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Le podcast du mois : « Vénus s’épilait-elle la chatte ? » qui déconstruit l’histoire de l’art occidentale

Une fois par mois, la rédaction d’A Nous Paris présente son podcast coup de cœur. On commence cette nouvelle chronique avec « Vénus s’épilait-elle la chatte ? » de Julie Beauzac, le podcast qui déconstruit l’histoire de l’art occidentale de façon drôle, impertinente et ultra ludique. Rencontre.

 

Pendant des années, Julie Beauzac étudie l’histoire de l’art sur les bancs de la fac. Des années pendant lesquelles elle analyse, décortique, juge des centaines d’œuvres, sans jamais remettre en question l’enseignement de ses professeurs. Autorité oblige. En travaillant dans le milieu de l’art, elle se rend vite compte que quelque chose ne va pas : le sexisme et le classisme de ce petit monde lui sautent d’abord aux yeux puis les codes, que la jeune femme « issue de banlieue et de classe moyenne » n’a pas, lui sont renvoyés à la figure. C’en est trop : elle finit par quitter son boulot et tourner le dos au milieu de l’art… avant de reprendre timidement le chemin des musées qui lui manquent trop.

Entre temps, Julie est devenue féministe et, à force de nombreuses lectures et recherches, comprend que le problème ne venait pas d’elle : il est systémique. Quelque chose la frappe d’ailleurs au cours d’une visite à la Pinakotek der Moderne de Munich, alors qu’elle contemple le tableau L’École de danse de Ludwig Kirchner, un artiste qu’elle adore. Elle s’étonne de voir dans cette scène qui représente une leçon de danse, un homme habillé entouré de deux femmes, sûrement ses élèves… entièrement nues. « Pourquoi sont-elles à poil ? » se demande-t-elle, avant de réaliser que le musée est bourré d’œuvres « dans lesquelles les femmes sont dévêtues, alors que rien ne justifie le fait qu’elles le soient ».

Episodes thématiques et focus biographiques

 

Dans son podcast « Vénus s’épilait-elle la chatte ? », la jeune femme déconstruit l’histoire de l’art occidentale d’un point de vue féministe, inclusif et intersectionnel. A travers des épisodes thématiques, qui abordent un angle particulier en faisant le lien avec des systèmes de domination qui gangrènent toujours nos sociétés ou des épisodes biographiques consacrées à des femmes artistes, elle rappelle que cette production n’est pas dénuée de tout contexte historique, social et culturel, qu’elle n’est pas neutre et que ce que l’on a longtemps pris comme tel est en réalité un concept de dominants, de privilégiés, soit « le regard d’un homme Blanc, hétéro, plutôt âgé et aisé ».  Notamment en France, largement imprégnée de patriarcat et de colonisation.

Dans la bande-annonce de son podcast, Julie s’étonne qu’un gros travail de déconstruction ait été opéré dans la littérature et la pop culture, mais finalement peu dans l’Histoire de l’art. Mais alors, pourquoi ? « Ce n’est que mon interprétation mais j’ai l’impression qu’en France, on a plus de mal à faire cette réflexion, parce qu’on est très attachés à cette ‘exception culturelle’, l’idée que l’art français représente une grosse partie de la production de l’art occidental. Ce qui est vrai, mais je pense qu’il y a aussi une difficulté à se remettre en question de façon collective ». Sans parler de cet entre-soi que l’on retrouve dans le milieu, asphyxié par les catégories sociales privilégiées, qui l’étudient, occupent les postes importants et qui participent à la répétition de schémas sociaux, ce qui complique aussi la remise en question.

Approche ludique et regard neuf, l’histoire de l’art replacée dans une perspective sociale et historique

Avec un ton mordant, une analyse moderne et une approche vulgarisatrice, « Vénus s’épilait-elle la chatte ? » a justement pour ambition de ne pas s’adresser à des personnes déjà expertes en histoire de l’art. « L’idée, c’est de parler avec des mots simples, de rendre ça accessible et marrant ». D’où le titre, dont certains ont reproché sa « vulgarité », ce qui amuse finalement sa créatrice : « Je trouve que pour une femme, la vulgarité est un bel espace pour sortir des carcans de féminité, avec des codes très normés, socialement imposés. Je ne prends pas du tout ça comme un reproche… et puis ‘chatte’ n’est pas un gros mot, c’est un terme du quotidien, qu’on utilise souvent » explique-t-elle. Symbole de féminité, la représentation de Vénus a souvent été utilisée comme prétexte pour voir une femme nue sans contexte historique ou mythologique. Un corps représenté par des hommes qui « se délectaient de sa beauté » et qui, siècle après siècle, correspondait toujours aux critères de beauté de l’époque. « D’ailleurs, Vénus n’est jamais représentée avec des poils […] et la pilosité est quand même aujourd’hui une des principales injonctions de beauté faites aux femmes » souligne-t-elle.

Dans le premier épisode, Julie Beauzac reçoit Frances Borzello avec qui elle s’intéresse aux autoportraits féminins. Quarante minutes qui rendent hommage à ces femmes artistes dont on connaît peu le travail et qui ont, à cause de leur condition féminine, eu beaucoup plus de difficultés à exercer leur art, ne disposant pas des mêmes conditions matérielles, sociales et culturelles que leurs pendants masculins. Picasso, Munch, Pollock, autant de « grands génies » qui ont tous – ô coïncidence – été entourés tout au long de leur vie de femmes inspirantes, comme le rappelle la jeune femme.

Berthe Morisot, "Autoportrait", 1885
Berthe Morisot, « Autoportrait », 1885

 

Et le podcast coup de cœur de Julie Beauzac ?

 

« Miroir Miroir’ de Jennifer Padjemi, notamment l’épisode ‘Dis-moi qui n’est pas la plus belle’ avec Sophie Cheval, sur la perception de la beauté en Occident et qui montre comment nos normes de beauté ne relèvent pas du goût personnel mais de constructions sociales. Mais aussi comment on peut les faire évoluer ».