Le Paris de France Gall en six lieux emblématiques

Y a comme un goût amer en nous : France Gall est morte le 7 janvier 2018, à l’âge de soixante dix ans. Retour en six lieux parisiens sur la vie d’une « baby pop » mélancolique.

12e arrondissement  

Si elle a pu chanter l’Espagne (Santo Mambo), les States (L’amérique) ou l’Irlande (La fille de Shannon), c’est cependant dans le quartier du douzième arrondissement qu’est née Isabelle Gall. Au début des années soixante, la future groupie du pianiste adoptera le pseudonyme de « France », sous les conseils de son directeur artistique. Mais jusqu’alors, on la surnomme « Babou ». Au douzième arrondissement l’on trouve le Bois de Vincennes et la Gare de Lyon, mais également le Palais omnisports de Bercy, où Gall réalise l’un de ses meilleurs concerts. Les flâneurs les plus curieux se baladeront plutôt le long des Grands Boulevards du dixième arrondissement et franchiront la porte du club de jazz New Morning. C’est dans cette salle mythique que, le 22 juin 1992, Michel Berger et France Gall organiseront un mini-concert jazzy privé à leurs proches afin de leur présenter un tout dernier album : Double Jeu.

 

Palais des Sports (15e arrondissement) 

C’est au Palais des Sports que France Gall interprète en 1982  son show C’est Tout pour la musique. Les plus grands artistes y ont poussé la chansonnette, de Louis Armstrong aux Beach Boys, de Ray Charles à Miles Davis. France Gall y joue Résiste et Il jouait du piano debout,  airs habités par un sentiment d’espoir communicatif, mais surtout numéros 1 des charts suite à leur arrivée dans les bacs. Le Palais des Sports est le lieu où brille une autre Gall : la lolita yéyé qui susurrait les Sucettes de Serge Gainsbourg n’est plus, la poupée de cire affiche désormais une maturité naturelle, détendue et mélancolique. Millions de disques vendus à l’appui, elle est devenue l’incarnation la plus pop de la chanson française. C’est au même Palais des sports que, trente-trois ans plus tard, alors qu’on la pensait retirée du show business, France Gall œuvrera sur sa comédie musicale Résiste, hommage contemporain à Michel Berger.

 

Passy (16e arrondissement) 

Deux ans seulement après leur première collaboration (« La déclaration d’amour » en 1974), France Gall et Michel Berger se marient à la mairie du seizième arrondissement, avant de partir aux Etats-Unis pour leur lune de miel. De cette idylle éclot Ça balance pas mal à Paris, chanson péchue où au fil des rimes la « titi » parisienne se confronte à la culture de Broadway, Paname à Memphis, et Passy à Albany (la capitale de l’État de New York). Quartier paisible du 16e arrondissement, Passy s’oppose donc à l’emblématique Amérique des music-halls : « J’veux pas copier Ginger Rogers » décoche Gall. Comme dans sa chanson La nuit à Paris, sa voix fluette se fait celle d’une capitale entière, ville mouvementée, moderne et vivante, où « on s’amuse et on rit / sur des airs d’aujourd’hui« .

 

Concorde (8e arrondissement) 

« Il y en a eu des milliers et des milliers d’autres / Qui comme moi sont nés à Paris / Mais quelques fois un soir à la Concorde / Je m’arrête une seconde / Pour remercier le hasard qui m’apporte / Les paysages de la plus belle ville du monde » déclare l’amoureuse Gall dans La chanson d’une terrienne. De la plus grande place de Paris convergent tous les chemins – vers l’avenue des Champs-Élysées et le jardin des Tuileries, Montmartre et le boulevard Haussmann. Le Paris  décrit par Aznavour et Piaf, pour qui  Robert Gall, parolier et père de France, prêta sa plume à l’aube des années soixante. Ici, l’emblématique lieu du huitième arrondissement exprime un sentiment d’osmose totale avec l’univers, que l’on retrouve en écoutant Les accidents d’amour (« Je veux le rayon vert / Et la nuit polaire des cent jours / Et me nourrir du monde / Et qu’il me dévore à son tour« ) et Musique (« Que chacun se mette à chanter / Et que chacun se laisse emporter / Chacun tout contre l’autre serré« ).

 

Parc Monceau (17e arrondissement)

C’est dans un immeuble haussmannien à deux pas du parc Monceau que Michel Berger et France Gall emménagent en 1986 – un grand piano blanc est placé au cœur de l’habitation. S’ensuivra la conception d’inoubliables hits comme Ella, elle l’a et Évidemment. Courant 2012, c’est au Parc Monceau qu’est inaugurée l’allée Michel Berger,  dix ans après sa mort. Ce jardin d’agrément où aimait déambuler Marcel Proust fut immortalisé par les cinq toiles pastorales que lui a consacré Claude Monet. Mais à l’explorer aujourd’hui, on se remémore tout autant les mots poétiques de France Gall dans Cézanne peint (1985), des « branches immobiles » aux « arbres [qui] font des rayons« , des « ombres subtiles » aux « parfums qu’on devine« .

Roissy 

Le Paris de France Gall est celui du spleen. « Mes vacances, c’est toujours Paris » s’attriste-t-elle dans Si maman si. Avec La nuit à Paris, elle raconte cette vie de frivolités cosmopolites où l' »on boit et on oublie / le monde d’aujourd’hui« . Issue de l’opéra rock StarmaniaMonopolis distend ce vague à l’âme : « de New York à Tokyo / Tout est partout pareil / On prend le même métro / Vers les mêmes banlieues / Mirabelle ou Roissy ». Via l’évocation du quotidien francilien, et par ricochet de l’Aéroport Roissy-Charles de Gaulle, c’est l’idée d’évasion qui traverse ces vers. L’image d’un « ailleurs » qui plane sur son oeuvre entière, de Viens je t’emmène (« …plus loin que la baie de Yen Thaî« ) à Calypso (où l’on chérit le « vertige des pays chauds« ) en passant par Résiste (« cherche ton bonheur partout, refuse ce monde égoïste« ). L’ultime fuite de France Gall s’est faite ce 7 janvier à 10h15 du matin. Vers les paradis blancs.