Les Pixies mettent le Zenith KO

Il est à peine 20h30, l’heure à laquelle doit commencer le concert des Pixies. Nous commandons nos pintes de bières dans un Zenith plein à craquer lorsque résonnent déjà les premiers accords du cultissime « Where is my mind ? »

Il est à peine 20h30, l’heure à laquelle doit commencer le concert des Pixies. Nous commandons nos pintes de bières dans un Zenith plein à craquer lorsque résonnent déjà les premiers accords du cultissime « Where is my mind ? ». Un mouvement de masse quasi instantané opère sur les retardataires encore à l’extérieur de la fosse. Il est difficile de se frayer un passage tant le public est dense. Les Pixies commencent par leur plus gros succès. Erreur stratégique ou idée géniale ? Chacun y va de son avis, le ton est donné. Les cris d’une foule impatiente se font ressentir et alors que les lights s’estompent, le Zénith est plongé dans une ambiance électrique et galvanisante qui ne diminuera pas d’un seul dB jusqu’à la fin de la soirée. Franck Black et sa bande proposent un voyage dans l’histoire du grunge avec leur dernier opus « Head Carrier » et une setlist qui pourrait être la bande son d’une génération, la madeleine de Proust des 90’s. Retour sur ce concert en 5 rounds qui mettra KO des milliers de fans de tout âge et de tout horizon.
 

Round 1 : Le mythe

Aller voir les Pixies c’est comme aller au Musée du Louvre pour admirer Mona Lisa, on connait tous l’œuvre par cœur mais on veut s’en approcher, scruter les moindres détails, trouver des réponses et repartir avec le souvenir unique d’avoir partagé la même pièce avec un chef d’œuvre. La groupe de Boston existe depuis 1986, a enregistré 6 albums, de « Surfer Rosa » à « Head Carrier » en passant par le classique « Doolittle » et a inventé un nouveau style musical : la combinaison d’une basse continue, d’arpèges transcendants et d’une mélodie entêtante qui explose au refrain, à l’image de « Gouge Away », une des nombreuses perles du quatuor.
 

Round 2 : La set list

Les Pixies ont concocté une setlist fidèle à leur image, soit 39 chansons rythmées par des mélodies indélébiles, des lignes de basse nostalgiques et des hurlements qui retentissent dans la salle comme si Franck Black avait fait un pacte avec le diable, à l’image de Dorian Grey, pour garder sa jeunesse éternelle et sa voix toujours aussi intacte. Pendant deux heures, le public a pu :

– chanter à l’unisson dès le premier morceau sur « Where Is My Mind ?«  ,« Wave Of Mutilation«  ou encore « Here Comes Your Man« .
– découvrir les nouvelles créations du groupe avec « Tenement Song« , « Bel Esprit », « All I Think About Now ». 
– varier les plaisirs entre la pop de « Lala Loves You », « Number 13 baby », la reprise de Neil Young, « Winterlong »,  les missives grunge avec entres autres, « Monkey Gone To heaven« , « Rock Music«  et un enchainement maléfique de « Debaser«  et « U-Mass« .


Round 3 : la basse légendaire

Les Pixies, c’est également l’empreinte que laissera à jamais Kim Deal, la bassiste initiale du groupe et grande absente depuis la reformation du quatuor. On ne peut pas aimer les Pixies sans penser aux mélodies trouvées sur la 4 cordes qui ont souvent donné lieu à des intros cultes, allant jusqu’à devenir l’ADN du groupe. Si c’est désormais la talentueuse Paz Lenchantin qui remplace Kim Deal, le son de la basse, sa légèreté et son efficacité, résonne toujours incontestablement.
 

Round 4 : la voix

Franck Black est un mélodiste hors pair qui a le sens de la mélodie pop et de la puissance vocale. Fan des Beatles et de Donovan, le chanteur des Pixies a l’art d’écrire des chansons aussi naïves que profondément obscures, mélangeant des tonalités aigües, des chœurs dissonants qui apportent cette imperfection nécessaire au groupe et des hurlements qui, quelques années plus tard, inspireront celui qui sera l’allégorie du grunge, un certain Kurt Cobain.
 

Round 5 : l’âme du grunge

Les Pixies sont incontestablement les pionniers du mouvement Grunge qui a explosé au début des années 90. Père illégitime du bébé dans la piscine, Franck Black a inspiré énormément de chanteurs dont Kurt Cobain qui avouera en janvier 1994 : « J’essayais d’écrire la chanson pop ultime. En fait, je dois bien admettre que j’essayais de pomper les Pixies. Lorsque je les ai entendus pour la première fois, je me suis senti tellement en osmose avec leur musique que j’ai regretté de ne pas faire partie du groupe, ou du moins d’un groupe qui jouait leurs chansons. Nous leur avons emprunté leur sens de la dynamique, le truc du couplet joué calmement et du refrain rageur ».
 

Le bilan de la soirée est sans appel. La prestation, historique et impeccable du quatuor semble être adoubée par l’assemblée entière.
Ce soir au Zénith, les mélodies envoûtent, le son des Pixies résonne et les hurlements de Franck Black vont vibrer nos tympans..
Ce soir au Zénith, l’âme du grunge est bel et bien présente et le fantôme de Kurt Cobain danse encore au-dessus de nos têtes en mouvement.
Ce soir au Zénith, on compte un bon nombre de jeans troués qui tombent sur des converses usées, il y a plus de mains levées que d’iPhone en train de filmer.
Ce soir au Zénith, les Pixies prouvent que le temps ne détruit pas tout et feront fermer le clapet de ceux qui pensent qu’en 2016, le grunge est mort.