques. C’est effectivement long, compliqué et les moyens de production sont maintenant presque dans toutes les mains (ProTools et les distributeurs low cost par exemple). Un label indépendant doit s’engager à apporter sa capacité organisationnelle, sa direction artistique (ou suivi en fonction des artistes) et ses idées.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

C’est leur définition même, les majors se servent des indés comme des laboratoires, pour voir si ce son, cet artiste, ce mouvement… marche/plaît.

Quels conseils donneriez-vous à un label en devenir ?

Accrochez-vous, il y a de belles années devant vous !

Quelles sont vos actualités ?

Les 4 EP dans 4 langues, les premiers sont Le Groupe Obscur en Obscurien le 03 avril et Tropi-Cléa 2 de Cléa Vincent le 5 juin. Pour les évènements, la plupart sont malheureusement annulés, on espère vous retrouver vite !