Label indépendant : rencontre avec Yuk-Fü Records

Dans le cadre de notre série sur les labels indépendants parisiens, on a rencontré ce mois-ci Kim Ono (parce qu’il aimait se balader dans les rues de Paris dans ce vêtement traditionnel japonais) et Mike Theis, le duo fondateur de l’iconoclaste label Yuk-Fü Records. Oui, son nom veut bien dire ce qu’il suggère à l’envers. Un joli pied de nez à une industrie dont ils contournent les codes pour ne fonctionner qu’aux coups de cœur, faisant fi des modes et des contraintes pécuniaires. L’essence même de l’underground au sens noble du terme, la culture DYI en plus.

Rencontre avec Yuk-Fü Records

 

Partant du principe que personne ne voudrait signer une musique qu’ils qualifient eux-mêmes de « bizarroïde« , le duo qui se connaît depuis l’adolescence (et leur passé de skateurs) a décidé de monter un label pour y sortir l’album Lost In Movies du projet Diplomatic Shit monté avec Nicolas Ker (d’entre autres Poni Hoax). C’était en 2006, à l’aube des premiers buzz internet « où tout le monde au petit déjeuner devenait subitement spécialiste du conflit israélo-palestinien« . Malgré un (génial) nom de groupe traduisant ce nouveau paradigme et un parrainage du label culte Skydog de Marc Zermati « ça n’a pas marché. Mais ce n’est pas ce que l’on cherchait. On voulait dépendre de… personne. Toutes ces histoires de hype, de traîner avec des gens en vue pour signer untel, ça ne nous a jamais intéressés. Et c’est comme ça qu’est né le nom du label« .

Musiciens tous les deux et adeptes de l’adage selon lequel on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, ils font tout seuls : du logo au site en passant par les clips, les communiqués de presse et les flyers.

Le romantisme aujourd’hui, c’est monter un label

« Le romantisme aujourd’hui, c’est monter un label. Ou alors c’est un truc d’archiviste. La musique doit primer sur tout. On n’est pas dans les canons du label, on n’a pas de graphiste attitré, c’est d’abord un label d’artistes, fondé par des musiciens. C’est l’artiste qui décide de tout, même si bien sûr on donne notre avis et qu’on peut parfois avoir un rôle de guide« .

S’ils ne vivent pas de cette activité (ils ont tous les deux plusieurs autres jobs à côté), leur modèle économique repose sur les synchros, qui leur permettent de ne pas boire la tasse. « On est un label confidentiel, de niche, alors on ne va pas se mentir, ce ne sont pas les volumes de nos ventes qui vont nous faire vivre. D’ailleurs en France, la plupart des indés se rémunèrent comme ça« .

Touche-à-tout et extrêmement ouverts, ils proposent un catalogue des plus éclectiques. « On est le label soit d’artistes qui démarrent en débarquant de nulle part, soit d’artistes ayant une légitimité déjà assise mais qui veulent repartir sur de bonnes bases« .

Parmi leurs signatures, on retrouve par exemple l’excellent groupe de synth-punk bien dark Blackmail.

« On ne fait pas de truc pour être dans la hype du moment mais Blackmail typiquement, à un moment donné ils ont été littéralement « Big in Japan ». En venant chez nous, ils ont souhaité revenir aux fondamentaux, à de vraies valeurs. Pourquoi je fais de la musique ? A quoi ça sert ? »

Dans le genre sombre, le chantre de la synth-pop Sydney Valette, également signé sur le label, se pose là lui aussi.

Tout ça c’est la faute de The Cure

« On a aussi signé une meuf qui fait de la pop, Mari Posa, et le très hip-hop Chris Dogzout, mais effectivement ça reste globalement assez sombre. Mais tout ça c’est la faute de The Cure, dont on a toujours été très fans. Et en même temps, ce spleen, c’est souvent le fait de gens drôles. On adore l’humour de dépressif, comme celui très pince sans rire de Blanche Gardin par exemple. Elle est très Yuk-Fü. Elle s’en balance un peu. Eh bien nous aussi, on s’en fout un peu de ce que pensent les gens. Les vagues passent, mais on est insubmersibles car il n’y a pas de réel enjeu. Par contre, on bosse. Et on a pour principe de ne pas faire de business la nuit, parce que comme l’a dit Liam Gallager, la nuit tous les bouffons sont de sortie, à commencer par lui« .

Un petit côté nietzschéen qui leur sied plutôt bien.

Mettant en avant leurs artistes plutôt que le label en lui-même, ils ne favorisent ainsi aucun style, n’ont aucun a priori, ni aucune limite du moment que le projet leur plaît.

« Tu vois, les gens ont craché sur les baby rockers, qui n’ont certes pas duré très longtemps, mais moi-même si je n’étais pas forcément très fan du son, cette période m’a un peu titillé, la création d’une scène, le fait que ces ados se bougent et créent une émulation ». Ouverts, on vous dit.

L’une de leurs dernières signatures, l’excellent Maître Chien, ne déroge pas à cette règle. Original et déchirant, chantant aussi bien en français qu’en allemand, il tient tout autant de l’ovni musical que de l’uppercut émotionnel. Et colle en cela parfaitement à l’esprit Yuk-Fü, libre et excitant.

 

Plus d’infos sur Yuk-Fü Records


Ne manquez aucun de nos bons plans et jeux-concours en vous inscrivant à notre newsletter