Labels indépendants : rencontre avec Croque Macadam

On a rencontré les labels indépendants parisiens,  sans qui les salles de concerts parisiennes seraient bien tristes. Défricheurs, promoteurs et infatigables ambassadeurs de groupes et d’artistes émergents, on leur doit un flux continu et jouissif de découvertes musicales. Tous les mois, focus sur l’un de ces parangons de l’underground ! Ce mois-ci, c’est Alexandre du label Croque Macadam qui répond à nos questions.
logo du label indé Croque Macadam

Quels styles de musiques promeut Croque Macadam ?

Croque Macadam défend la pop indé dans un sens assez large : shoegaze, garage-rock, pop psyché, folk-rock, et parfois même un peu de punk ! S’il y a peut-être des constantes : les guitares et les mélodies. Je suis attaché au français depuis les débuts du label (en 2011) mais le plus important reste pour moi que la musique me touche et me parle.

Quels sont les artistes principaux ?

En ce moment je dirai 39th & the Nortons, La Houle et Pearl & The Oysters. Mais aussi les Guillotines, Entracte Twist, Triptides…
39th & the Nortons est l’un des nombreux projets de Nick Wheeldon, un musicien important de la scène underground parisienne pour moi. Nous avions sorti précédemment (en 2015 de mémoire) un 45 tours des Os Noctambulos, un autre de ses groupes plus orienté garage et un autre de ses groupes devraient apparaître dans notre catalogue l’année prochaine ! Ce mec est très doué et il est toujours bien entouré. D’ailleurs le line-up de 39th & the Nortons est composé de plein de gens talentueux de la scène parisienne (Martin de Bootchy Temple, Charles de Joujou Jaguar…).

La Houle est un projet qui me tient aussi beaucoup à cœur, faisant du shoegaze en français, c’est-à-dire à l’intersection de deux élans que sont la musique indie-pop et défendre le français dans un contexte pop (et non chanson/variété).

Enfin Pearl & the Oysters est à la fois un groupe nouvellement venu (on a sorti leur premier album en 2017) et quelque chose d’assez historique dans l’histoire de Croque Macadam. Dans une perspective plus historique, impossible de ne pas mentionner Les Guillotines qui furent le premier groupe sorti sur le label. Ils n’ont publié qu’un 45 tours pour le moment (un second est en préparation) mais ils ont forcément une importance particulière. Sans eux je ne me serais jamais lancé dans le bain ! Je suis très heureux du succès du projet de Marion (Requin Chagrin), la batteuse.
Par ailleurs, je fais de la musique avec Alex (l’un des deux guitaristes/chanteurs) et peut-être qu’un jour on en fera quelque chose sur le label, ou ailleurs !  Il en est de même pour Triptides : si les LPs sortent chez Requiem Pour Un Twister, le groupe garde une place spéciale à mes yeux car il est à l’origine de beaucoup de choses. Je ne suis pas sûr que le label existerait encore sans Triptides. Ce groupe a souvent été moteur dans l’histoire du label.

Quelles sont les dernières sorties de Croque Macadam ?

En 2018 nous avons sorti deux 45 tours de Triptides, dont un avec une pochette hommage aux Byrds conçue par mon frère Étienne (de Requiem pour un Twister) et dont j’ai écrit le texte au dos de la pochette, un petit plaisir perso qui m’enchante.
On a sorti aussi le troisième album (premier pour nous) de 39th & the Nortons (« Mourning Waltz » à recommander à tous les fans de folk rock) ainsi que le 45 tours d’Antithèse : un projet regroupant des membres des Guillotines, Pain Dimension et sur une des chansons le chanteur de Triptides. La fin de l’année va être très dense aussi ! Deux albums prévus sur le label avec donc le nouveau Pearl & the Oysters « Canned Music » et une réédition de la compilation des deux premiers EPs de La Houle !

 

Comment accompagnez-vous vos artistes chez Croque Macadam ?

Nous nous chargeons du pressage du disque, parfois du mastering et des pochettes, nous nous occupons de la distribution ainsi que de la promotion. Parfois – c’est assez variable en fonction des groupes – nous intervenons aussi dans le processus artistique, surtout pour faire des retours quand les groupes aiment avoir un avis extérieur. Notre ambition est d’aider les groupes à faire connaître leur musique et défendre de la musique qui nous tient à cœur.

 

Arrivez-vous à vivre de votre activité ? D’où viennent vos revenus ?

Non, évidemment. Le label est géré sur notre temps libre. Les revenus principaux sont les ventes de disques. À cela s’ajoute les ventes numériques, le streaming et pas mal de mes DJ sets. Nous touchons zéro subventions, pas que nous serions contre mais clairement notre modèle économique (d’éditeur phonographique) ne correspond pas au système d’aide français.

 

Participez vous à des événements ?

Étienne et moi sommes souvent présents avec des stands dans certains festivals ou événements dédiés. Récemment l’independant labels market de Paris par exemple. Citons aussi le Record Store Day organisé (super bien) au Point FMR.

Quelles sont vos salles et événements parisiens préférés ?

Supersonic, Espace B & Point FMR. Meilleures programmations de Paris ! Le Supersonic a évidemment une importance particulière à mes yeux puisque j’y passe très souvent des disques la nuit et que j’adore ça. C’est vraiment génial de pouvoir passer du rock à Paris après deux heures du matin… Une chance assez unique je trouve. Pour les bars, impossible de ne pas mentionner Le Motel, le Pop In dans le 11e ou encore le Lock Groove dans le 14e !

Quels sont vos rapports avec le public, avec les auditeurs ?

Excellent en général, je pense que nous nous adressons à des gens qui comprennent très bien notre démarche. Bien sûr, on espère que le public sera de plus en plus nombreux à nous soutenir et à apprécier ce que nous faisons !

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que label indépendant?

Coté promotion, j’ai parfois l’impression qu’il existe un « plafond de verre » pour toucher les médias généralistes (genre Télérama, Le Monde, Grazia etc.) ou la radio publique (France Inter par exemple). Sinon, bien sûr, l’un des gros freins est d’avoir assez d’argent pour financer les futurs projets. Par ailleurs on ne sent pas vraiment soutenu par l’état : celui-ci finance un certain modèle économique de la musique dans lequel nous n’entrons pas. Pire que ça, ce même état s’arrange pour que les lieux d’expression de « nos scènes » soient fermés, par exemple l’Espace B.
Notre écosystème est très fragile : disques indé, fanzines et webzines, radios étudiantes et associatives, labels indé, salles indé, nous sommes tous soumis à des modèles économiques précaires… Quand ils existent !

Quels sont les engagements d’un label indépendant selon vous ?

Je ne sais pas si un label indépendant doit avoir un engagement spécifique mais à mes yeux nous sommes là pour démontrer la vivacité de scènes underground qui n’ont pas forcément les moyens de se faire entendre au-delà de cercles initiés. Bref, nous sommes là pour participer à la diversité de la production culturelle et donner voix au chapitre à des genres musicaux qui n’ont pas (souvent) leur place dans les médias mainstream.

Ont-ils une dimension prescriptrice ?

Oui en tout cas je l’envisage effectivement ainsi, que ce soit en tant qu’auditeur ou à l’intérieur du label. Je pense que les choix de Croque Macadam reflètent effectivement mes goûts personnels et ceux d’Étienne (souvent les mêmes !). Il est très important pour moi de croire en toutes mes sorties et de savoir pourquoi je les fais. Chacune a un sens à mes yeux et représente quelque chose qui a une importance dans mon univers. J’espère effectivement que nos choix sont lisibles pour les auditeurs et qu’eux aussi apprécient ce que nous essayons de construire patiemment.

Quels conseils donneriez vous à un label en devenir ?

Tout dépend du projet derrière. S’il s’agit d’en vivre, d’être sûr de son coup. S’il est question de se faire plaisir et de participer à quelque chose de plus grand que soi : toujours faire les choses avec du cœur et de la sincérité. Il faut que l’activité du label « ressemble » à ceux qui sont derrière. Sinon, pour être plus pragmatique : penser à cibler le public (comment écoute-t-il de la musique, par quel biais s’informe-t-il…), réfléchir aux tailles des pressages (commencer modestement), communiquer sur ses sorties en amont, etc, etc.
De fait je pense que le nerf de la guerre reste l’argent, véritable « essence » dans le moteur des labels indépendants comme le nôtre. Sinon je pense à un conseil très simple que l’on peut donner pour de nombreux domaines : ne pas avoir peur de se lancer et y aller même si ça semble difficile. Parfois ça l’est, mais c’est aussi une super aventure humaine.

Quelles sont vos actualités ?

La venue de Triptides au Supersonic le 26 novembre avec en première partie 39th & the Nortons. Une affiche très « CroqMac » et on en est vraiment fier !
Sinon coté albums, il y a « Canned Music » de Pearl & The Oysters le 23 novembre (avec une version magnifique en couleur) et la réédition de la compilation de La Houle en décembre. Déjà au moins un single prévu en 2019 mais nous en parlerons le moment venu. Par ailleurs on peut aussi me retrouver passant des disques au Supersonic assez régulièrement les week-ends jusqu’à la fin de l’année !