Label indépendant : rencontre avec Pan European Recording

On a rencontré les labels indépendants parisiens, sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground. En avril, c’est Arthur du label PAN EUROPEAN RECORDING qui répond à nos questions.

Pan European Recording
Pan European Recording – ©Samuel Degasne

Comment est né le label ?

L’idée du label est née dans un van de tournée avec Turzi dont j’étais le bassiste au milieu des années 2000. La première sortie, « Voyage I » , compilation manifeste, est parue en janvier 2007.

Quels styles de musiques promeut-il ?

Nous promouvons des artistes, des personnalités, l’âme compte plus que le style de musique. Ce sont les particularismes et la poésie qui sont les vecteurs émotionnels, quel que soit le genre de musique.

Quels sont les artistes principaux ?

Les artistes dont nous avons sortis plusieurs références : Koudlam, Flavien Berger, Buvette, Maud Geffray, Judah Warsky, Poni Hoax, Thomas Henley, Aqua Nebula Oscillator, Jonathan Fitoussi, Kill for Total Peace

Quelles sont les dernières sorties ?

  • Sphaèros – « Possession » : C’est le premier album solo du leader d’Aqua Nebula Oscillator. Un mélange de musique, sculpture, vidéo et de poésie.
  • Buvette – « 4EVER » : Un album construit à deux avec Apollo Noir. Ce disque célèbre les amitiés, les liens, les découvertes, les voyages et les expériences vécues par Buvette au cours de plus de dix années d’activités autour du monde.
  • Maud Geffray w/ Lavinia Meijer – Still Life : C’est un disque qui rend hommage à Philip Glass mais qui va beaucoup plus loin. Tout en évoquant les compositions de ce dernier, Maud Geffray a pris une liberté importante dans son écriture.
  • Flavien Berger – « Deep See Blue Song »: Ce morceau fait partie de la bande originale de l’oeuvre de Laure Prouvost présenté au Pavillon Français de la Biennale de Venise 2019
  • Buvette – True Stories

Comment accompagnez vous vos artistes ?

La plupart des artistes que nous signons n’ont jamais sorti de musique, nous sommes vraiment un label de terrain, de développement. L’accompagnement se fait sur une temporalité longue, presque filiale, les albums n’étant que des étapes au développement de carrière. Ce qui explique que nous avons aussi une capacité très limitée de signatures, due à l’implication que nous y mettons.

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

La plus grande victoire pour un label c’est que ses artistes vivent de leur musique. Faire exister de la musique et faire en sorte que les artistes puissent en vivre c’est notre première mission.

Le label après presque 15 ans d’existence a beaucoup évolué. De manière générale entre le moment où l’on signe un artiste et le moment où (potentiellement) il y a un retour sur investissement, il peut se passer 5 ans. (Prévoir ou non le succès commercial d’un artiste en développement tient de l’incantation vaudou).

C’est en multipliant les sources de revenus que nous arrivons aujourd’hui à être une équipe de quatre personnes. Ventes de disques, streaming, musique à l’image (Films, séries, documentaires, défilés de mode, publicités), des créations musicales pour musée ou lieux, podcast…)  Et tout un travail éditorial qui nous permet aujourd’hui d’être sur un équilibre (fragile).

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Nous avons résidé presque 10 ans au Point Ephémère, d’abord avec Turzi puis avec Pan European Recording. Cela a été très important dans le développement du label. Nous y avons enregistré nombre de projets, organisé des festivals, rencontré des tas de gens… Trop de souvenirs sont liés a cet endroit!

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

On reste en retrait de manière générale. Nous privilégions le rapport des artistes au public. On ne veut pas que l’image du label soit pesante et écrase le message de l’artiste.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant?

Entre créativité et inquiétude, les labels indé affrontent le confinement

La difficulté principale est de se projeter dans le futur, les revenus étant irréguliers et souvent imprévisibles. Et pour autant réussir à faire fi des incertitudes et accepter d’y plonger, à l’aveugle, car le futur ce sont les projets sur lesquels nous travaillons aujourd’hui… Notre futur c’est maintenant.

Quels sont les engagements d’un label indépendant, selon vous ?

Si on considère par label indépendant toutes les structures n’étant pas des majors, alors je ne saurais pas dire ce qu’est un label indépendant… J’ai le sentiment que cette grille de lecture est quelque peu obsolète… Il y a des structures considérées comme indépendantes mais qui de par leur taille et leur fonctionnement sont plus proches des majors que de l’écrasante majorité des labels indépendant.

Et autant de schémas différents qu’il y a de labels indépendants. Le disque n’étant plus « rentable » en tant qu’objet, chacun s’organise en fonction de son savoir faire, de là où il vient. Des labels se créent à travers des festivals, des boutiques de disques, la musique à l’image. À part mettre de la musique en ligne sur Spotify, quels sont les points communs entre ses structures? Je ne sais pas.

Quels conseils donneriez vous à un label en devenir ?

Je dirais qu’il faut comprendre l’époque, y participer mais ne pas en être victime. Le temps que l’on vit disparait, pas la musique.

Quelles sont vos actualités ?

Nous avons sorti l’album 4EVER de Buvette fin janvier et voici les disques à venir cette année.

  • Fantomes – « IT’S OK »
  • Lisa Li Lund – « Glass of Blood »
  • Richard Fenet – « Correspondance » EP