Leila Behkti : Un jour sans fin

Les fictions nordiques se portent bien. La preuve avec Jour Polaire la nouvelle série de Canal+ qui malgré la nuit qui ne tombe jamais a su attirer Leïla Bekhti, fliquette de charme, de venir enquêter en Laponie sur un meurtre mystérieux. Rencontre !

Pourquoi as-tu accepté ce rôle de flic française envoyée en Laponie Suédoise pour enquêter sur le meurtre d’un Français ?

Leila Bekhti : Plein de choses. L’univers scandinave est vraiment un univers qui me plait. J’avais adoré The Killing, Bron, Festen, Snow Therapy. Je trouve qu’il y a une vraie ambition dans l’écriture des personnages. Et puis c’est rare d’avoir personnage aussi dense, aussi brut. Et puis le challenge personnel de me dire que j’allais être plongée au fin fond de la Laponie. Ça fait fantasmer tout le monde la Laponie. C’est le Père Noël. Et puis c’est assez apocalyptique, tu ne vois pas la nuit.

D’ailleurs, ce soleil de minuit où le jour est permanent, ça ne t’a pas fait hésiter ?

Je pense que si ça avait été le contraire, en hiver avec la nuit sans fin, ça, ça aurait été une raison pour laquelle j’aurais doutée. Parce que ça joue sur ton moral. Mais finalement, ce n’est pas tant la nuit que le jour, c’est la perte de repère. Le premier truc que tu fais en te levant au milieu de la nuit c’est de regarder s’il fait jour.

Et comment ça se gère ? Tu calfeutrais tes fenêtres comme dans la série ?

Oui, mais ils sont hyper bien équipés. Je dormais 4 à 5h par nuit, mais du coup au lieu d’avoir peur de cette perte de repères, je m’en suis servie pour mon personnage.

Peut-on faire un polar sans scène de nuit ?

C’est à vous de juger. Les réalisateurs disent que leur plus grand challenge était de créer du suspens en plein jour, mais moi je trouve que c’est même parfois plus angoissant.

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur la série ?

Les moustiques. Ils étaient énormes ! Et l’anglais, c’est la seule chose qui m’a fait douter. Je ne parlais pas un mot d’anglais, vraiment ! Je ne pouvais pas avoir une conversation. Je n’ai pas eu peur de la charge de travail, mais de faire un sort de la langue au détriment de mon jeu et ne plus penser au personnage. Et finalement je suis tombée sur une coach extraordinaire.

Et l’éloignement ?

Oui, 4 mois et demi de tournage, et il y a une vraie impression d’être au bord du monde. Et en même temps, je ne peux pas m’en plaindre. Il n’y a qu’avec ce métier que je peux vivre des choses comme ça. J’ai vu des loups, des rennes, j’ai fait de l’hélico, les deux dernières semaines la nuit est arrivée et j’ai eu la chance de voir une aurore boréale. J’ai fini ce tournage il y a un an, et je t’en parle comme si c’était hier.

Est-ce que tu avais du mal à quitter ton personnage après la journée de tournage ?

Oui, beaucoup. Déjà quand je tourne à Paris j’ai vachement de mal à faire complètement autre chose. Je coupe parce qu’il le faut, pour les proches, et puis le jour où j’aurais des enfants, je ne vais pas dire : « Non, non, je ne vous donne pas à bouffer, parce que je suis dans mon rôle ».

Après la télé, où en es-tu de ta carrière au cinéma ?

J’ai eu ma première expérience internationale cet été. J’ai tourné avec Jon Hamm de Mad Men et Rosamund Pike. J’ai fait Carnivore, le film de Jérémie Renier et de son frère. En février prochain, je fais le prochain film de Gilles Lellouche qui s’appelle Le grand bain. C’est génial, je reviens à la comédie. Et j’ai un autre projet, mais je ne peux pas en parler. Elle me dégoûte cette phrase. Quand je voyais des actrices dirent ça, je me disais : « Oh la la, c’que t’es relou ! ». Et voilà maintenant je la dis. Et on va tourner aussi l’année prochaine le nouveau film de Géraldine Nakache.

Enfant, est-ce que tu rêvais de tout ça ?

Moi, j’ai eu des rêves un peu bizarres, je rêvais d’être « caisseuse ». J’ai appris après que c’était caissière. Ensuite je voulais être éducatrice. Mais sinon, quand je regardais la télé, je pensais vraiment que les gens n’existaient pas dedans, au même titre que Cendrillon ou Simba. C’était donc inaccessible, même si j’ai fait du théâtre au lycée. Ma meilleure amie qui avait un an de plus m’avait dit : « Ne fais pas éco, c’est chiant, fais théâtre. Tu lis des livres et tu es en chaussons ». Mais est-ce qu’inconsciemment je me dirigeais vers ça. Et puis, j’ai eu la chance de faire le casting de Sheitan et ça a marché. Après, je sens bien que me réveiller le matin et jouer une autre fille que moi c’est peut-être ça qui me fait tenir. En tout cas, ça me fait du bien.

De quoi rêves-tu maintenant ?

De plein de choses. De continuer à être émerveillée par ce qui arrive. Le fait d’être blasée quelque soit le métier, c’est le début de la fin. Mais je rêve de continuer à faire le métier que j’aime, car c’est un vrai luxe aujourd’hui. Et ça j’en ai conscience. Je pourrais te citer plein d’acteurs qui ne tournent pas aujourd’hui, alors qu’il y a 10 ans c’était eux. Si ça peut leur arriver à eux, ça peut leur arriver à moi. Du coup, j’essaie de vivre le moment présent sans m’attendre à trop de choses pour ne pas être déçue. Et puis ne pas perdre de vue sa vie personnelle, parce qu’avec ce qui est arrivé en France ces derniers temps, qu’on soit avocat, acteur, caissier ou facteur, on s’est tous regardés et dit : « Ok, j’en suis où dans ma vie ? Où sont les gens que j’aime ? ». Après, je n’ai pas attendue ça.

Qu’est-ce qu’on te dit quand on te reconnaît dans la rue ?

Les gens sont hyper bienveillants, après c’est dur de raconter ce que les gens disent de gentil sur toi : « Ils disent que je suis extraordinaire ! » (rires).

Pour terminer, que ferais-tu si le jour ne se couchait pas ce soir ?

Je pense que j’irais faire un pique-nique à 5h du mat avec mes potes et ma famille. Je ne me coucherai pas en tout cas, et j’ouvrirai très grands mes rideaux. Mais en plus, j’ai un vrai truc avec la nuit. Leïla, ça veut dire la nuit. Quand j’étais petite, je me couchais tard. À 2h du matin j’étais debout. Mes parents n’en pouvaient plus. Mais c’est vrai que j’adore ce qui peut se passer la nuit, les discussions, les confidences qu’on se raconte.

Un mot de conclusion ?

Que c’est quelque fois difficile, mais on peut trouver la lumière dans le noir. Tu n’es pas obligé de la mettre celle-là. Ou tu me la rafistoleras, qu’on se dise : « Mais elle est philosophe cette fille ».

Jour Polaire, de Måns Mårlind, avec Leila Bekhti, Gustaf Hammarsten, et Olivier Gourmet. À partir du lundi 28 novembre à 20h55 sur CANAL+.